Comment vont les pro-Trump? On a causé avec eux au Texas
watson sur la route des Midterms 🇺🇸
C’est quoi le mood aux Staaaates? Afin de mieux cerner l’état d’esprit des Américains, watson a décidé de prendre la route de Seattle (Washington) à Austin (Texas).
***
Les Etats-Unis renouvelleront leur Chambre des représentants le 3 novembre prochain dans un climat politique tendu et avec un président Trump qui sait qu’il peut trébucher.
Armé de petites histoires pour mieux comprendre la grande, watson sillonne un pays que l’on croit connaître, secoué, mal-aimé et inquiet pour son avenir. Sans oublier, au passage, ses amusantes curiosités culturelles. Welcome on board!
14h30. Le discours de Donald Trump commencera dans près de quatre heures, mais la file devant le Lubbock Memorial Civic Center est déjà interminable. Près de 15 000 personnes sont venues de toute la région pour voir le président de leurs propres yeux, selon la chaîne locale KCBD. Nous nous y greffons sans trop savoir quand (ni même si) cette foule pourra entrer. Pour le moment, la seule certitude, c’est que nous aurons le temps de faire connaissance.
A une semaine des élections de mi-mandat, nous sommes venus tâter l’humeur des fans les plus fidèles du président. Au niveau national, l'un des derniers sondages donne les démocrates à 53% des intentions de vote pour la Chambre des représentants, contre 45% aux républicains.
Les chiffres semblent très abstraits. Malgré une popularité historiquement basse en octobre 2026, le président peut compter, ici, sur un soutien qui se mesure en nombre de casquettes, en slogans MAGA et en heures que l’on accepte de poireauter en son honneur.
Une foule partisane et hétéroclite
Des jeunes, des vieux, des couples, des bandes de potes, des parents avec leurs enfants. D’une simple visière à la panoplie complète, chacun affiche la couleur à sa manière – tant qu'elle est rouge. Les Stetsons côtoient les vestes estampillées «Moms for Trump». Un t-shirt appelle à «ramener la masculinité». Un autre affirme en caractères gras: «Trump is my president.»
«Bienvenue au Texas!» nous lance Cobey, fringué en cowboy. «Comme vous le voyez, nous sommes un Etat très conservateur, très porté sur la foi et le patriotisme.» Pour sa part, il est toujours très satisfait de son président. «Il a accompli beaucoup de choses ces deux dernières années.» Quoi, par exemple? On n’en saura pas beaucoup plus.
Un autre participant, qui se présente sous le nom de George Washington, nous explique son costume: «Il y a 250 ans, les fondateurs ont déclaré que ce pays devait être indépendant. Pour moi, cet anniversaire pose une question: est-ce qu’on décide encore de notre avenir?»
Un peu plus loin dans la file, un groupe de très jeunes femmes affiche le même enthousiasme: «Bien sûr que nous sommes contentes! Il a fait beaucoup de bien pour le peuple américain, notamment sur la sécurisation des frontières, affirme Payton, étudiante âgée d'une vingtaine d'années. C'était une vraie source d'inquiétudes ici, au Texas».
Ils sont nombreux, les jeunes Texans, à avoir fait le déplacement pour soutenir leur président et le parti républicain. «Il fait du bon boulot! assure un membre d'une bande d'étudiants à la Tech University du Texas. Enfin, on a quelqu'un qui nous dit: "Vous pouvez être fier d'être Américain"».
Avec John et Rocky, jeunes retraités, la conversation se projette déjà au-delà des élections de novembre. Le couple aimerait que cela continue «encore deux ans de cette manière». Puis encore «quatre ans supplémentaires».
Et pour la suite? «Tout ce qu’on peut espérer, c’est que ce ne soit pas un démocrate! JD Vance ou un autre, peu importe.»
«Je ne suis pas d’accord avec tout ce que Trump raconte. Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il fait. Même si, parfois, j’aimerais qu’il parle un peu moins», assène John.
Vers 16h30, après deux heures d’attente, nos jambes commencent à peser. La perspective d’entrer dans la salle, elle, s’éloigne pour beaucoup de partisans du président. Pourtant, leurs nerfs ne semblent pas près de lâcher. Les gens bavardent, espèrent encore, se souhaitent bonne chance, comme sur le Titanic. Nous, on se surprend à rêver d'une bière et de quelques chicken wings.
De petites communautés provisoires se forment, soudées par le même objectif et la même absence d’information sur ses chances de l’atteindre. Même le passage de trois manifestantes anti-Trump ne suffit pas à électriser l’atmosphère. Pancartes à la main, elles longent la file de plusieurs milliers de partisans, avec une détermination que leur petit nombre rend d’autant plus visible. Elles récoltent tout juste quelques regards noirs et des huées, sans que la scène dégénère.
«Whatever!» souffle la maman devant nous, accompagnée de ses deux filles, en levant les yeux au ciel.
Les plus jeunes commencent à trouver le temps long. L'une des deux fillettes devant nous laisse échapper quelques larmes d’impatience et de fatigue. Sa maman l’enlace.
Derrière nous, deux copains latinos d’une vingtaine d’années prennent eux aussi leur mal en patience. «C'est dingue, je ne m'attendais pas à ça, j’ai l’impression que toute la ville est là», rigole l’un d’eux. Quand on lui dit venir de Suisse pour ce rallye, il semble mieux comprendre la portée de l'évènement.
Seules 5000 personnes se fraieront un chemin jusque dans les entrailles du Civic Center. A une quarantaine de minutes du début du discours de Donald Trump, autour de nous, la déception n'est pas à l'ordre du jour. Le président sera à quelques dizaines de mètres. L’essentiel est d’avoir fait le déplacement.
C'est le cas de Julia et de sa maman, qui nous explique avoir déjà vu Trump à Dallas, en 2021. Ne pas pouvoir entrer ne leur gâche pas la journée. «Ce sera chouette de l'écouter depuis ici aussi, assure l'étudiante, pour qui le président «a fait un super job, en particulier avec les frontières».
Sur fond de country et de rock américain, on se dandine, on lève les bras en l'air. Juste en face, une poignée de policiers à cheval surveillent la foule, le visage figé et les sourcils froncés.
A 17h55, un premier mouvement. Une poignée de supporters se précipitent vers la route voisine, dans l’espoir d’apercevoir le cortège présidentiel. Après des heures à patienter, la possibilité de voir passer une voiture suffit à remettre quelques jambes en marche. Probablement un feu de paille. Les participants rejoignent les rangs. Autour de l'écran, l'excitation monte d'un cran.
Puis, à 18h22, le voilà enfin. Les cris de joie remplacent les conversations. L’attente a trouvé son point d’arrivée. Donald Trump les remerciera de leur patience avec un discours de près de deux heures. Il n’oubliera pas non plus de saluer les personnes restées à l’extérieur, faute d’avoir pu entrer dans la salle.
Au loin, à de rares moments, quelques éclats de voix et altercations entre opposants et partisans se font entendre. Mais autour de nous, seul le discours capte toute l'attention. Les hourras répondent aux promesses du président, les huées aux noms de ses adversaires.
Avec la tombée du jour, la foule s’est un peu clairsemée. Certains ont quitté les lieux. Beaucoup resteront jusqu'aux derniers mots du président, à 20h11, et à son départ de la scène au son de «YMCA». Il laisse derrière lui une foule heureuse, presque transcendée par le spectacle. Aux premières loges devant l’écran depuis le début, Mercy et son compagnon n'ont pas bougé. «C’était incroyable! J’ai adoré», s’enthousiasme Prince.
«Ça fait combien de temps qu’il parle?»
En quittant le parking, nous faisons la connaissance d’Adam. Son épouse a réussi à entrer. Lui, en revanche, est arrivé trop tard. «Ce n’est pas grave! C’était chouette à suivre d’ici aussi. J’ai beaucoup aimé, il était en grande forme.»
Il s’interrompt pour nous demander:
De l’autre côté de la rue, quelques opposants sont toujours rassemblés sur le trottoir et donnent de la voix. Les gyrophares sont allumés. Les policiers scannent les abords du haut de leur monture. L’un d’eux nous invite à contourner la zone pour rejoindre notre hôtel, pourtant tout proche.
Nous étions venus mesurer l’enthousiasme au cœur du réacteur MAGA. Au Texas, mardi soir, force est de constater que ceux qui n'ont pas encore lâché Trump n'ont rien perdu de leur dévotion, quitte à verser dans la mauvaise foi et la négation d'une certaine réalité. Dans une semaine, les urnes diront ce qu’il reste de cette ferveur à l’échelle du pays.
