Suisse
Migrants

Faire partir les réfugiés en les payant? La Suisse n'y croit pas

En 2015, des réfugiés syriens sont arrivés à la gare de Buchs, dans le canton de Saint-Gall. Très peu d'entre eux sont retournés dans leur pays d'origine.
En 2015, des réfugiés syriens sont arrivés à la gare de Buchs, dans le canton de Saint-Gall. Très peu d'entre eux sont retournés dans leur pays d'origine.Image: montage watson

La Suisse ne croit pas aux primes danoises pour faire partir les réfugiés

Le Danemark tente d'inciter les réfugiés à rentrer dans leur pays en leur proposant d'importantes sommes d'argent. La Confédération estime qu'un tel modèle serait politiquement controversé en Suisse.
09.07.2026, 16:5209.07.2026, 16:52
Kari Kälin

Le maire de Wattwil, Alois Gunzenreiner (Le Centre), a propulsé cette commune toggenbourgeoise de 9000 habitants sous les projecteurs nationaux avec un chiffre qui a fait grand bruit.

Lors de l'assemblée communale du printemps dernier, il a déclaré qu'une seule famille de réfugiés comptant quatre enfants mineurs coûtait 400 000 francs par an aux contribuables en raison de l'ampleur des mesures de soutien mises en place. La dépense la plus importante provient du placement d'un enfant dans une structure spécialisée, qui représente à lui seul 250 000 francs. La famille bénéficie d'une admission provisoire. En d'autres termes, ses membres ne sont pas personnellement persécutés dans leur pays d'origine, mais leur retour y est actuellement considéré comme inexigible.

Avec un taux de recours à l'aide sociale de 79,2%, les réfugiés et les personnes admises à titre provisoire y sont fortement représentés. Indépendamment du cas de Wattwil, serait-il dès lors plus avantageux pour les finances publiques d'encourager les personnes réfugiées à rentrer dans leur pays au moyen d'une prime de départ, plutôt que de leur verser des prestations sociales pendant des années?

C'est précisément l'approche retenue par le Danemark. Un adulte reçoit l'équivalent de 30 600 francs pour recommencer une nouvelle vie dans son pays d'origine et jusqu'à 6100 francs supplémentaires sont versés par enfant. Pour une famille de quatre personnes, le montant dépasse 73 000 francs. A cette somme peuvent s'ajouter des aides pour le voyage, le transport des effets personnels, l'assurance-maladie ainsi que les frais liés à la scolarité ou à l'équipement professionnel.

Deux options sont proposées au moment du versement. Les personnes qui souhaitent recevoir la totalité de la somme en une seule fois renoncent à leur droit de revenir au Danemark. Celles qui préfèrent conserver cette possibilité perçoivent l'argent en deux versements et peuvent revenir au Danemark dans un délai d'un an. Elles doivent alors rembourser l'intégralité de l'aide reçue.

En Suède, le gouvernement a repris le modèle danois ce 1er janvier. Il verse désormais 29 600 francs par adulte, jusqu'à 42 000 francs par couple et 50 800 francs par ménage. Dans les deux pays, cette aide au retour est également justifiée par les économies qu'elle permettrait de réaliser pour les finances publiques. Peuvent bénéficier de cette aide les personnes qui ne disposent pas d'un patrimoine important (au Danemark), qui n'ont pas de dettes (en Suède) et qui ne font l'objet d'aucune procédure pénale.

Merz souhaite le départ de 80% des Syriens d'Allemagne

En Allemagne, depuis la chute du dictateur Bachar al-Assad, la question du retour concerne avant tout les réfugiés syriens. Fin mars, le chancelier Friedrich Merz a déclaré vouloir que, dans les prochaines années, 80% des quelque 900 000 Syriens vivant dans le pays retournent chez eux. La manière dont il compte atteindre cet objectif reste toutefois très floue.

En Suisse, rien n'indique pour l'heure qu'une vaste campagne de renvois soit imminente. Le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), compétent en matière d'asile, souligne que l'évolution de la situation en Syrie demeure incertaine et qu'une dégradation des conditions de sécurité peut survenir à tout moment.

La Suisse ne reste toutefois pas inactive. Elle mise également sur l'aide au retour. Depuis un an, elle participe à un programme de l'Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex). Une famille syrienne de cinq personnes peut ainsi recevoir un peu plus de 9000 euros. Malgré cette incitation financière et le changement de régime politique en Syrie, les retours volontaires restent très rares. En 2025, 139 Syriens sont rentrés volontairement, contre seulement 15 durant la dernière année de la dictature de Bachar al-Assad.

L'aide au retour proposée par la Suisse vise à convaincre rapidement les personnes qui n'ont pratiquement aucune chance d'obtenir un droit de séjour de quitter le pays. Elle est donc dégressive: plus une personne reste longtemps en Suisse malgré de faibles perspectives d'obtenir l'asile, plus le montant diminue. La prestation maximale accordée à un adulte quittant la Suisse depuis un centre fédéral pour requérants d'asile ou un canton est une indemnité de base de 1000 francs. Pour les enfants, elle s'élève à 500 francs.

5157 personnes ont reçu une aide au retour de la Suisse

Une contribution supplémentaire pouvant atteindre 3000 francs est prévue pour financer un projet individuel de réintégration. En cas de besoins particuliers, cette aide peut être portée à 5000 francs. S'y ajoutent 100 francs d'argent de poche destinés à couvrir les frais du voyage de retour. L'an dernier, 4157 personnes relevant du domaine de l'asile ont quitté la Suisse avec une aide au retour, dont plus de 500 ressortissants turcs.

Comparée aux montants versés par le Danemark, la Suisse investit relativement peu dans cette politique. Que pense le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) du modèle scandinave? Sa porte-parole, Magdalena Rast, indique que le SEM ne commente pas les décisions de politique migratoire prises par d'autres pays. Elle ajoute toutefois:

«L'expérience acquise en Suisse montre que l'équation "plus d'argent = plus de départs" ne fonctionne pas»

Le SEM estime en outre que des montants nettement plus élevés seraient politiquement controversés en Suisse, même s'ils permettaient, à terme, de réaliser des économies.

Et cette analyse semble fondée. Barbara Steinemann, conseillère nationale UDC zurichoise, siège également à la commission de l'aide sociale de Regensdorf, et sait par expérience qu'une aide au retour élevée versée une seule fois coûterait moins cher à l'Etat que le financement de prestations sociales sur le long terme.

Elle craint toutefois que des primes de retour importantes n'incitent davantage de requérants d'asile à venir en Suisse «après avoir traversé plusieurs Etats tiers sûrs». A ses yeux, le programme danois illustre surtout l'impuissance de la politique européenne en matière de réfugiés: «Les personnes ne rentrent pas volontairement dans leur pays, alors même qu'elles n'ont plus besoin de protection.»

Les importantes incitations financières n'ont d'ailleurs pas provoqué le tournant espéré au Danemark. Certes, le nombre de Syriens ayant regagné leur pays a atteint 665 en 2025, soit davantage que durant toutes les années 2019 à 2024 réunies. Mais rapporté aux quelque 36 000 Syriens bénéficiant d'une admission provisoire, cela ne représente qu'une très faible minorité. (trad. hun)

Comment l'Europe défie la vague de chaleur
1 / 33
Comment l'Europe défie la vague de chaleur

Dimanche, la température à Paris a atteint 37 degrés.

source: sda / michel euler
partager sur Facebookpartager sur X
Cet éléphant de mer sème la zizanie en Tasmanie
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
Un sauvetage en hélico perturbé par un drone en Suisse
Une intervention de la REGA a été perturbée par un drone dimanche au Tessin. Son pilote a été identifié et inculpé.
Un drone a été signalé dimanche à Indemini près du Lac Majeur au Tessin lors d'une intervention d'urgence d'un hélicoptère de la REGA. Le pilote du drone a été identifié et inculpé de perturbation de la circulation publique, a annoncé mercredi la police cantonale tessinoise.
L’article