Cette «honte pour l’Etat polonais» frappe les réfugiés ukrainiens
Leurs conditions de vie se dégradent, mais impossible pour eux de rentrer. Des Ukrainiens installés près de Varsovie, la capitale polonaise, sont pris entre deux feux: d'un côté la Pologne, qui durcit sa politique d'accueil, de l'autre Kiev, qui accentue la pression pour mobiliser les hommes en âge de combattre.
Dmytro, 18 ans, un Ukrainien résidant dans une maison-auberge de la périphérie de Varsovie, où vivent une centaine d'hommes comme lui, explique:
Pris entre deux feux
Le 5 mars 2026, la Pologne, deuxième pays d'accueil des réfugiés ukrainiens après l'Allemagne avec près d'un million de personnes, a mis fin au statut spécial qui leur était accordé. Désormais, de nombreux droits sont soumis à des conditions plus strictes, proches du droit général pour les étrangers.
Anna Tatar, représentante de l'association antiraciste «Never Again» à Varsovie, estime:
Viktoria Korzhova, membre d'un cabinet d'avocats ukrainien en Pologne, constate déjà depuis le 5 mars une augmentation du nombre de demandes d'aide à la régularisation.
Volodymyr, 50 ans, rencontré dans la même maison-auberge que Dima, a franchi la frontière polonaise illégalement il y a trois ans afin d'échapper à la mobilisation. Comme ses colocataires, il attend le résultat de sa récente demande de titre de séjour. Il confie, le regard vague:
La peur de la mobilisation dans toutes les têtes
Dans le même temps, l'Ukraine, qui mobilise environ 30 000 hommes par mois, accentue la pression.
Le 26 juin, la Commission européenne a annoncé que les hommes ukrainiens de 23 à 60 ans, déposant une première demande, ne se verront plus accorder la protection temporaire dans l'Union européenne. Une décision prise à la demande de Kiev, selon le commissaire européen aux migrations, Magnus Brunner.
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Cette annonce «ne peut en réalité qu'accélérer leur régularisation à l'étranger», estime Andriï Gaidutskyi, expert en politiques migratoires.
Loin de décourager les départs, cette mesure poussera selon lui les Ukrainiens à se tourner vers des statuts durables, comme les titres de séjour de trois ans ou plus, favorisant leur installation dans un pays de l'UE. Il souligne:
Pour échapper au front, certains vont jusqu'à risquer leur vie en traversant clandestinement les Carpates, tandis que d'autres bénéficient d'une exemption légale leur permettant de quitter le pays.
Si la mesure ne concerne que les nouveaux arrivants, pour les Ukrainiens de Varsovie, le message est clair.
Un avenir incertain
Depuis le printemps 2024 déjà, les hommes ukrainiens vivant à l'étranger doivent mettre à jour leurs données militaires pour accéder aux services consulaires, une démarche que certains évitent par peur de la mobilisation.
Vadym, 31 ans, ne sait pas comment renouveler sans risque son passeport, bientôt expiré. «Il va falloir réfléchir», dit-il dans un rire nerveux. Dmytro, lui, a quitté l'Ukraine à 17 ans. Il résume:
Dans son quotidien actuel, l'horizon reste réduit, entre crainte d'un retour forcé et impossibilité de s'installer durablement.
Même ceux qui ont franchi légalement la frontière ressentent cette pression. Andriï, autorisé à partir en raison du handicap de sa mère, se souvient d'un passage de frontière tendu: «Le garde ukrainien ne voulait pas me laisser passer, alors que j'en avais le droit.»
«Pourquoi n'es-tu pas au front?»
Cette situation s'inscrit dans un contexte de baisse de la solidarité polonaise, avec 51,9% des Polonais estimant que leur attitude envers l'Ukraine et les Ukrainiens s'est détériorée dans le contexte des tensions récentes entre les deux pays autour de la mémoire de la Deuxième Guerre mondiale, selon un sondage de l'institut SW Research. Dmytro raconte:
Les hommes interrogés par l'AFP disent entendre régulièrement des reproches d'inconnus comme:
L'association «Never Again», qui recense ces cas depuis 2022, fait état d'une «augmentation des incidents anti-ukrainiens, des discours de haine et des agressions physiques» depuis le début de la présidence du nationaliste Karol Nawrocki en août 2025. Volodymyr soupire:
