C’était un aveu d’échec. Juste avant Noël, le président iranien a reconnu sur la télévision d’Etat que le pays faisait face à «un déséquilibre majeur dans les domaines du gaz, de l’électricité, de l’énergie, de l’eau, de l’argent et de l’environnement». Cette déclaration de Masoud Pezeschkian illustre l’ampleur de la crise énergétique qui frappe l’Iran, la plus grave depuis 1979.
Confronté à une vague de froid persistante depuis début décembre, le régime a dû choisir entre réduire drastiquement l’approvisionnement en gaz des ménages ou interrompre la fourniture de gaz aux centrales électriques. Il a opté pour la seconde option afin d’éviter les risques sécuritaires liés à la privation des foyers iraniens de leur principale source de chauffage.
Cependant, cette décision s’accompagne de coupures d’électricité dans tout le pays, censées limiter les dégâts. Hosseini compare la situation en Iran «à un baril de poudre qui peut exploser et déclencher des troubles dans tout le pays».
Dans le même temps, une épaisse couche de smog recouvre Téhéran depuis début décembre, aggravée par l’utilisation de systèmes de chauffage vétustes au gaz. Le ministère de la Santé a exhorté les personnes âgées et les enfants à rester à l’intérieur pour éviter des problèmes respiratoires.
La semaine dernière, l’entreprise publique d’électricité Tavanir a averti les fabricants d’acier, de verre, de produits alimentaires et de médicaments de la possibilité «de coupures massives d’électricité». Celles-ci pourraient durer plusieurs semaines, voire davantage.
Les autorités iraniennes attribuent la grave pénurie de gaz aux sanctions internationales imposées au secteur bancaire et énergétique du régime des mollahs. Ces sanctions visent principalement à stopper le programme nucléaire et balistique iranien. La crise aurait été aggravée par l'explosion de deux gazoducs en février, que les autorités iraniennes attribuent à Israël.
Cependant, des analystes iraniens, qui préfèrent rester anonymes, estiment que la crise actuelle est avant tout le résultat d'une mauvaise gestion, de la corruption et des prix extrêmement bas du gaz naturel, qui encouragent une consommation excessive d'énergie de chauffage.
Depuis novembre, les foyers iraniens subissent des coupures d'électricité quotidiennes d'au moins deux heures. La semaine dernière, l'électricité a également été coupée dans les écoles, universités, banques et bâtiments gouvernementaux. Pour économiser l'énergie, toutes les universités ont été contraintes de passer à l'enseignement en ligne jusqu'à la fin du semestre, à la mi-janvier. Dans les bureaux du gouvernement, les employés sont autorisés à rentrer chez eux deux heures plus tôt. Même l'éclairage public a été éteint ces derniers jours.
Ces coupures de courant de plus en plus fréquentes alimentent le mécontentement parmi la population. Beaucoup d'Iraniens expriment leur colère face au fait que le régime ait dépensé des milliards pour soutenir le régime syrien de Bachar al-Assad, le Hezbollah et d'autres groupes terroristes de ce que l’on appelle «l’Axe de la Résistance», au lieu de moderniser le secteur énergétique du pays.
A Téhéran, il est rapporté que des marches de protestation de grande ampleur ne sont empêchées que par le froid hivernal mordant.
Pour donner l'exemple, le président Pezeschkian a éteint toutes les lumières de son palais présidentiel le week-end dernier. Lors d'une allocution télévisée peu avant Noël, ce politicien, considéré comme modéré, a demandé «à tous les chers habitants du pays» de baisser de deux degrés le chauffage de leurs logements.
(Traduit de l'allemand par Tim Boekholt)