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Etats-Unis: Graham Platner se dresse contre Trump

Bild zeigt demokratischen Kandidaten für das Senat in Maine, Graham Platner, vor einem Bild des Capitols und den Staatsgrenzen von Maine.
Image: watson/keystone

Cette «grande gueule qui réfléchit» se dresse contre Trump

Aux Etats-Unis, le camp démocrate a son nouveau champion. Il s'appelle Graham Platner.
07.05.2026, 18:5507.05.2026, 18:55
Philipp Löpfe
Philipp Löpfe

Le journal The Atlantic racontait récemment que Donald Trump se compare désormais volontiers à deux des plus grands présidents de son pays, George Washington et Abraham Lincoln. Il vise même plus haut, s'imaginant dans la catégorie d’Alexandre le Grand, Jules César et Napoléon Bonaparte.

La politique courante n’intéresse plus vraiment Trump. Il préfère se concentrer sur des projets bien plus grandioses: sa salle de bal, son arc de triomphe et le fait d’apposer son nom sur un maximum de bâtiments.

Une attitude qui n'arrange pas son parti. L’ancienne stratège, Sarah Longwell met en garde:

«La plupart des gens se moquent complètement de la salle de bal. Ils veulent que Trump se penche sur l’économie»
FILE - Democratic Maine Senate candidate Graham Platner speaks at a town hall in Ogunquit, Maine, Oct. 22, 2025. (AP Photo/Caleb Jones, file)
US Election 2026 Maine Senate
Graham Platner, un homme normal et efficace.Image: keystone

Dans le petit Etat du Maine – 1,3 million d’habitants – sur la côte est des Etats-Unis, Graham Platner fait figure de parfait antidote à un président gagné par la mégalomanie. Ex-Marines, il s'est reconverti comme ostréiculteur, une activité largement répandue dans sa région.

Graham Platner, c'est le «normal one», pour reprendre une citation devenue célèbre de Jürgen Klopp. Ou, comme l’explique le journaliste local Alex Seitz-Wald dans un entretien accordé au site Vox:

«Il ressemble à beaucoup de gens d’ici. Si on se promène dans la rue d’une ville voisine, à quelques kilomètres, on croisera au moins une demi-douzaine de types qui lui ressemblent en tous points. Des hommes qui travaillent de leurs mains et qui ne se douchent pas avant, mais après le travail»

Même pour l’establishment du parti, Platner paraissait au départ trop ordinaire. Quand il a annoncé sa candidature au Sénat, deux élus de New York – membres du comité électoral démocrate – se sont empressés de lui trouver une opposante: Janet Mills, la gouverneure du Maine.

FILE - Democratic Gov. Janet Mills delivers her State of the State address, Jan. 30, 2024, at the State House in Augusta, Maine. (AP Photo/Robert F. Bukaty, File)
Janet Mills
Janet Mills a fini par jeter l'éponge.Image: keystone

Une femme compétente et populaire, mais plus toute jeune. Si elle avait été élue, elle aurait entamé son mandat à l’âge respectable de 79 ans. Mills incarnait l’establishment. Cela lui a été fatal. «Les gens ici n’aiment vraiment pas Chuck Schumer (réd: l'un des deux sénateurs new-yorkais) ni les démocrates de Washington», explique Seitz-Wald.

«Ils refusent qu’on leur impose Janet Mills»

La sénatrice a reconnu qu’elle n’aurait eu aucune chance face à Graham Platner lors des primaires. Elle a renoncé.

L’ascension de l'outsider étonne, donc, alors que sa carrière semblait terminée avant même d’avoir réellement commencé. En octobre dernier, des publications sur Reddit le présentaient comme un populiste lourdingue. Des remarques sur les Noirs qui laissent moins de pourboires – il a brièvement travaillé comme barman – et un tatouage de tête de mort évoquant l’imagerie nazie n’ont rien arrangé.

Conformément à l’aphorisme de Nietzsche «Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort», Platner n’a pas seulement survécu à la tempête médiatique, il en est sorti renforcé. Il ne fuit certes aucun affrontement, mais il ne s'impose pas non plus comme un démagogue écervelé. «C’est une grande gueule qui réfléchit», résume Mike Hurley, ancien maire de Belfast, dans le Maine.

Cet entretien entre Graham Platner et Jon Stewart le confirme.

Politiquement, le nouveau venu se situe dans le camp des progressistes. Il cite Bernie Sanders et Franklin D. Roosevelt. Dans les années 1930, ce dernier avait sorti les Etats-Unis de la Grande Dépression avec son New Deal. «Les choses vont empirer», a déclaré Platner à la chroniqueuse du New York Times, Michelle Goldberg.

«La politique des républicains n’améliorera pas la vie des gens. Et parce que la situation va se dégrader, nous devons mettre en place des structures pour impliquer les citoyens, les aider, les mettre en contact entre eux et leur dire qui sont les véritables responsables»

Dans le contexte actuel, Platner n'a qu'à surfer sur la tendance. La politique progressiste a le vent en poupe aux États-Unis. «Une version démocrate du Tea Party est en train d’émerger, prête à renverser un système qui, selon elle, l’a trahie», observe Michelle Goldberg.

De fait, les progressistes ont récemment triomphé dans plusieurs états, avec l’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York en point d'orgue. Une épreuve difficile attend toutefois l'ostréiculteur du Maine: battre la sénatrice sortante, la républicaine Susan Collins. Même si elle affirme critiquer Trump, elle rentre généralement dans le rang au moment décisif.

Graham Platner a donc de réelles chances: les sondages le placent nettement devant sa concurrente.

Senate Appropriations Committee Chair Susan Collins, R-Maine, walks to the chamber after meeting behind closed doors with fellow Republicans on the Homeland Security budget stalemate, at the Capitol i ...
Susan Collins devra faire mieux.Image: keystone

Mais c’était déjà le cas il y a six ans. A l’époque, Collins semblait également largement distancée dans les sondages, avant de finalement remporter une victoire nette. «Sous-estimer la républicaine, c’est le faire à ses risques et périls», avertit Seitz-Wald.

«Elle a maintes fois prouvé qu’elle pouvait s’imposer même dans un contexte politique difficile»

Si Platner parvient à inverser la vapeur, il deviendra assurément un «working class hero». Une distinction ambivalente, comme l’a chanté John Lennon à partir de sa propre expérience:

«C'est déjà bien d'en devenir un. Mais si tu es intelligent, on te détestera et si tu es idiot, on te méprisera. Jusqu’à ce que tu deviennes complètement fou, au point de ne plus pouvoir suivre leurs règles»

(Traduit et adapté par Valentine Zenker)

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Video: watson
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