Trump pourrait retourner une loi anti-Poutine contre ses alliés européens
Lindsey Graham n’aura atteint son dernier objectif politique que deux mois après sa mort. Mercredi, la Chambre américaine des représentants a adopté, à son tour, un train de sanctions contre la Russie, que le sénateur républicain avait patiemment élaboré de son vivant. Le Sénat avait déjà approuvé le texte en août. La loi porte le nom de Lindsey Graham, considéré à Washington comme l’un des plus fervents soutiens de l’Ukraine dans sa lutte contre l’invasion russe.
Le président américain dispose ainsi de nouveaux pouvoirs pour sanctionner les acheteurs de pétrole et de gaz naturel russes. Donald Trump peut imposer des droits de douane punitifs de 100% aux pays qui continuent de s’approvisionner en énergie auprès du belligérant. Ces sanctions secondaires visent à tarir une importante source de revenus du Kremlin. Lindsey Graham voulait, à terme, contraindre Vladimir Poutine à s’asseoir à la table des négociations et à discuter sérieusement d’une fin de la guerre en Ukraine.
Trump va-t-il désormais s’en prendre à la Chine?
Voilà pour la théorie. Ces derniers jours, la question de savoir si ce levier permettra réellement d’atteindre l’objectif recherché a suscité de vifs débats dans la capitale américaine. De nombreux démocrates doutent notamment de la volonté de Donald Trump d’adopter une ligne véritablement dure à l’égard de Vladimir Poutine – le premier prenant régulièrement la défense du second.
Donald Trump a récemment critiqué la manière dont les Ukrainiens mènent la guerre. Il a aussi tenu Kiev pour responsable de la hausse du prix du diesel, qui lui cause des difficultés sur le plan intérieur. Il est même allé jusqu’à réclamer la fin des attaques réciproques contre les infrastructures énergétiques. Le président américain semble considérer que les contre-attaques ukrainiennes visant des cibles en Russie constituent le véritable problème.
A Washington, on redoute en outre que Donald Trump détourne ses nouveaux pouvoirs de leur objectif initial. La Chine reste le principal et le plus important client de la flotte fantôme russe, qui contourne les sanctions pour exporter son pétrole et son gaz. Or, le locataire de la Maison-Blanche semble actuellement vouloir améliorer ses relations avec Pékin. Il est donc difficile de l’imaginer relancer précisément maintenant l’escalade dans le conflit commercial avec la Chine.
Le milliardaire républicain pourrait plutôt sanctionner des clients de second plan. La nouvelle loi prévoit qu'il peut imposer des droits aux cinq principaux acheteurs de pétrole et de gaz russes au cours des douze derniers mois. Outre la Chine, l’Inde et la Turquie, des Etats membres de l’Union européenne pourraient également faire partie de ce groupe. La Slovaquie, la Hongrie, la France et la Belgique sont régulièrement citées dans ce contexte.
Les passages concernés étant formulés de manière vague, d’éminents détracteurs de Trump craignent que celui-ci ne détourne le texte de son objectif pour faire pression sur les alliés européens des États-Unis. «Je pense que cette loi part d’une bonne intention, mais vu ce qu'il s'est passé jusqu’ici, il est plus probable qu’elle soit détournée de son objectif», a commenté sur X Phil Gordon, ancien diplomate américain de haut rang.
(Traduit et adapté par Valentine Zenker)
