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«Convoi de la liberté»: la police se sert du gaz lacrymogène

Des milliers d'opposants au pass vaccinal ont rejoint Paris samedi, dans le but de manifester, malgré l'interdiction de la préfecture de police, déterminée à empêcher tout blocage.
11.02.2022, 18:5813.02.2022, 22:40

Vers 14h00, plus d'une centaine de véhicules avaient rejoint l'avenue, des automobilistes et certains dorénavant à pied, agitaient des drapeaux ou scandaient «liberté». La situation s'est tendue: des gaz lacrymogènes ont été utilisés.

Les forces de l'ordre ont évacué les piétons qui étaient autour de l'Arc-de-Triomphe, avant de repousser peu à peu les manifestants vers les jardins qui se trouvent à l'autre bout de cette célèbre artère de la capitale.

Rassemblement hétéroclite d'opposants au président Emmanuel Macron et de «gilets jaunes», le mouvement s'est constitué sur le modèle de la mobilisation qui paralyse la capitale canadienne Ottawa.

Laure, 57 ans, monitrice d'auto-école en Seine-et-Marne, «contre le pass vaccinal», a déclaré à l'AFP en fuyant les lacrymogènes sur les Champs-Élysées:

«On était depuis hier 17h00 sur Paris, tel un cheval de Troie. On était invisible, on voulait se fondre dans la masse. Moi je suis "gilet jaune", mais y a beaucoup de primos manifestants. A 13h15, on a décidé de se rejoindre autour de l'Arc-de-Triomphe parce qu'on savait que plusieurs convois étaient là. Les convois en voiture, c'était un test. On a d'autres manifestants qui vont venir aujourd'hui. On peut pas vacciner de force.»

Les voitures, camping-cars et camionnettes partis de Nice, Lille, Strasbourg, Vimy (Pas-de-Calais) ou Châteaubourg (Ille-et-Vilaine) se sont remis en mouvement samedi matin, après s'être arrêtés la veille non loin de Paris.

Plusieurs centaines de véhicules avaient rejoint le périphérique vers 10h00, où les policiers procédaient à des verbalisations pour «participation à une manifestation non-autorisée», selon la préfecture de police de Paris, qui a comptabilité 151 PV en milieu de matinée.

Selon des messages consultés par l'AFP, certains convoyeurs veulent devenir «une masse de véhicules impossible à contenir par les forces de l'ordre à moins que ces dernières ne bloquent elles-mêmes les axes principaux de la capitale». L'un de ces messages poursuit:

«De fait, face à plusieurs milliers de véhicules capables d'être à l'arrêt comme en mouvement, quelques dizaines de dépanneuses ne pourraient pas faire grand chose.»

Forces de l'ordre mobilisées

Près de 7200 policiers et gendarmes ont été déployés« pour faire respecter les interdictions de convois de véhicules», selon la préfecture de police.

Le préfet de police Didier Lallement a «créé un certain nombre de fourrières provisoires qui (...) permettront avec plusieurs dizaines de véhicules de remorquage de mettre fin à tout blocage», a-t-il déclaré. Des blindés de la gendarmerie ont aussi été déployés dans la capitale, une première depuis les manifestations des «gilets jaunes» fin 2018.

Le Premier ministre, Jean Castex, a promis d'être inflexible face au mouvement. «S'ils bloquent la circulation ou s'ils tentent de bloquer la capitale, il faut être très ferme», a-t-il insisté sur France 2.

Une portée stupéfiante

Dans l'un des convois en approche de Paris, la nervosité montait alors que les premières interpellations étaient signalées sur le périphérique. Les consignes étaient dispersées, via les applications utilisées pour communiquer, selon une journaliste de l'AFP.

Rejoindre l'Arc de Triomphe? «C'est pas mal, ça ressemble bien à Ottawa si on y arrive», lance depuis sa camionnette, Cédric, 42 ans, venu de Vendée avec trois camarades «gilets jaunes».

A un point de ralliement en pleine forêt de Fontainebleau, une quarantaine de véhicules étaient arrivés vers 9h00, dans le calme, avec une présence policière discrète, a constaté une autre journaliste de l'AFP.

«Nous sommes tous collectivement fatigués par ce que nous vivons depuis deux ans», a déclaré vendredi le président Emmanuel Macron, dans un entretien au quotidien Ouest-France. Il ajoute:

«Cette fatigue s'exprime de plusieurs manières: par du désarroi chez les uns, de la dépression chez d'autres. On voit une souffrance mentale très forte, chez nos jeunes et moins jeunes. Et parfois, cette fatigue se traduit aussi par de la colère. Je l'entends et la respecte. Mais, j'en appelle au plus grand calme.»

La police avait estimé vendredi à 3300, le nombre de véhicules engagés dans les convois. C'est une action «d'une ampleur phénoménale», a dit un coordinateur du mouvement à l'AFP.

L'interdiction de rassemblement des convois a été maintenue vendredi soir par le tribunal administratif de Paris, qui a rejeté deux recours.

«C'est une trahison. Les fondements de l'arrêté ne sont pas respectueux de la loi, de la liberté de manifester», a réagi la militante anti-vaccin et «gilet jaune», Sophie Tissier.

Intersection européenne

A deux mois de l'élection présidentielle, les manifestants exigent le retrait du pass vaccinal et défendent des revendications sur le pouvoir d'achat ou le coût de l'énergie. Jean Castex s'est exprimé:

«Le droit de manifester et d'avoir une opinion sont un droit constitutionnellement garanti dans notre République et dans notre démocratie. Le droit de bloquer les autres ou d'empêcher d'aller et venir ne l'est pas.»

Le gouvernement affirme envisager pour fin mars ou début avril la levée du pass vaccinal et compte supprimer dès le 28 février le port du masque obligatoire dans les lieux où le pass est exigé.

Certains participants espèrent grossir samedi les rangs des cortèges contre le pass vaccinal, organisés chaque semaine. Quatre cortèges ont été autorisés ce samedi.

Après avoir campé aux portes de Paris vendredi soir, une partie des participants - 3000 véhicules pour 5000 manifestants en tout selon la police - a rejoint samedi matin le périphérique parisien, où 337 personnes avaient été verbalisées vers 14h30 pour «participation à une manifestation non autorisée», selon la préfecture de police de Paris.

D'autres comptent ensuite rejoindre Bruxelles pour une «convergence européenne», prévue lundi 14 février. Les autorités belges ont interdit l'accès de la capitale. (ats/chl)

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source: keystone
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Zelensky et l'Ukraine peuvent-ils nous lasser? «Oui, assurément»
Après avoir été ovationné par les plus puissants parlements du monde, le président ukrainien a donné, le 11 mai dernier, une conférence dans l'enceinte plus modeste de Science-Po Paris. Faut-il y voir un début d'essoufflement dans la méthode Zelensky? Combien de temps le héros de la démocratie, devenu un as de la communication, va-t-il pouvoir incarner efficacement la cause ukrainienne?

L'exercice est franchement casse-gueule, tellement le sujet semble intangible. Les Ukrainiens slaloment entre les bombes russes et les cadavres familiers depuis bientôt trois mois et voilà qu'on esquisse l'éventualité, bien au sec sous notre dôme caniculaire, d'un essoufflement de la méthode Zelensky. Celle qui consiste à repousser l'assaillant (et l'oubli) par la force du verbe, de la bande passante, et du grand écran. Pour se lancer à pleine vitesse dans une analyse de performance, comme le ferait sans bégayer un commentateur sportif avec un runner ordinaire à mi-course, il fallait un argument. Le président ukrainien nous l'a servi récemment sur un plateau: sa stratégie a évolué.

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