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Qui sont les casseurs arrêtés après les émeutes françaises?

Les premiers procès révèlent une autre facette des émeutes en France

Des casseurs s'en prennent à un magasin de vêtements à Paris
Des casseurs s'en prennent à une boutique parisienne.Image: ap
Les premiers procès révèlent des profils très différents, des militants d'ultragauche aux pillards. Beaucoup sont issus de l'immigration, comme leurs victimes.
21.10.2026, 11:4521.10.2026, 11:45
Stefan Brändle

La police française a peut-être été débordée ce week-end, mais elle a depuis réagi rapidement en ouvrant des enquêtes. Mardi à l'aube, elle a arrêté un homme de 34 ans dans la commune rurale de Val d’Issoire. Il est soupçonné d'avoir incendié l'hôtel de ville de Limoges, un bâtiment historique, lors des émeutes de samedi. Des vidéos prises avec des téléphones portables montreraient un homme cagoulé lançant un cocktail Molotov par une fenêtre ouverte.

L'homme interpellé, Hodei C., appartient à l'ultragauche. Fiché S, il est déjà connu des services de police pour des «violences contre les forces de l'ordre» et considéré comme une menace potentielle pour la sûreté de l'Etat. C'est pour cette raison que le Parquet national antiterroriste s'est également intéressé à l'affaire.

Selon l'expert en sécurité Alain Bauer, l'ultragauche compte environ 5000 membres en France. Ces autonomes, anarchistes, antifascistes et écologistes radicaux collaboreraient avec des militants étrangers du black bloc. Ces derniers jours, nombre d'entre eux se sont mêlés aux manifestations des lycéens et ont affronté les forces de l'ordre. Lors des violentes émeutes de ce week-end, ils étaient également en première ligne, vêtus de noir et cagoulés.

Les émeutes du 17 octobre à Paris. Un émeutier tient un drapeau français
Scène de rue sous tension à Paris, lors des émeutes du 17 octobre.Image: epa

Ils utilisent des médias comme Contre Attaque pour justifier leurs actions au nom de la lutte contre la «mise en scène totalitaire» du gouvernement à Paris ou contre les «fascistes» à Lyon. Le collectif étudiant Le Poing levé, lié à l'organisation trotskiste Révolution permanente, joue un rôle moteur dans les manifestations lycéennes de ces derniers jours.

Antifascistes et anticapitalistes

Leurs liens avec des partis politiques comme La France insoumise font polémique. Dimanche, Jean-Luc Mélenchon, candidat du parti à la présidentielle, a appelé ses sympathisants à ne pas recourir à la violence. Mais le Premier ministre Sébastien Lecornu lui a reproché de tolérer dans les rangs de son parti des députés radicaux comme Raphaël Arnault, figure de l'extrême gauche. L'assistant parlementaire de ce dernier a été mis en examen pour complicité d'homicide volontaire dans l'affaire de la mort d'un étudiant d'extrême droite, tué à Lyon au début de l'année.

Le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) est un autre relais politique de l'ultragauche. Il minimise les violences commises lors des récentes émeutes. Philippe Poutou, son candidat de longue date à la présidentielle (1% des voix), a déclaré être «du côté des insurgés». Il inclut explicitement les jeunes des «quartiers populaires», autrement dit des quartiers de banlieue où vivent de nombreuses familles issues de l'immigration.

Mais ces «jeunes», comme on les appelle couramment en France, ne forment pas un groupe homogène. Si beaucoup sont issus de l'immigration, ce n'est pas le cas de tous. C'est ce que montrent les premières comparutions immédiates, qui se tiennent depuis lundi dans plusieurs villes. Plus de 2000 pillards ont été interpellés. A Lille, dans le nord de la France, un jardinier de 23 ans prénommé Thomas s'est ainsi retrouvé devant le tribunal. Il avait été arrêté en possession d'écouteurs, de chargeurs et d'une montre connectée. Il a déclaré:

«Je regrette tout ce que j'ai fait, ça ne me ressemble pas»

Sullivan, 28 ans, est un jeune père de famille issu de l'immigration, qui vit avec le minimum vital et n'a pas de domicile fixe. Il a été interpellé en possession d'un pied-de-biche. Lui aussi a déclaré:

«Ça ne me ressemble pas»

Il a nié toute motivation politique, affirmant même n'avoir participé à aucune manifestation. Trois hommes originaires du Maghreb ont assuré qu'ils ignoraient que les appareils multimédias en leur possession provenaient de pillages. Mohammed a prétendu les avoir trouvés dans la rue, avant d'ajouter: «Je suis désolé.»

L'autre facette des émeutes

Beaucoup de personnes interpellées semblent ne prendre conscience de la gravité de leurs actes qu'une fois devant le tribunal. Certaines avaient tenté de revendre une partie de leur butin sur Internet, ouvertement et le soir même des pillages. L'idée que les enquêteurs pourraient ainsi facilement remonter jusqu'à elles ne semble même pas leur avoir traversé l'esprit.

En France, personne ne conteste que de nombreux pillards sont issus de l'immigration. Mais ce n'est qu'une partie de la vérité: de nombreux propriétaires de magasins de chaussures, de bijouteries ou de boutiques d'électronique pillés sont eux aussi issus de l'immigration.

La présence de militants d'ultragauche rend difficile toute estimation de la proportion réelle de jeunes issus de l'immigration parmi les casseurs qui s'attaquent aux forces de l'ordre. Lundi, un certain Bryan comparaissait devant le tribunal de Lille pour avoir visé un policier avec un mortier d'artifice. «Je ne savais pas que c'était considéré comme une arme», a-t-il déclaré. Il a assuré n'avoir visé personne en particulier et avoir tiré «par simple curiosité». Le jeune homme de 23 ans risque plusieurs années de prison.

Sur les réseaux sociaux, certains jeunes de banlieue appellent déjà à une nouvelle «journée d'action» samedi prochain. «Ha ha, samedi prochain, on retourne à Paris!», lance en ricanant un jeune homme, capuche sur la tête, face à la caméra. (trad.: mrs)

Agressé lors des manifestations du 17 octobre, Pierre témoigne
Video: watson
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