Sortant de son silence trois jours après le second tour des élections législatives anticipées, Emmanuel Macron a demandé à l'ensemble des forces politiques d'engager un dialogue en vue d'une majorité solide et plurielle. Le président français a appelé au «compromis» et à la poursuite du «front républicain».
Le chef de l'Etat s'est adressé aux Français dans une lettre publiée par la presse quotidienne. Dans sa missive, il revient sur la coexistence inédite de trois blocs dans l'hémicycle: le Nouveau Front populaire, le bloc macroniste et le Rassemblement national:
Le président, en déplacement à Washington pour un sommet de l'Otan, demande ainsi à «l'ensemble des forces politiques se reconnaissant dans les institutions républicaines, l'Etat de droit, le parlementarisme, une orientation européenne et la défense de l'indépendance française, d'engager un dialogue sincère et loyal pour bâtir une majorité solide, nécessairement plurielle, pour le pays».
Il espère voir se former «un projet pragmatique et lisible» et exhorte les partis à «concrétiser par les actes» le front républicain qui a permis de contrer le RN, arrivé troisième dimanche soir avec 143 députés en comptant ses alliés. Toutes ces tractations prendront «un peu de temps», une période à l'issue de laquelle Emmanuel Macron «décidera de la nomination du Premier ministre».
La prise de position du président a fait bondir les oppositions. Emmanuel Macron «refuse de reconnaître le résultat des urnes», a estimé Jean-Luc Mélenchon, le leader du parti LFI.
La patronne des Ecologistes, Marine Tondelier, a elle-aussi estimé que «la logique institutionnelle dicte d'appeler les chefs de parti du NFP» afin qu'ils lui proposent le «nom d'un Premier ministre», ce qu'ils ne parviennent pas à faire pour l'instant.
A l'extrême droite, le patron du Rassemblement national Jordan Bardella a jugé «irresponsable» que le message du chef de l'Etat soit «désormais: 'débrouillez-vous'».
Depuis dimanche, les formations politiques ont lancé de grandes manoeuvres pour déterminer comment gouverner, et avec qui, dans cette configuration politique de blocs sans majorité absolue.
Le NFP est engagé dans de difficiles tractations internes, en raison des divergences historiques en son sein. Le camp présidentiel, lui, hésite entre se rapprocher de la droite républicaine ou des sociaux-démocrates.
Certains, menés notamment par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, lorgnent essentiellement la droite pour trouver des alliés. Mais une autre frange du camp présidentiel, notamment son aile gauche, voit plus large. Le député Sacha Houlié, macroniste de la première heure, a ainsi annoncé qu'il veut créer un groupe allant «de la droite sociale à la gauche socialiste».
Marine Le Pen, dont le parti a été en partie bloqué par le «front républicain» constitué au deuxième tour par la gauche et les centristes, a eu beau jeu de dénoncer un «bourbier».
«Un certain nombre de manoeuvres, notamment de désistements massifs, nous ont privés de la majorité absolue. Ce n'est que partie remise», s'est-elle justifiée, avant d'être réélue présidente du groupe RN à l'Assemblée. (jch/ats)