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Emmanuel Macron lors de la clôture de la Conférence sur l'avenir de l'Europe, ce 9 mai à Strasbourg.
Emmanuel Macron lors de la clôture de la Conférence sur l'avenir de l'Europe, ce 9 mai à Strasbourg.Image: Keystone

Macron, son idée de «communauté politique européenne» et la Suisse

Dans son discours de lundi à Strasbourg, le président français a plaidé pour la construction d'une «communauté politique européenne» plutôt qu'une entrée de l'Ukraine dans l'Union européenne (UE). La Suisse et le Royaume-Uni pourraient aussi typiquement en faire partie. Explications en 5 points.
10.05.2022, 18:18
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Ce 9 mai n'a pas seulement été le «Jour de la Victoire» russe, à l'occasion duquel Vladimir Poutine a assuré qu'il gagnerait la guerre. Cette date a aussi été celle d'un discours remarqué d'Emmanuel Macron à Strasbourg. Lors de la clôture de la Conférence sur l'avenir Europe, dont il avait eu l'idée, le chef d'Etat français a plaidé pour l'édification d'une «communauté politique européenne», en dehors de l'UE.

Une proposition qui fait office d'alternative, préférable selon lui, à un processus d'adhésion de l'Ukraine à l'UE. Question sur laquelle la Commission européenne entend se prononcer en juin. Comment comprendre cette idée du président français et son discours qu'il a lui-même nommé «le serment de Strasbourg»? Aussi, en quoi la Suisse est-elle concernée?

Une adhésion de l'Ukraine demande beaucoup de temps

La conviction principale d'Emmanuel Macron? Il faut bâtir la paix. Pour cela, il faut renforcer l'alliance politique des Etats européens en construisant une «Europe souveraine, unie, démocratique et ambitieuse». Et il compte bien y contribuer. Or, l'UE n'est pas l'alpha et l'oméga de ce besoin de fédération selon lui. Du moins, c'est le message qu'il a voulu faire passer ce lundi, dans les murs du Parlement européen:

«L'Union européenne ne peut pas être le seul moyen de structurer le continent»

Concernant l'Ukraine, à qui revient selon lui la tâche de trouver les solutions de terminer le conflit avec la Russie, le président français a dévalué l'option d'une candidature à l'UE. «Nous savons tous que le processus d’adhésion prendrait plusieurs décennies», a-t-il affirmé. «Il nous faut très clairement trouver la voie pour penser notre Europe sans fragiliser l’intimité de notre Union.» Pour cela, il propose la création d'une «communauté politique européenne».

Voici à quoi ressemblerait une «communauté politique européenne»

Dans sa conférence de presse depuis Berlin, qui a suivi son discours strasbourgeois, Emmanuel Macron a précisé ce qu'il entend par «communauté politique européenne». L'idée est celle d'un «nouvel espace de coopération» qui pourrait justement intégrer des pays comme l’Ukraine, ne remplissant pas les standards européens en matière de corruption ou de niveau de vie. La Moldavie, la Géorgie et la Bosnie-Herzégovine seraient par exemple aussi concernées.

Mais pas que: d'après Sébastien Maillard, directeur de l’Institut Jacques Delors, qui s'est exprimé dans Le Temps, il s'agirait d'une sorte de «club des démocraties libérales» qui pourrait, selon lui, également intéresser le Royaume-Uni (qui aurait «toute sa place» selon le locataire de l'Elysée) ou… la Suisse. Des pays qui, précisément, ne sont pas membres de l'UE, tout en étant pleinement européens.

Et pour cause, voici le critère déterminant pour Macron: faire partie des «nations européennes démocratiques, adhérant à notre socle de valeurs». Le but de cette nouvelle structure?

«Collaborer en matière de politique, de sécurité, d’énergie, de transport, d’investissement, d’infrastructures, de libre circulation des personnes.»

Une forme, en somme, de «Conseil de la Grande Europe», qui rejoint la vision de François Mitterand en son temps, qui était partisan d'une Europe à cercles concentriques. L'ancien président français avait en effet prononcé le mot de «Confédération» européenne dans ses vœux télévisés du 31 décembre 1989, comme le relève la Valaisanne Marie Moulin dans son mémoire de master de 2019, d'une brûlante actualité, que nous avons pu consulter:

François Mitterand au tournant des années 1990: la Confédération européenne
«A partir des accords d’Helsinki, je compte voir naître dans les années 1990 une confédération européenne au vrai sens du terme qui associera tous les États de notre continent dans une organisation commune et permanente d’échanges, de paix et de sécurité.» (François Mitterand)

Marie Moulin, sous la direction du professeur Gilbert Casasus, Université de Fribourg, 2019

L'Allemagne trouve l'idée «très intéressante»

D'après l'AFP, le chancelier allemand Olaf Scholz a jugé cette proposition «très intéressante». Les deux dirigeants se sont rencontrés à Berlin dans la soirée. Ce soutien ne saurait être anodin, le couple franco-allemand étant central dans la dynamique européenne. Le débat sur des niveaux d'intégration à l'UE différents est d'ores et déjà présent au Parlement européen. Il est donc certain que cette démarche ne restera pas une déclaration symbolique du 9 mai.

«Je pense que le chef de l'Elysée a envoyé un signal qui n’a pas dû faire plaisir aux Ukrainiens, mais qui a le mérite de la franchise», commente Gilbert Casasus, professeur en études européennes à l'Université de Fribourg. «Et c'est, en même temps, un signal lancé à Washington, qui en se montrant très généreux envers différentes régions européennes, membres de l'UE ou non, mène une politique de division de l’UE.» L'observateur à la fibre pro-européenne pointe également un autre aspect expliquant le timing de cet épisode:

«Cette proposition arrive à un moment où Emmanuel Macron se sent l’homme fort par rapport à Olaf Scholz. Cet événement marque le début d'une ère post-merkelienne.»

Mais pas question d'y voir un dispositif ayant pour but la rapidité des rapprochements entre pays, avertit le spécialiste. «Dans la dialectique de l'UE entre approfondissement et élargissement, on a élargi sans approfondir. L'idée de Macron est un remède à ce problème et c’est le temps long de l’Europe qui reprend ses droits sur le court terme. Car évidemment, cela prendra un certain temps.» Il ne faut donc pas partir du principe que la communauté politique européenne serait une alternative nécessairement plus rapide que l'adhésion de l'Ukraine et consort. C'est simplement une autre temporalité.

La Suisse aurait des avantages à y participer

Sébastien Maillard n'est pas le seul à imaginer la Suisse prendre part à ce projet. Aux yeux de Gilbert Casasus, une participation de la Suisse est une option sérieuse. «C'est même un cadre dans lequel la Confédération pourrait être très active.» En effet, si ce n'est pas un remède direct aux problèmes institutionnels de la relation Suisse-UE dans une perspective rapprochée, c'est une occasion de préparer l'avenir sur des bases solides, selon le professeur:

«Aujourd’hui, la relation Suisse-UE est mauvaise. L’UE attend des signes de la part de Berne. Faire preuve d’intérêt pour cette proposition, cela peut aider à rétablir un climat de confiance. Cela peut aussi d'ailleurs correspondre à la volonté de beaucoup de Suissesses et de Suisses de devenir plus européens, davantage qu’ils le pensent eux-mêmes.»

Emmanuel Macron a choisi son heure

Pour bien comprendre cette optique dans sa totalité, il faut avoir en tête la synchronisation de l'agenda. Macron, fraîchement réélu, fait face à un important camp de gauche pour les législatives de juin, porté par le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon. Or, dans son allocution, le président de la République a évoqué une réforme des traités et a présenté comme possible une Europe à plusieurs vitesses, ainsi que des processus de décision différents des longues procédures actuelles. Avec notamment l'hypothèse d'une généralisation du vote à la majorité qualifiée.

Ainsi, «plutôt que de désobéir aux traités [comme le revendique Jean-Luc Mélenchon], il évoque leur révision», analyse Sébastien Maillard dans Le Monde. Seulement, le président sait qu'une réforme des traités est improbable. Il y aurait donc, avant tout, un agenda national derrière – ou avec – l'action européenne d'Emmanuel Macron. Lequel connaît la profonde amertume de nombreux socio-démocrates français concernant la décision du PS de faire front commun avec la France insoumise. Mais lequel sait aussi la nécessité de dialoguer avec le camp insoumis, plutôt eurosceptique.

Après tout, rien de nouveau sous le soleil: pour reprendre les vocables du conseiller fédéral Ignazio Cassis, en charge des Affaires étrangères, la politique étrangère n'est-elle pas, au fond, de la politique intérieure?

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