Deux Hongries se font face dans les rues de Budapest
Des dizaines de milliers de personnes ont participé dimanche à Budapest à deux rassemblements rivaux, l'un en faveur du Premier ministre hongrois Viktor Orban, et l'autre soutenant le chef de l'opposition Peter Magyar à seulement quatre semaines d'élections législatives et dans un contexte tendu.
Les deux hommes n'ont cessé de dénoncer une ingérence étrangère dans le scrutin prévu le 12 avril.
Dimanche, s'adressant à la foule devant le Parlement, Viktor Orban a promis que son gouvernement «préserverait la Hongrie comme une île de sécurité et de calme (...) dans un monde si chaotique», et a appelé l'Ukraine, envahie par la Russie, à cesser «d'attaquer» son pays.
Le leader nationaliste, dont le mandat de 16 ans est confronté à un défi sans précédent, accuse Kiev de bloquer un oléoduc clé transportant du pétrole russe à travers l'Ukraine vers la Hongrie.
«Pas une colonie ukrainienne»
«Nous ne serons pas une colonie ukrainienne», pouvait-on lire sur l'une des banderoles brandies en tête du cortège lors de la «marche pour la paix» pro-Orban. Des sympathisants venus de tout le pays se sont rendus dans la capitale, beaucoup d'entre eux à bord de bus, pour manifester leur soutien à Orban.
A la traîne dans les sondages indépendants, Orban, qui brigue un cinquième mandat consécutif lors du scrutin du 12 avril, accuse l'Union européenne et l'Ukraine de soutenir l'opposition, voire de la financer. Des panneaux d'affichage représentant le président ukrainien Volodymyr Zelensky sous un jour négatif ont fleuri dans tout le pays.
Le chef de l'opposition, Peter Magyar, accuse de son côté Orban de chercher l'aide de la Russie et de son ami, le président russe Vladimir Poutine, pour se maintenir au pouvoir, après des révélations du média d'investigation régional VSquare et du quotidien britannique Financial Times concernant une campagne russe secrète sur les réseaux sociaux.
Des dizaines de milliers de personnes ont assisté aux deux rassemblements, selon des journalistes de l'AFP sur place. Les deux camps ont oeuvré à mobiliser leurs partisans dimanche, jour de fête nationale qui commémore le soulèvement de 1848 contre la domination autrichienne et le règne des Habsbourg.
«Psychose de la guerre»
Distancé dans les sondages, Viktor Orban a récemment concentré sa campagne sur les attaques contre le président ukrainien, dont Peter Magyar serait la «marionnette» qui entraînerait les Hongrois dans la guerre contre la Russie. Les sympathisants du parti Fidesz de Orban ont manifesté dans la matinée et ceux de Magyar plus tard dans la journée.
Les accusations contre le parti de Magyar «ne sont que des paroles en l'air», a estimé Noemi Kiss, responsable de communication de 28 ans.
Peter Magyar, qui doit prendre la parole plus tard dans la journée de dimanche, a démenti les accusations du gouvernement selon lesquelles son parti aurait reçu des fonds de l'Ukraine.
Viktor Orban «fait tout ce qu'il peut pour ramener au même niveau la psychose de la guerre qui lui a valu une quatrième super-majorité en 2022», estime Robert Laszlo, spécialiste des élections au sein du groupe de réflexion Political Capital.
Cette stratégie, jusqu'ici sans effet, cherche à détourner l'attention des questions intérieures, ajoute l'analyste, car «après 16 ans au pouvoir, Orban n'a pas de bonne réponse au principal message de Magyar, selon lequel les services publics s'effondrent à cause de la corruption généralisée».
La question épineuse de l'Oléoduc
La semaine dernière, le ton était vivement monté entre Orban et Zelensky après l'arrestation par la Hongrie de sept convoyeurs de fonds ukrainiens et la saisie d'environ 70 millions d'euros qu'ils transportaient, sur fond de dispute concernant l'oléoduc Droujba, dont la Hongrie attribue le blocage à la volonté de Kiev de lui nuire.
L'Ukraine affirme que les réparations de cet oléoduc, qui passe par son territoire et livre du gaz russe à la Hongrie et la Slovaquie, ne sont pas terminées, après qu'il a été endommagé fin janvier par des frappes russes. Mais le président Zelensky a aussi récemment laissé entendre qu'il aimerait qu'elles ne soient pas faites «car il s'agit de pétrole russe».
En représailles, Viktor Orban bloque un prêt de 90 milliards d'euros de l'UE à l'Ukraine en guerre, ainsi qu'un nouveau train de sanctions contre la Russie.
(sda/ats/afp)
