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Guerre contre l'Ukraine

Ce juif a combattu Hitler et s'oppose désormais à Poutine

Otto Šimko.
Otto Simko a une position claire en ce qui concerne la guerre en Ukraine.image: Otto Šimko / zvg

Ce juif de 99 ans a combattu Hitler et s'oppose désormais à Poutine

Face au refus du gouvernement slovaque de soutenir l'Ukraine, certains citoyens se portent volontaires. En tête de file se trouve le vétéran de la Seconde Guerre mondiale, Otto Simko.
24.04.2024, 05:49
Daniel Schurter
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Otto Simko s'engage avec tous les moyens à sa disposition pour que les Ukrainiens gagnent la guerre contre l'invasion russe. Le Slovaque de 99 ans, vétéran de la Seconde Guerre mondiale, a une vie très mouvementée. Il a désormais un message clair à faire passer:

«Si nous ne vainquons pas Vladimir Poutine, il représentera une menace. Pas pour les deux ou trois années qu'il me reste sur cette terre, mais pour mes petits-enfants et arrière-petits-enfants, pour la Slovaquie et le monde entier.»

La BBC britannique a récemment interviewé ce survivant de l'Holocauste et partisan de la Seconde Guerre mondiale. Cette rencontre intervient dans le contexte d'une campagne de collecte de fonds exceptionnelle, à laquelle de nombreux citoyens slovaques participent. Ils n’acceptent pas que leur gouvernement refuse une aide cruciale à l'Ukraine, envahie par la Russie.

Abandonnés par leur gouvernement

Otto Simko déclare:

«J'ai vécu la Seconde Guerre mondiale. J'ai combattu. Je peux vous dire qu'il n'y avait aucun sens à négocier avec Hitler et qu'il n'y a aucun sens à négocier avec Poutine»
Otto Simko

Il poursuit:

«Rappelez-vous de Neville Chamberlain. Son idée selon laquelle offrir la région des Sudètes à Hitler apporterait la paix s'est avérée être une illusion totale. Notre gouvernement actuel fait exactement la même chose avec Vladimir Poutine. Ils lui donnent le Donbass tant qu'il y a la paix. Ils lui donnent la Crimée tant qu'il y a la paix. C'est une illusion totale.»
Otto Šimko, 2024.
Otto Simko a connu l'hostilité antisémite dans sa jeunesse et a combattu les nazis en tant que partisan.Image: municiapreukrajinu.sk

La critique du vétéran de 99 ans vise le gouvernement populiste et nationaliste de son pays. En effet, le cabinet slovaque poursuit une politique remarquablement amicale envers la Russie. Le Premier ministre Robert Fico est revenu au pouvoir en octobre (pour la deuxième fois) et a rapidement annoncé qu'ils ne «livreraient plus de munitions» à l'Ukraine.

En raison du manque d'obus, de missiles et de systèmes de défense antiaérienne, les forces armées ukrainiennes luttent de manière de plus en plus désespérée pour défendre leurs lignes de front contre l'invasion russe.

Le gouvernement du pays voisin, la République tchèque, a lancé une initiative pour l'acquisition de grandes quantités de munitions d'artillerie sur le marché mondial des armes, auquel une vingtaine de pays se sont maintenant associés. Mais pas la Slovaquie.

Le Premier ministre Fico a publiquement affirmé que le soutien occidental et l'armement de l'Ukraine ne feraient que prolonger la guerre, et que Kiev devrait plutôt déposer les armes et demander la paix à Moscou.

Le courage de l'entraide

Comme le raconte la BBC, «une conversation fortuite» du vétéran de la Seconde Guerre mondiale, Otto Simko, avec un journaliste et un philosophe a conduit à l'idée de financer l'aide slovaque à l'Ukraine par le biais du financement participatif.

Ainsi est née l'initiative Mier Ukrajine (Paix pour l'Ukraine). Les fonds collectés sont directement utilisés pour soutenir l'acquisition de munitions par le gouvernement tchèque.

La campagne de financement participatif offre un exutoire bienvenu à ceux qui ne sont pas d'accord avec le gouvernement slovaque, constate la BBC dans son rapport. Et en effet, depuis son lancement mardi dernier, près de 50 000 Slovaques ont déjà donné près de 3 millions d'euros.

Screenshot: municiapreukrajinu.sk
La citation sur le site web provient de l'un des trois pères fondateurs de la Tchécoslovaquie: «Celui qui croit que d'autres gagneront sa liberté n'est pas digne d'elle.»Image: Screenshot: municiapreukrajinu.sk

La collecte de fonds est menée sous le slogan: «Si le gouvernement ne veut pas, alors nous le ferons nous-même.» Et selon Zuzana Izsakova, avocate d'entreprise chez Siemens, militante et co-initiatrice de Paix pour l'Ukraine, elle se poursuivra. Selon elle:

«C'est un signe de résistance de la société slovaque contre le gouvernement et la politique étrangère de Robert Fico»
Zuzana Izsakova

Selon le gouvernement tchèque, jusqu'à 1,5 million d'obus d'artilleries sont disponibles sur le marché mondial. Et Otto Simko a déclaré à la BBC qu'il n'avait pas hésité à utiliser sa propre retraite pour financer la lutte de l'Ukraine contre le totalitarisme. Et d'ajouter:

«Nous devons chasser Poutine de l'Ukraine. Nous devons le vaincre»

Une vie mouvementée

Otto Simko est né le 1er juin 1924 dans la petite ville slovaque de Topolcany, dans la famille d'un avocat réputé, devenu juge par la suite. Ils étaient juifs et, à partir de 1939 et de l'instauration d'une dictature ultranationaliste à parti unique, ils ont vu leurs concitoyens dériver de plus en plus vers l'antisémitisme et le nazisme.

Der slowakische Widerstandskämpfer und Holocaust-Überlebende Otto Šimko, 1939.
Le futur résistant et survivant de l'Holocauste Otto Šimko. Deux tiers des Juifs slovaques ont été déportés dans des camps de concentration allemands.Image: pametnaroda.cz

En 1942, la famille, à l'exception du père déjà emprisonné comme prisonnier politique en raison de son affiliation au parti social-démocrate, a été transportée dans un camp de déportation à Zilina. Un oncle les a sauvés de la mort dans un camp de concentration en leur fournissant juste à temps des certificats de baptême falsifiés.

Gedenkblatt des Bruders von Otto Šimko.
La feuille commémorative pour le frère d'Otto, Ivan, qui a été tué plus tard par les nazis dans un lieu inconnu.screenshot: blog.sme.sk

Lorsque l'insurrection nationale slovaque a éclaté en août 1944, Otto a rejoint les combats en tant que partisan. Cependant, il a été arrêté et a subi une série d'interrogatoires brutaux en prison. Ce n'est que par un heureux hasard qu'il a pu échapper à la déportation vers un camp de concentration en s'enfuyant.

Pendant un séjour à l'hôpital sous surveillance, organisé par la Croix-Rouge, Otto a réussi à ouvrir discrètement une fenêtre et à s'échapper. Il s'est rendu dans la ville de Nitra, où sa mère et sa grand-mère étaient déjà cachées. Là, le mouvement clandestin lui a apporté son aide et lui a offert refuge. Il a vécu la libération par l'Armée rouge dans sa cachette, située sous une brasserie.

Après la fin de la guerre, il s'installe à Bratislava, où il termine ses études de droit en 1949 et obtient un emploi auprès de l'Etat, c'est-à-dire de la Tchécoslovaquie communiste.

Otto Šimko wurde vom Präsidenten der Slowakischen Republik „für die Verdienste der Demokratie und den Schutz der Menschenrechte und Freiheiten“ geehrt.
Otto Simko a ensuite été honoré par le président slovaque «pour les mérites de la démocratie et la protection des droits de l'homme et des libertés».Image: bnaibritheurope.org

Cependant, ses représentations idéalisées du pouvoir communiste ne se sont pas maintenues, comme le rapportent les récits de sa vie mouvementée. A une époque où le parti organisait des procès fictifs contre ses ennemis, il aurait été déchu de ses fonctions en tant que Juif et «individu politiquement peu fiable» et envoyé travailler dans une usine.

Il a oeuvré comme tourneur et plus tard comme enseignant dans une école d'apprentissage, ainsi que comme journaliste. Il n'a pu retourner à la profession d'avocat que de nombreuses années plus tard, après avoir été licencié de la rédaction de son journal en 1971.

Définitivement libre

Ce n'est qu'avec la «Révolution de Velours» – en 1989 – qu'il a été libéré définitivement, selon ses propres mots, à la fois intérieurement et extérieurement.

En 2004, Otto Simko a rejoint la communauté juive de son lieu de résidence. Non pas pour des raisons religieuses – il a déclaré plus tard dans une interview qu'il était athée. Sa motivation était plutôt de rejoindre cette communauté d'infortune avec laquelle il partageait le même passé.

Interrogé par un journaliste sur la façon dont il a pu continuer à vivre après l'horreur de l'Holocauste, il a répondu:

«Personne ne peut changer ce qui s'est passé et j'ai le choix. Soit je me tourne vers la lumière d'un nouveau jour, soit je sombre dans l'obscurité des souvenirs. Je choisis la lumière.»

Traduit et adapté par Noëline Flippe

Les Slovaques protestent contre les populistes
Des milliers de personnes ont manifesté vendredi soir dans les deux plus grandes villes de Slovaquie contre le gouvernement nationaliste de gauche dirigé par le Premier ministre Robert Fico. La protestation était principalement dirigée contre les projets gouvernementaux de restructuration de la radio et de la télévision publiques RTVS.

Les deux partis d'opposition libéraux, Slovaquie progressiste (PS) et Liberté et Solidarité (SaS), ont appelé à ces rassemblements. Ils reprochent au gouvernement de vouloir prendre le contrôle de la RTVS et d'en faire finalement une chaîne de propagande.

Les manifestants portaient également des banderoles avec des caricatures et des slogans injurieux contre la ministre de la Culture Martina Simkovicova. Cette ancienne présentatrice TV d'une chaîne de tabloïds privée a été proposée pour le poste de ministre par le SNS (Parti national slovaque), le plus petit parti de la coalition populiste de droite, mais elle n'en fait pas partie. Ses détracteurs la disent proche des négationnistes du Covid-19 et des théoriciens du complot. (sda)
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