Elle filme sa fuite d'Iran: «C'était la mort ou l'Europe»
C'est en direct d'Oslo, en Norvège, que nous rencontrons en visioconférence Soraya Akhlaghi et Mehrdad Oskouei, les co-réalisateurs du film A fox under a pink moon, diffusé au Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) de Genève le samedi 7 et le jeudi 12 mars. Afghane d'origine, elle est née et a grandi en Iran. Lui est Iranien et vit entre Téhéran et la France.
Depuis le début du conflit, ils sont inquiets pour leurs proches. «Ma femme est partie s'occuper de sa mère à Téhéran. Je voulais qu'elle rentre le jeudi 26 février, car je sentais que la situation allait s'envenimer, mais elle voulait rester jusqu'à dimanche, explique Mehrdad Oskouei. Maintenant, elle est coincée là-bas.» Il contient son émotion avant de poursuivre:
Soraya Akhlaghi a reçu un message similaire de la part de sa grande sœur, qui habite dans la capitale: «Prends soin de toi, écrit-elle. Je ne sais pas ce qui va arriver à moi et ma famille.»
Malgré leur inquiétude, les deux réalisateurs seront en Suisse le 6 mars pour assister à la cérémonie d'ouverture du FIFDH: «J'espère que je verrai les montagnes», se réjouit tout de même Soraya Akhlaghi, qui rêve de ce voyage depuis petite en raison du dessin animé Belle et Sébastien.
Arrivée en Europe en 2022, elle a fui l'Iran pour échapper à son ex-mari violent et rejoindre sa mère en Autriche. Un parcours migratoire de cinq ans qu'elle a documenté du début à la fin.
«Filme tout»
«Je ne pensais jamais faire un film», raconte-t-elle. A l'origine, en effet, le réalisateur Mehrdad Oskouei souhaitait retracer la vie d'un sculpteur iranien. Au fur et à mesure de leurs rencontres, cependant, il perd confiance en cet homme et commence à s'intéresser à la femme «toujours assise dans un coin de l'atelier, le casque sur les oreilles, plongée dans son travail», décrit-il. Soraya Akhlaghi.
Un jour, elle lui demande: «Que penses-tu de mes sculptures?» Il n'arrive pas à croire que c'est elle qui les a réalisées. Elle se met alors à sculpter devant ses yeux. Mehrdad Oskouei reste bouche bée. «J'ai aussi fait celle-ci», dit-elle en indiquant une œuvre de deux mètres. A cet instant, le réalisateur change d'avis:
A l'époque, si l'artiste de 15 ans n'a pas encore pour projet de partir en Europe, son histoire est déjà mouvementée. Son père est décédé lorsqu'elle était petite, sa mère s'est remariée et a déménagé dans une autre ville d'Iran. «Pendant un temps, ma maman venait me voir tous les deux mois», explique Soraya Akhlaghi.
Quelques années plus tard, son oncle ne souhaite plus la garder sous son toit et la marie de force à un homme violent. Elle a 14 ans. Deux ans s'écoulent avant que son époux ne lui propose de partir avec lui en Turquie «pour faire de l'argent». Soraya Akhlaghi voit dans cette proposition une porte de sortie. Elle ne supporte plus les violences et se fixe l'objectif de fuir, en Grèce d'abord puis en Autriche. «Filme tout», lui dit Mehrdad Oskouei.
Arrivée «au paradis»
La réalisatrice ne le sait pas encore, mais elle s'engage dans un périple qui durera cinq ans. «J'ai essayé de traverser tellement de fois que j'ai perdu le compte», déclare-t-elle. Le trajet est cher – il faut payer les passeurs –, long et compliqué. Chaque tentative se solde par un échec: soit elle n'a plus d'argent pour vivre sur place, soit elle est arrêtée par la police et renvoyée à la case départ.
Au fil du temps, Soraya Akhlaghi perd espoir, mais ne se laisse pas décourager pour autant. En 2022, elle quitte son ex-mari sur la route migratoire et embarque enfin sur un bateau à destination de Lesbos. La traversée de deux heures en mer est tumultueuse. Comment s'est-elle sentie?
C'est saine et sauve qu'elle arrivera finalement en Europe. «J'étais au paradis, se souvient-elle. Tout était très beau, calme et plein de fleurs.» Après plusieurs mois passés dans des camps de réfugiés, elle reçoit le document d'identité lui permettant de rester et rejoint sa mère. Aujourd'hui, la réalisatrice vit à Berlin dans un centre pour requérants d'asile dans l'attente de son passeport allemand.
«A fox under a pink moon» est diffusé le samedi 7 mars à 18 heures et le jeudi 12 mars à 18 heures 30 au FIFDH.
