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Vaccination enfants

L'éventualité d'une vaccination des moins de 12 ans est plus actuelle que jamais. Shutterstock / Montage watson

Interview

«Vacciner les enfants peut poser des problèmes éthiques»

Alors que l'OFSP a annoncé mercredi qu'il «est nécessaire de protéger les enfants contre la maladie, notamment grâce aux vaccins», l'infectiologue renommée Odile Launay est beaucoup plus réservée sur le sujet. On fait le point.



La vaccination des moins de 12 ans est une réalité de plus en plus probable. Des tests cliniques sont actuellement envisagés en Suisse, une anticipation jugée «indispensable» du côté des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG). Coordinatrice du groupe vaccination prévention de la Société de pathologie infectieuse de langue française, Odile Launay rappelle que les enfants ne risquent pratiquement rien face au Covid. Leur vaccination ne se ferait donc pas pour leur propre intérêt, mais pour protéger les plus âgés. Entretien.

Quel serait le but d'une vaccination des plus jeunes, moins touchés par le virus?
Odile Launay:
Une éventuelle vaccination des enfants aurait quatre objectifs. Primo, faire en sorte que les enfants participent à l’immunité collective pour éviter au maximum la transmission du virus. Pour y arriver, environ 80% de la population devrait être vaccinée, voire davantage si des variants plus problématiques venaient à circuler. Deuzio, faire revenir les enfants à une vie normale. On connaît l’impact de la pandémie sur la santé des enfants – notamment leur santé psychique, avec l'isolement social, le manque d’accès à l’éducation, etc. Tertio, protéger les enfants lorsqu’ils sont susceptibles de contracter des formes graves de la maladie. Or, il semble que ces cas soient très peu nombreux, donc ce n’est pas une raison importante ni suffisante. Quarto, vacciner les enfants vivant dans l’entourage de personnes fragiles répondant mal à la vaccination.

Du coup, let's go, non? Plus il y aura de personnes vaccinées, plus vite on sortira de cette crise.
Je suis d'accord avec la deuxième partie, mais pas complètement avec le «let's go». Ma position personnelle est qu'une vaccination très large des enfants peut poser des problèmes éthiques. En voici un premier. Comme le danger du virus pour les jeunes enfants eux-mêmes est globalement faible, les vacciner reviendrait à combler le manque d’immunité collective dû au refus de certains adultes de se faire vacciner. Or, il paraît nécessaire, éthiquement parlant, que le vaccin ait un bénéfice direct pour les personnes vaccinées, surtout si ce sont des enfants.

Pour partir dans certains pays, les parents vaccinent déjà les enfants pour d'autres maladies. Ne peut-on pas imaginer la même chose pour le Covid?
Faire reposer une vaccination des enfants sur la seule volonté de leurs parents ne va pas de soi. C’est une question qui se discute et qui constitue donc le second problème philosophique, et plus particulièrement éthique, d'une vaccination des plus jeunes, quel que soit le virus. Si l'on résume, les moins de 12 ans n'ont pas réellement la possibilité de dire oui ou non, il faut donc évaluer si le jeu en vaut la chandelle ou non. Or, nous retombons sur le problème central: globalement, ce n'est pas pour leur intérêt que les enfants seraient vaccinés contre le Covid, mais pour protéger les plus âgés en comblant le manque d'adultes qui se font vacciner. Et donc:

«Mieux vaut convaincre les vaccino-hésitants plutôt que déjà imaginer une vaccination générale des moins de 12 ans»

Odile Launay, infectiologue

Imaginons que les campagnes de vaccination auprès des adultes dans un pays donné ne suffisent pas à terme. Il faudra alors sensibiliser les parents à faire vacciner leurs enfants, non?
Votre question illustre un autre enjeu rarement évoqué et qui, lui, n'est pas seulement éthique, mais aussi technique. Les vaccins doivent être accessibles à tous les pays du monde. Si l’on vaccine les enfants «chez nous» alors que ces doses pourraient être utilisées pour des adultes d'autres pays qui veulent être vaccinés, il y a un problème. N'oublions pas que cette pandémie est mondiale. Il faut donc l'aborder sous un angle… mondial. Autrement, aucune chance de nous en sortir.

En résumé, la pro-vaccin que vous êtes souhaiterait qu'on évite de vacciner les plus jeunes. Mais pensez-vous que ce soit possible?
Je considère en tout cas que c’est aller très vite, trop vite, que de partir d’emblée sur l’idée qu’il faudra vacciner les jeunes enfants si la situation le demande. En revanche, ça ne me pose pas de problème fondamental pour les 12-18 ans. Il faut d’abord tout mettre en œuvre pour qu’une couverture vaccinale des adultes la plus élevée possible soit obtenue. Il existe encore un grand potentiel à ce niveau-là. Très concrètement, ce travail urgent doit être fait sur le plan de la communication aussi bien que du nombre de doses disponibles. Voilà les deux grandes priorités que nous devons maintenir.

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