Cinq pays de l’UE veulent révolutionner l’asile en Europe
Le ministre danois de l’Immigration est actuellement très sollicité. Après s’être rendu à Vienne, Morten Bodskov était jeudi aux Pays-Bas, puis à Berlin. Le social-démocrate joue un rôle central dans la recherche d’un centre d’expulsion pour les demandeurs d’asile déboutés, situé en dehors de l’UE.
Il s’agit notamment de personnes qui font actuellement la une de l’actualité en Suisse: des chiffres du Secrétariat d’Etat aux migrations ont montré que 80% des demandeurs d’asile originaires d’Afrique du Nord sont soupçonnés d’avoir commis une infraction.
En septembre prochain, Morten Bodskov invitera à Copenhague cinq de ses homologues européens les plus proches afin de poursuivre les travaux sur une solution pour les demandeurs d’asile déboutés. Ceux-ci devraient à l’avenir être éloignés du pays et de l’UE le plus rapidement possible, y compris vers un Etat avec lequel ils n’ont aucun lien. Le ministre a déclaré:
L’objectif est de conclure un accord avec un pays tiers d’ici la fin de l’année et d’ouvrir un premier centre en 2027. Le pays qui pourrait l’accueillir reste à déterminer. «Nous avons un bon dialogue avec plusieurs d’entre eux», a déclaré Morten Bødskov au journal Jyllands-Posten. Selon des médias italiens et grecs, des négociations sont menées avec l’Ouzbékistan, l’Ouganda, le Rwanda et le Ghana.
Un projet complexe et controversé
Des ministres d’Allemagne, d’Autriche, des Pays-Bas et de Grèce participeront à la réunion de Copenhague. Avec le Danemark, ils se considèrent comme le «groupe des exécutants», qui souhaite durcir aussi rapidement que possible la politique d’asile de l’UE.
L’Italie, Malte, Chypre et la Norvège souhaiteraient également en faire partie, selon le Jyllands-Posten, mais les cinq pays préfèrent pour l’instant travailler en petit comité.
Car le concept de centres d’asile situés en dehors de l’UE est complexe et controversé. Il est débattu depuis des années, jusqu’ici sans résultat concret: le Danemark et le Royaume-Uni ont échoué dans leurs projets avec le Rwanda, tandis que les Pays-Bas ont rencontré des obstacles juridiques dans leur projet avec l’Ouganda. En Italie aussi, le projet de centre d’asile en Albanie est au point mort pour des raisons financières et juridiques.
L'UE, qui souhaite réduire le nombre de demandeurs d’asile admis dans l’espace Schengen grâce à son pacte sur l’asile et la migration, a certes adopté en juin les bases permettant de conclure des accords avec des pays tiers. Mais les détails sensibles doivent être négociés directement par les Etats membres. L’un des problèmes tient au fait que le droit d’asile doit également être garanti dans les pays tiers.
L’ensemble de la procédure d’asile dans un pays tiers
Les détracteurs soulignent que les pays avec lesquels des négociations sont actuellement menées affichent précisément des bilans très préoccupants en matière de droits humains. En Ouganda, par exemple, le président Yoweri Museveni réprime l’opposition de manière autoritaire depuis 40 ans. Des experts des droits humains, mais aussi le président français Emmanuel Macron, ont déclaré qu’il n’était pas surprenant que les centres d’expulsion dans des pays tiers n’aient jusqu’ici jamais fonctionné.
Les cinq «exécutants» estiment toutefois que le projet est également réalisable sur le plan juridique. Et ils veulent aller encore plus loin: ils négocient non seulement la création de centres pour les demandeurs d’asile déboutés, mais aussi celle de centres destinés à l’ensemble de la procédure d’asile.
L’idée est que toute personne qui demandera l’asile dans l’un des cinq pays «exécutants» sera directement envoyée par avion vers le pays tiers et devra y attendre l’issue de sa procédure d’asile. La première ministre danoise Mette Frederiksen avait un jour expliqué qu’elle entendait ainsi concrétiser sa vision d’«aucun demandeur d’asile au Danemark».
La Suisse, de son côté, attend de voir. Le Conseil fédéral est ouvert à une coopération avec des pays tiers si l’UE parvient à mettre en place un modèle qui fonctionne, a déclaré début août le ministre de la Justice Beat Jans. Il a toutefois également mis en garde contre le risque de dépendance vis-à-vis de ces pays tiers. La priorité reste, selon lui, un système d’asile national efficace.
(trad. tib)
