J'ai vu la banane la plus chère du monde juste avant qu'elle soit volée
Samedi dernier, je me rends enfin au Centre Pompidou de Metz, en France (nord-est). L'exposition actuelle est celle du célèbre artiste italien Maurizio Cattelan. Nous commençons la visite, chose inhabituelle, par le premier étage, notamment pour avoir un aperçu de ce bâtiment emblématique.
Et là, je la vois. Accrochée, sur la droite, discrète, seule, toute petite: la banane tristement célèbre. Telle qu'on la connaît par les nombreuses photos qui en ont été faites. Une banane jaune maintenue au mur par du scotch gris. Une œuvre dont une version a été adjugée 5,2 millions de dollars il y a un an et demi (4,1 millions de francs).
Une banane qui suscite bien des questions
Et voilà que lundi, on lit sur tous les portails que la banane a été volée, ici même, au musée de Metz. Le méfait a eu lieu durant le week-end, sans que personne ne s'en aperçoive. Etions-nous les dernières personnes à l'avoir vue? Je le jure, ce n'est pas nous!
Bien sûr, nous avons plaisanté en disant qu'elle irait très bien sur le mur bleu de notre salle à manger… Mais nous n'y avons pas touché. L'art, ça ne se mange pas et ça ne se vole pas non plus!
Mais il faut l'admettre, elle fait envie: fraîche, d'un beau jaune vif, comme récemment changée. Nous nous demandons à quelle fréquence elle est remplacée, car les bananes brunissent vite et perdent leur éclat sous l'effet de la chaleur. Et nous nous posons alors la question: que devient l'ancienne banane?
Un gardien ou le commissaire a-t-il le droit de la manger? Est-elle rituellement rendue à la terre? Ou finit-elle simplement au compost sans cérémonie? Ce dernier scénario constituerait du gaspillage alimentaire, ce qui serait vraiment mal vu de nos jours.
Un artiste qui se veut plus qu'un simple clown
La banane s'intitule «Comedian» et a été présentée pour la première fois par Maurizio Cattelan, en 1999 à l'Art Basel Miami. L'étiquette de «provocateur» rendrait l'artiste malheureux, et je le remarque aussitôt. Il écrit:
Maurizio Cattelan espère qu'après sa mort, on s'intéressera à son œuvre plutôt qu'à lui en tant que farceur.
Le Centre Pompidou offre d'ores et déjà cette occasion. En profondeur et en largeur, au cœur de sa fantastique collection, organisée de manière aussi intelligente qu’évidente par thèmes. On peut ici saisir le Maurizio Cattelan dans toutes ses dimensions, lui qui a 60 ans. S'émerveiller de ses trouvailles surprenantes et de ses métaphores pertinentes, admirer l'actualité de nombreuses œuvres et son sens des proportions bouleversées, et constater que la profondeur et l'impact visuel immédiat ne sont pas forcément contradictoires.
Mais la plaisanterie n'est jamais loin. A la sortie de l'exposition, Maurizio Cattelan a posé une tête de laitue sur une élégante stèle de pierre. Elle est toute flétrie, à deux doigts du compost. Celle-là, personne ne la volera dans cet état. A moins que?
