Les frappes de Trump font remonter le prix du pétrole
En ce début de semaine, le monde assiste à une nouvelle flambée de la guerre en Iran. L'armée américaine assure que sa nouvelle vague d'attaques n'était qu'une action limitée. L'Iran a néanmoins immédiatement répliqué par une contre-attaque.
Pourquoi la guerre en Iran reprend-elle?
Après près d'un mois d'accalmie généralisée dans les combats, les Etats-Unis ont de nouveau attaqué des cibles en Iran, pour la première fois depuis fin juillet. Les forces armées américaines ont ainsi détruit deux rampes de lancement de missiles sur l'ile iranienne de Larak, dans le détroit d'Ormuz.
Selon le Commandement central américain (Centcom), des membres des Gardiens de la révolution y auraient effectué des préparatifs pour amener, à l'aide de missiles, des mines marines dans le détroit. Washington parle d'une «action limitée et précise». L'Iran, de son côté, qualifie l'attaque d'agression et a annoncé des représailles.
🚫CLAIM: Iran’s Islamic Revolutionary Guard Corps (IRGC) claimed in a recent statement that strikes by U.S. forces to prevent the IRGC from placing mines in the Strait of Hormuz were an “act of aggression.” This claim is absolutely FALSE.
— U.S. Central Command (@CENTCOM) August 31, 2026
✅FACT: U.S. forces took limited,… pic.twitter.com/XLx8xNTHto
Quelle est la réponse de l'Iran?
Dès la nuit suivante, l'Iran a tiré des missiles balistiques sur deux bases américaines en Jordanie. L'armée jordanienne a indiqué, lundi matin, avoir intercepté huit missiles. Aucun dégât ni blessé n'a, dans un premier temps, été signalé. Les Gardiens de la révolution ont ensuite menacé de «punir l'agresseur».
Selon des sources iraniennes, plusieurs personnes ont été tuées ou blessées lors de l'attaque américaine contre l'ile de Larak.
Footage shows the moment IRGC launched ballistic missiles at the technical and maintenance infrastructure and fighter-jet positions at two US air bases in Jordan—King Hussein and Al-Azraq.
— Press TV 🔻 (@PressTV) August 30, 2026
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La guerre peut-elle à nouveau s'étendre?
Ce risque a, à tout le moins, de nouveau augmenté. Les Emirats arabes unis ont signalé, lundi, un drone en provenance de l'Iran survolant leurs eaux territoriales. L'agence de presse iranienne Tasnim a même fait état d'une attaque menée à l'aide de dizaines de drones contre la base aérienne militaire de Minhad, au sud-est de Dubaï.
Les Emirats ont toutefois démenti des informations selon lesquelles la base aurait également été attaquée par des missiles. Aucune information sur d'éventuels dégâts n'était, dans un premier temps, disponible.
Les Etats arabes du Golfe, qui abritent d'importantes bases militaires américaines, risquent néanmoins de se retrouver à nouveau pris entre deux feux en cas de représailles iraniennes. Outre les Emirats, cela concerne l'Arabie saoudite, le Koweït, Bahreïn et le Qatar.
La guerre aérienne reprend-elle?
Pas encore. Le New York Times considère cette frappe comme une action limitée, et non comme une reprise des bombardements américains à grande échelle. Le 29 juillet dernier, l'armée américaine avait attaqué des dizaines de cibles en Iran, dont des centres de commandement ainsi que des installations de missiles, de drones et de surveillance côtière. Les deux camps étaient ensuite entrés dans une accalmie généralisée des combats.
Ce nouvel échange de frappes accroit toutefois le risque d'une spirale d'escalade: Washington attaque des forces iraniennes pour protéger la navigation; Téhéran réplique par des attaques contre des bases américaines, ce à quoi les Etats-Unis pourraient, à leur tour, réagir militairement.
Quid du détroit d'Ormuz?
L'une des routes pétrolières et gazières les plus importantes au monde passe par ce détroit. L'Iran y avait posé des mines, que les forces américaines affirment n'avoir dégagées des routes maritimes internationales que la semaine dernière. La marine américaine escorte désormais les navires marchands à travers la partie méridionale du détroit, dans les eaux omanaises.
Le passage reste néanmoins dangereux. Depuis le début de la guerre, au moins 71 navires ont été attaqués, selon le New York Times, et 19 marins ont perdu la vie. De nombreux armateurs évitent désormais Ormuz.
Un accord conclu en juin entre Washington et Téhéran avait brièvement rouvert le détroit, avant de s'effondrer après quelques jours seulement. Il est manifeste que ce jeu du chat et de la souris autour de l'ouverture du détroit est devenu le principal levier du pouvoir iranien dans son conflit avec l'administration Trump, et qu'il le restera pour une durée indéterminée.
Quelle est la stratégie de Trump envers l'Iran?
Le président américain Donald Trump souhaitait en réalité, ces derniers temps, réduire la pression militaire et frapper davantage l'Iran sur le plan économique. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a annoncé, ce week-end, de nouvelles sanctions contre une banque non identifiée, qui traiterait des affaires avec Téhéran.
Lors de la réunion des ministres des finances du G20, qui se tient aujourd'hui en Caroline du Nord, Scott Bessent entend inciter d'autres Etats à isoler davantage l'Iran. Il a en outre estimé auprès de l'agende de presse AP:
Dans le même temps, Donald Trump maintient plus de 50 000 soldats américains en état d'alerte au Moyen-Orient. Une grande partie de ces forces est mobilisée par le blocus naval de l'Iran et la sécurisation du détroit d'Ormuz. Washington doit ainsi continuer de consacrer d'énormes ressources militaires à une guerre que Donald Trump souhaitait pourtant mettre fin rapidement par la pression économique.
Mais tant que Téhéran menace le détroit d'Ormuz, le recours à des frappes militaires reste, pour Donald Trump, la solution la plus simple et la plus rapide pour afficher initiative et détermination, écrit en substance l'analyste spécialiste du Moyen-Orient Hamidreza Azizi:
A New Round of Escalation in the #Iran War?
— Hamidreza Azizi (@HamidRezaAz) August 30, 2026
🔹U.S. strike on Iran’s Larak Island tonight should be understood in the context of a new contest over control of the Strait of Hormuz.
🔹Over the past two weeks, there have been growing indications that the U.S. has managed to…
Comment Téhéran évalue-t-il la situation?
Des informations indépendantes et fiables sur les cercles dirigeants iraniens sont difficiles à obtenir. On ignore même si le guide suprême, Mojtaba Khamenei, est toujours en vie. CNN écrit, dans une analyse récente, que la lutte de pouvoir entre les cercles modérés et les partisans de la ligne dure au sein des Gardiens de la révolution bat son plein.
Alors que les pragmatiques et les technocrates autour du président Massoud Pezeshkian, du président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf et du ministre des affaires étrangères Abbas Araghchi souhaitent, par un accord, sortir l'Iran de sa situation économique difficile, les partisans de la ligne dure visent l'humiliation totale et le retrait des Etats-Unis du Moyen-Orient.
Chaque nouvelle frappe militaire américaine ferait le jeu des Gardiens de la révolution, conclut CNN dans son analyse.
Quelle est la situation des troupes américaines?
C'est précisément ce sujet qui suscite, semble-t-il, une inquiétude croissante au sein du Pentagone. Selon le Washington Post, qui se fonde sur une évaluation classifiée, plusieurs hauts responsables militaires ont averti le secrétaire à la défense, Pete Hegseth, qu'une poursuite du déploiement massif de forces au Moyen-Orient ne serait pas tenable à long terme.
Selon cet article, les commandants américains responsables de l'Europe, du Pacifique et de l'Amérique latine se sont expressément opposés à un nouveau redéploiement de forces pour la guerre en Iran. Des navires, des avions et d'autre matériel viendraient ainsi à manquer dans d'autres régions du monde. La situation serait particulièrement tendue au sein de la marine.
L'évaluation formulée au sein de l'Etat-major militaire est d'une clarté inhabituelle. Une personne au fait du rapport classifié a décrit l'opération en Iran, auprès du Washington Post, comme «too much for too long» («trop, et trop longtemps»). Même les missions de défense du territoire américain seraient affectées par le redéploiement de navires et d'avions de reconnaissance.
Quelles conséquences pour le reste du monde?
La conséquence immédiate se lit, comme d'habitude, dans le prix du pétrole. Le baril de Brent, la référence de la mer du Nord, s'est renchéri lundi, atteignant temporairement près de 91 dollars, son niveau le plus élevé depuis une semaine.
Au printemps, la guerre en Iran avait temporairement fait grimper le prix à plus de 120 dollars. Avec la perspective d'une fin de la guerre, il était ensuite retombé jusqu'à environ 70 dollars. (trad. ysc)
