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Guerre contre l'Ukraine

«On dirait un film d'horreur»: un ministre ukrainien se confie

«On dirait un film d'horreur»: un ministre ukrainien raconte le front

L'hiver approche et avec lui les attaques russes contre les centrales électriques, les lignes électriques et les systèmes de chauffage de l'Ukraine. Le vice-ministre de l'Energie du pays explique la situation sur le terrain.
02.11.2023, 18:4803.11.2023, 07:06
Frederike Holewik, Florian Schmidt / t-online
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En Ukraine aussi, l'été a duré plus longtemps que d'habitude, mais les températures devraient chuter sensiblement dans les semaines à venir. Le pays, qui résiste depuis maintenant un an et demi à l'invasion russe, va donc entrer dans une période critique. Car c'est justement en hiver que la Russie s'attaque régulièrement et de manière ciblée à l'infrastructure énergétique. L'objectif de Moscou: des villes plongées dans le noir et une population qui tremble de froid.

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KYIV, UKRAINE - JUNE 7, 2021 - Deputy Minister of Energy of Ukraine in charge of EU Integration Yaroslav Demchenkov attends the news conference of speakers of the Economics and Ecology session during  ...
Yaroslav Demchenkov, vice-ministre ukrainien de l'Energie. Image: Future Publishing

Nous nous sommes entretenus à ce sujet avec le vice-ministre ukrainien de l'Energie. Dans cette interview, Yaroslav Demchenkov explique les défis auxquels l'Ukraine devra faire face cet hiver et comment l'Occident peut soutenir le pays.

Monsieur Demchenkov, depuis l'attaque de l'organisation terroriste Hamas, le monde a les yeux rivés sur Israël. Avez-vous le sentiment que la guerre en Ukraine est en train de tomber dans l'oubli?
Yaroslav Demchenkov: Nous comprenons, Israël a été attaqué par des terroristes, et nous sommes nous-mêmes aux côtés d'Israël. Mais l'Ukraine et ses préoccupations restent importantes. Au début de cette semaine, une importante délégation d'hommes politiques, d'organisations non gouvernementales et d'élus locaux ukrainiens s'est rendue à Berlin et nous avons eu des discussions très productives.

Les combats autour d'Avdiivka et le long du fleuve Dnipro s'intensifient actuellement. Que pouvez-vous dire sur la situation actuelle?
Cette question me tient à cœur, car je viens de Donetsk, non loin d'Avdiivka. Les images qui me parviennent du front semblent sortir d'un film d'horreur. J'ai encore du mal à réaliser que mes amis et collègues se battent dans cette guerre, et que certains d'entre eux y sont morts.

«Notre armée se bat avec acharnement pour chaque mètre de territoire ukrainien»

Combien de temps l'Ukraine pourra-t-elle continuer le combat contre la Russie?
Le temps qu'il faudra pour obtenir une victoire incontestable. Lors de ma visite en Allemagne, on m'a dit que l'Ukraine devait mettre fin à la guerre. Mais nous n'avons pas commencé cette guerre. C'est entre les mains de la Russie. Nous faisons tout pour gagner et rétablir l'intégrité territoriale de notre patrie. Nous, les Ukrainiens, sommes très résistants.

L'hiver approche, les températures baissent. Craignez-vous que la Russie mette à nouveau à l'épreuve la résistance des Ukrainiens en lançant des attaques ciblées contre des infrastructures?
La Russie utilise l'énergie comme une arme. De ce fait, les infrastructures critiques font désormais partie de la guerre. L'objectif est clair: la Russie veut briser la volonté du peuple ukrainien. Mais cela n'arrivera pas, car notre population civile est unie. Cette guerre a soudé les Ukrainiens malgré l'adversité, comme en témoigne un mouvement de volontaires très actif qui aide les forces armées, ainsi que les personnes chassées de leurs maisons.

Le système énergétique ukrainien est-il vulnérable?
Je me souviens très bien de l'hiver dernier. La Russie a utilisé des centaines de missiles et de drones contre le système énergétique de l'Ukraine.

«L'une de ces attaques à grande échelle a entraîné une panne d'électricité qui a duré plus de deux jours»

Cela a eu de graves conséquences sur notre système électrique et sa résistance, et nous avons dû instaurer des coupures de courant dans tout le pays pendant plusieurs mois. De nombreux Ukrainiens ont alors apporté leurs générateurs électriques privés dans les hôpitaux afin de permettre le fonctionnement des appareils médicaux.

Quelle est la situation cette année?
Nous disposons d'informations selon lesquelles la Russie va à nouveau tenter d'attaquer nos réseaux et centrales électriques. L'hiver ne sera pas facile. Il est très difficile de protéger le système énergétique dans tout le pays – cela ne peut se faire qu'avec une défense aérienne plus efficace. Nous avons fait tout ce qui était possible, parfois même impossible, pour renforcer notre système énergétique. Mais en fin de compte, seuls l'hiver qui arrive et les nouvelles attaques potentielles nous montreront à quel point notre système est vulnérable.

Vous avez récemment écrit sur X (anciennement Twitter) que la demande des consommateurs en électricité a pu être satisfaite. Comment l'assurer en temps de guerre?
Cela n'a pas été facile. La Russie s'est emparée de la centrale nucléaire de Zaporijia, qui fournissait 40% de notre énergie nucléaire. En conséquence, nous avons dû importer de l'énergie cette année. Parallèlement, nous avons mené cet été l'une des plus grandes campagnes de réparation, car la Russie a bombardé certaines stations de transmission.

«Nos centrales électriques ainsi que le système de transport et de distribution sont à nouveau prêts pour l'hiver»

La Russie a également touché des centrales à charbon. Nous ne voulons toutefois pas les reconstruire, mais miser directement sur le gaz comme carburant de transition afin de réussir la transition énergétique. Nos concitoyens ont besoin d'électricité et de chaleur cet hiver; nous utiliserons donc tous les moyens à notre disposition pour survivre au froid.

De combien de turbines à gaz s'agit-il?
Nous voulons créer un réseau de production d'énergie décentralisé basé sur des turbines à gaz d'une puissance pouvant atteindre 300 mégawatts. Pour ce faire, nous voulons mettre en service cinq à sept turbines cet hiver afin de minimiser le risque d'une nouvelle panne d'électricité. Nous sommes confiants dans le fait que nous pourrons obtenir ces turbines de nos partenaires internationaux. L'année prochaine, nous voulons installer jusqu'à 20 unités de turbines supplémentaires et les relier aux énergies renouvelables du réseau.

Votre plan de neutralité climatique prévoit, outre le gaz, un recours accru à l'énergie nucléaire. Vous voulez construire 20 nouvelles centrales nucléaires. Ne s'agit-il pas d'objectifs particulièrement dangereux en temps de guerre?
La Russie essaie de faire de n'importe quoi une arme. Ils ont détruit la centrale hydroélectrique de Kakhovka, ce qui a causé des dégâts considérables dans la région, des inondations massives ont eu lieu. Mais nous ne voulons pas nous laisser dicter la manière dont nous devons transformer notre secteur énergétique. L'énergie nucléaire représente déjà plus de 50% de notre mix électrique.

«Des études montrent que les émissions de charbon sont nocives pour l'environnement et les habitants, et que l'énergie nucléaire est très propre à cet égard»

Je ne pense pas qu'il soit judicieux de parler d'un côté de neutralité climatique comme objectif et de miser en même temps davantage sur le charbon. Il serait plus juste d'installer après 2030 de petits réacteurs modulaires qui joueront un rôle important dans le mix énergétique et offriront de la flexibilité.

Quelles opportunités voyez-vous?
Je vois l'Ukraine en tant que plaque tournante de l'énergie, fournissant à l'Europe de l'électricité durable et de l'hydrogène à faible teneur en carbone, et contribuant à rendre l'Europe indépendante des combustibles fossiles russes à long terme. Il y a là un grand potentiel pour des projets communs.

Avez-vous des idées concrètes?
Absolument. Cela inclut les projets d'énergie renouvelable et de bioénergie. Il peut également s'agir d'un projet de transport d'hydrogène. Le gazoduc reliant l'Ukraine à l'Allemagne via la Slovaquie et la République tchèque existe déjà, tout comme les premiers accords de coopération entre les gestionnaires de réseaux de transport de gaz de ces pays. Il s'agit maintenant de transformer ce gazoduc de manière à ce que l'hydrogène puisse également y être transporté.

«Cela offre des possibilités intéressantes aux start-ups, aux chercheurs, mais aussi aux grandes entreprises»

La coopération ne doit pas attendre que l'Ukraine ait gagné la guerre. Elle peut commencer dès aujourd'hui sous la forme de formations continues pour les Ukrainiens qui ont fui en Europe ou par le développement d'instruments financiers durables pour les investisseurs.

Traduit et adapté de l'allemand par Tanja Maeder

Les coupures de courant en Ukraine visibles depuis l'espace
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