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Iran

Littérature: Comment mieux comprendre l'Iran d'aujourd'hui

«Il a mis des mots sur la répression et il l'a payé cher»

Romans, témoignages et bandes dessinées permettent de mieux comprendre la société iranienne au-delà des clichés, entre répression du régime et richesse culturelle.
03.04.2026, 14:4303.04.2026, 15:23
Romans, témoignages et bandes dessinées permettent de mieux comprendre la société iranienne au-delà des clichés.
Des livres et bandes dessinées d’auteurs iraniens offrent un regard intime sur la société, entre contraintes du régime et vitalité culturelle.Image: montage watson

Comment connaître la vie des Iraniens dans un pays fermé à la presse et aux voyages? Par la littérature, car nombreux sont les romans, les livres de témoignages ou les BD à dépeindre la République islamique au-delà des clichés.

«L'Iran n'est pas un pays facile à comprendre»
Pedro Kadivar

«Lorsque des gens me posent des questions sur l'Iran, je dois d'abord déconstruire couche par couche les clichés qu'ils ont sur ce pays», ajoute l'auteur de «Dernière année au pays natal» (Gallimard), qui paraît le 9 avril.

Pedro Kadivar fait partie des nombreux écrivains aux racines iraniennes qui racontent leur vie d'avant l'exil ou plantent leur histoire dans l'Iran actuel. Certains ont connu un grand succès, à l'instar de Marjane Satrapi avec sa BD «Persepolis» (L'Association), d'Azar Nafisi avec Lire «Lolita à Téhéran» ou de la journaliste Delphine Minoui avec:

«Je vous écris de Téhéran et Badjens»

Leurs récits s'ajoutent à ceux des cinéastes, souvent célébrés, comme Jafar Panahi, Mohammad Rasoulof ou Asghar Farhadi, qui défient les autorités pour ancrer leurs films dans la réalité de leur pays.

«J'ai été très heureux lorsque Persepolis est sorti car le vécu de Marjane Satrapi était très proche du mien, et son livre cassait les clichés»
Pedro Kadivar

Parmi eux, figure celui, persistant, d'un «Iran qui ne serait qu'une ruine triste, dangereuse, un pays qu'il vaut mieux oublier pour le moment, sans espoir, perdu», regrette Lucie Azema, une Française y ayant vécu. Dans le récit «Une saison à Téhéran» (Les Corps conducteurs), récemment publié, elle y décrit la vitalité des traditions, la solidité des liens sociaux et le sens de la débrouille, qui permettent de résister à l'emprise de la République islamique.

Paranoïa

L'écrivaine Chahdortt Djavann, née en Iran en 1967, dresse un tableau bien plus sombre de son pays dans:

«Un violeur attentionné et délicat (Grasset), qui vient de sortir»

Dans ce roman coup de poing, un juge condamné à perpétuité raconte comment il a joué avec les règles de la République islamique pour faire carrière et en profiter avant de chuter. «Existe-t-il une personne dans ce pays qui eut une vie normale sous le règne islamique?», se demande-t-il.

«Le sentiment d'être surveillé, épié, espionné, créait une paranoïa dans toute la population (...) Dans toutes les familles iraniennes, il y avait au moins un fils, une fille, un père, une mère, un frère, une sœur, une tante, un oncle, un cousin, une cousine qui s'était compromis, était devenu délateur et espionnait pour le régime.»
L'autrice

Dans son roman, qui relate son enfance durant la guerre Iran-Irak des années 1980, Pedro Kadivar écrit aussi que, dans un tel contexte, «la dissimulation et l'autocensure exigent un effort permanent et épuisant» et que «l'amitié elle-même est trouée de soupçons».

Le romancier estime cependant avoir «eu de la chance d'être né en Iran», «un pays à la richesse culturelle immense» et «traditionnellement ouvert aux autres influences, notamment occidentales».

«Le régime n'est pas du tout représentatif du peuple. La société civile a une longue tradition de liberté de penser et résiste malgré tout depuis près de 50 ans et la révolution islamique de 1979.»

Le prix est souvent lourd à payer, comme l'illustre l'histoire du rappeur Toomaj Salehi, racontée dans le roman graphique «Une voix pour la liberté» (Delcourt) par Bahareh Akrami.

Très populaire, le chanteur trentenaire a été arrêté en octobre 2022 pour avoir publiquement soutenu les manifestations déclenchées par la mort en détention de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans.

«Il a mis des mots sur ce que beaucoup vivent en silence: la répression, la peur, l'injustice... Et il l'a payé cher: la prison, la torture, les menaces, la condamnation à mort.»
Bahareh Akrami

Toomaj Salehi a finalement été libéré fin 2024, avant de sortir l'année suivante un nouveau morceau intitulé:

«Nous sommes encore en vie»

(dal/afp)

Iran: quatre dépôts pétroliers frappés à Téhéran et ses environs
Video: watson
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