La Russie vote ce week-end et les adversaires de Poutine ont un plan
Les élections législatives russes se tiennent du 18 au 20 septembre, dans un contexte difficile pour «Russie unie». Depuis le début de l’année, la cote du parti présidentiel a fortement chuté. En cause: les attaques de drones ukrainiens, les pénuries d’essence, la hausse des prix et la lassitude face à la guerre.
Le résultat du scrutin est couru d'avance. Mais, pour Vladimir Poutine, il est essentiel que son parti obtienne un score écrasant, afin que personne ne remette en cause son autorité ni la ligne qu’il défend. Mercredi, il a lancé un appel appuyé à ses compatriotes:
Mais les Russes sont mécontents et l'opposition prépare un plan pour faire parler d'elle ce dimanche. Voici, en quatre points, ce qu’il faut savoir sur les élections législatives de ce week-end.
Le parti de Poutine est en perte de vitesse
La peur gagne les Russes après les attaques répétées de drones ukrainiens. Des rumeurs circulent aussi au sujet d’une nouvelle campagne de mobilisation qui pourrait être lancée juste après les élections. Les habitants sont toujours moins nombreux à croire à la prospérité et à la stabilité.
Début août, seuls 32,1% des électeurs se disaient prêts à voter pour «Russie unie», selon un sondage. Poutine a donc décidé de faire lui-même campagne dans plusieurs régions. Le parti au pouvoir étant impopulaire auprès de nombreux Russes, les affiches électorales mettent souvent en avant le président lui-même.
La tournée de Poutine à travers la Russie donne parfois lieu à des scènes pour le moins étranges. A Krasnoïarsk, le prix du litre d’essence a ainsi baissé de 24 roubles avant son arrivée. A peine avait-il quitté cette ville de Sibérie que les prix sont revenus à leur niveau précédent.
Le Kremlin mise sur sa «nouvelle élite»
«Russie unie» a tenu ses primaires dès le début de l’été. Selon le média en exil Meduza, Russie unie et le Kremlin sont restés à 10% en dessous des objectifs de participation qu’ils s’étaient fixés. Quarante-trois soldats ayant combattu en Ukraine ont obtenu une place sur des listes régionales ou dans des circonscriptions électorales. Poutine a dit des soldats qu’ils formaient «la véritable élite» et a appelé à favoriser leur ascension politique.
Reste que beaucoup d'entre eux ne sont pas de simples soldats, mais des responsables politiques ou des fonctionnaires passés par le front. Sept siègent déjà à la Douma, parmi lesquels Vitali Milonov et Adam Delimkhanov, un proche de Ramzan Kadyrov, l’homme fort de Tchétchénie. Lors des primaires en Tchétchénie, Delimkhanov a recueilli 119 000 voix.
Un parti d’opposition écarté du scrutin
D’un coup de baguette magique, le chef du Kremlin peut faire baisser le prix de l’essence pendant une journée. Mais pour faire taire les opposants à la guerre, Poutine préfère la matraque.
Les opposants sont victimes d’intimidations, quand ils ne sont pas tout simplement emprisonnés. En août, Lev Shlosberg, vice-président du parti d’opposition «Iabloko», a été condamné à onze ans et un mois de prison. Il a été reconnu coupable d’avoir «discrédité» les forces armées et diffusé de prétendues fausses informations sur l’armée.
La Cour suprême a par ailleurs exclu «Iabloko» des élections à la Douma. C’était le seul parti autorisé à se présenter qui s’opposait ouvertement à la guerre. Dans plusieurs régions, des candidats du parti ont également été arrêtés, souvent pour avoir prétendument diffusé des symboles extrémistes dans d’anciennes publications sur les réseaux sociaux, parfois vieilles de plusieurs années.
Le journaliste en exil Mikhaïl Zygar a écrit dans Der Spiegel que la décision d’écarter «Iabloko» du scrutin aurait été prise personnellement par Poutine. Car même si le Kremlin peut manipuler les résultats, de longues files d’attente devant les bureaux de vote pourraient montrer que de nombreux Russes souhaitent réellement la fin de la guerre.
L’opposant Boris Nadejdine a lui aussi évoqué ce sujet dans un entretien. Selon lui, la plupart des partisans de la guerre ont plus de 60 ans. A l’inverse, les réunions qu’il organisait pendant sa campagne présidentielle attiraient surtout de jeunes opposants à la guerre.
Dans un contexte de répression et de restriction de la liberté d’expression, il est difficile de mesurer l’ampleur réelle de l’opposition à la guerre. C’est précisément pourquoi l’opposition veut la rendre visible le jour du scrutin.
L’opposition a un plan pour se faire entendre
Ioulia Navalnaïa, veuve d’Alexeï Navalny, appelle les Russes à voter pour n’importe quel parti, sauf «Russie unie».
Les opposants au pouvoir sont également appelés à se rendre dans les bureaux de vote le 20 septembre à midi. Cette stratégie avait déjà été utilisée lors de la présidentielle de 2024 sous le slogan «Midi contre Poutine». L’opposant en exil Ilia Iachine soutient lui aussi l’initiative: «Voter à midi est légal.» Ces rassemblements devant les bureaux de vote doivent donner une image concrète du poids de l’opposition à la guerre en Russie. (trad: mrs)
