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Image: Keystone / Montage watson

Interview

Réchauffement climatique: ce scientifique ne pense pas comme les autres!

Le géophysicien Pascal Richet a publié un article scientifique niant l'importance du rôle joué par le CO2 – et donc par l'Homme – dans le réchauffement climatique. Le texte a suscité la polémique. Interview.



Vous avez entendu parler du «consensus scientifique» sur l'existence, l'importance et les causes humaines du réchauffement climatique? Si ce consensus existe, attribuant la cause principale de la hausse actuelle des températures mondiales à l'augmentation du gaz à effet de serre, quelques scientifiques ne sont toutefois pas en accord avec la ligne officielle.

Les dénommés «climato-réalistes» se distancient par exemple des thèses du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). Très controversés, ils comptent sur les contributions de scientifiques de divers pays. Aussi, watson a voulu comprendre les arguments d'un d'entre eux. Le physicien Pascal Richet, qui vient de publier un article sur la question, a décroché son téléphone.

Pascal Richet, physicien

1972: Etudiant à l'Ecole Normale Supérieure
1977: Chargé de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
1983-85: Post-doctorant au Laboratoire de Géophysique, Carnegie Institution of Washington
1986-aujourd'hui: Physicien à l'Institut de physique du globe de Paris, relié aux universités Paris VI et Paris VII
2001 et 2008: Professeur invité à l'Institut de technologie de Tokyo

Feux de forêt, inondations, rapport accablant du Giec. Les experts s'accordent à dire que l'humanité est menacée. Le géophysicien que vous êtes aussi?
Pascal Richet:
La première chose, c'est que ce fameux rapport est publié en plusieurs fois, ce que je trouve choquant d'un point de vue scientifique, mais enfin ce n'est pas la première fois. La partie qui a été diffusée concerne tout ce qui a trait à la physicochimie et essentiellement la modélisation climatique. Pour ne parler que de la deuxième partie qui sera publiée, elle est consacrée aux phénomènes extrêmes et autres catastrophes climatiques. Ce n'est donc pas très satisfaisant de ne pas disposer de toutes les pièces du dossier en même temps.

Si l'on en revient à la menace climatique, la voyez-vous aussi?
L'hypothèse de départ de cette menace n'est pas nouvelle, elle est défendue depuis des décennies: l'augmentation de concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère due à l'homme provoquerait en grande partie le réchauffement actuel du climat. La critique fondamentale que je fais dans mon article, «Le climat et la relation température-CO2, un réexamen épistémologique du message des carottes glaciaires», est que cette thèse se base sur un raisonnement circulaire.

Comment ça?
Pour avoir des modèles climatiques probants, deux conditions doivent être respectées. Voici la première: on doit pouvoir varier les paramètres impliqués pour voir si les prédictions du modèle s'accordent aux réponses observées. Par exemple, si vous faites un modèle de la croissance du rendement de blé d'un champ dans le canton de Vaud, il va falloir tenir compte de la préparation du sol, de la quantité d'engrais, de la température, des précipitations, etc. Si je veux tester mon modèle, je dois faire varier indépendamment tous ces paramètres. Or, dans le cas du climat, on ne peut jouer sur aucun autre paramètre que le CO2.

Et quelle est la seconde condition pour qu'un modèle climatique soit probant?
Les changements actuels sont faibles comparés à ceux qui se produisent au cours des grands cycles de glaciations-déglaciations. Or, si l'on veut établir une théorie sérieuse, il faut être en mesure de considérer l'ensemble de ces cycles sur de longues périodes. Cela n'est pas fait.

Contestez-vous le rapport de cause à effet entre le CO2 et le réchauffement?
J'affirme que si mon étude est valide, ce que je crois car elle n'a pas reçu de critique scientifique, il n'y a aucune raison de penser que la hausse de CO2 est la cause principale du réchauffement. Pour prendre un exemple, l'augmentation de CO2 et le déplacement du pôle nord magnétique sont parfaitement corrélés. Mais, bien sûr, corrélation ne veut pas dire ici causalité. Dans mon étude, je montre sur des bases logiques pourquoi l'augmentation du CO2 ne peut pas être la cause de la hausse des températures. En résumé:

«D'une part, les hausses de CO2 surviennent après les hausses de température. D'autre part, s'il était réel, l'effet rétroactif majeur attribué au CO2 sur les températures impliquerait une corrélation étroite des teneurs en CO2 et en méthane, qui est inexistante»

Que faites-vous alors de la notion de «consensus scientifique» sur le dérèglement climatique?
Le consensus n'est pas une notion scientifique, c'est ce que je relève aussi dans mon article. Ce concept est pertinent seulement quand on n'a pas de démonstrations à faire valoir. Enfin, c'est un concept qui fait tout de suite penser à la politique... Averroès, illustre philosophe médiéval qui a défendu la pensée d'Aristote, faisait la distinction entre les philosophes, qui ne s’attachent qu’à des démonstrations rigoureuses, les dialecticiens, qui se contentent d’arguments probables, et enfin la foule dont l’imagination et les passions sont excitées par les dialecticiens. J'ai l'impression que le débat sur le climat est aujourd'hui trop souvent animé par des dialecticiens, voire par la foule.

En quoi votre démarche de géophysicien ou d'historien des sciences peut-elle rivaliser avec celle de climatologues? Il n'y en a aucun dans l'Association des climato-réalistes, dont vous faites partie.
Je suis géochimiste et géophysicien, or l'étude des glaces de Vostok est un travail de géochimie. Je suis donc en plein dans ma spécialité de ce point de vue. Je me plais aussi, au-delà de mes recherches, à apporter un regard d'historien des sciences et d'épistémologue, ce qui est peu commun parmi les scientifiques. Vous remarquerez que c'est précisément ma situation originale qui me permet d'avoir une approche différente. Ce qui rejoint ce point très important:

«En science, très souvent, le progrès se fait grâce à des personnes qui ont une position marginale. Copernic était chanoine et n’était connu que pour son "Traité des monnaies" avant qu’il ne lance la révolution astronomique»

Le fait que votre étude ait été publiée dans une revue scientifique, History of Geo- and Space Sciences, ne prouve pas que vous ayez raison. Peut-être une contre-étude paraîtra-t-elle pour démontrer que vous êtes à côté. D'ailleurs, quand on télécharge votre article, un avertissement sur le contenu est donné au lecteur.
Ce qui s'est passé autour de cet article est un scandale ô combien révélateur. Mon manuscrit a reçu des commentaires positifs de quatre relecteurs. Aussitôt publié, il a cependant fait l’objet de pressions de la part de climatologues reconnus pour le faire censurer. La seule réaction conforme aux pratiques immémoriales de la science aurait été de soumettre pour publication à la même revue un commentaire critique auquel j’aurais été invité à répondre.

Pour quelle raison les scientifiques en question ne vous répondraient-ils pas, maintenant ou plus tard, au moyen d'une étude contradictoire?
Le problème est que ma démonstration contredit clairement l’interprétation de leurs propres mesures. Mon travail s’inscrit en fait dans le cadre d’autres travaux qui parviennent à la même conclusion par d’autres voies. Cet ensemble sape donc les fondements des rapports du Giec et les justifications de la transition énergétique. On comprend bien sûr l’opposition qu’il peut rencontrer!

Certains climato-réalistes accusent le Giec d'être aux bottes des lobbies du renouvelable. Eux, de leur côté, vous font le même reproche, mais en vous rapprochant des lobbies du fossile ou de politiques de droite. Pourquoi devrions-nous vous croire vous plutôt qu'eux?
Les choses sont naturellement moins manichéennes. Pour ma part, je me refuse à tout argument ad hominem. Je me borne à relever que les accusations de soumission au lobby pétrolier, par exemple, sont d’autant plus infamantes qu’elles proviennent souvent de personnes profitant de la manne colossale liée à la transition «écologique». Quant à votre dernière question, il est très simple d’y répondre, au moins sur le papier: laissons la place à un débat libre au cours duquel les «philosophes», au sens d’Averroès, échangeront leurs arguments en permettant à un public dépourvu d’œillères de trancher…

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