Cette «grande gueule qui réfléchit» se dresse contre Trump
Le journal The Atlantic racontait récemment que Donald Trump se compare désormais volontiers à deux des plus grands présidents de son pays, George Washington et Abraham Lincoln. Il vise même plus haut, s'imaginant dans la catégorie d’Alexandre le Grand, Jules César et Napoléon Bonaparte.
La politique courante n’intéresse plus vraiment Trump. Il préfère se concentrer sur des projets bien plus grandioses: sa salle de bal, son arc de triomphe et le fait d’apposer son nom sur un maximum de bâtiments.
Une attitude qui n'arrange pas son parti. L’ancienne stratège, Sarah Longwell met en garde:
Dans le petit Etat du Maine – 1,3 million d’habitants – sur la côte est des Etats-Unis, Graham Platner fait figure de parfait antidote à un président gagné par la mégalomanie. Ex-Marines, il s'est reconverti comme ostréiculteur, une activité largement répandue dans sa région.
Graham Platner, c'est le «normal one», pour reprendre une citation devenue célèbre de Jürgen Klopp. Ou, comme l’explique le journaliste local Alex Seitz-Wald dans un entretien accordé au site Vox:
Même pour l’establishment du parti, Platner paraissait au départ trop ordinaire. Quand il a annoncé sa candidature au Sénat, deux élus de New York – membres du comité électoral démocrate – se sont empressés de lui trouver une opposante: Janet Mills, la gouverneure du Maine.
Une femme compétente et populaire, mais plus toute jeune. Si elle avait été élue, elle aurait entamé son mandat à l’âge respectable de 79 ans. Mills incarnait l’establishment. Cela lui a été fatal. «Les gens ici n’aiment vraiment pas Chuck Schumer (réd: l'un des deux sénateurs new-yorkais) ni les démocrates de Washington», explique Seitz-Wald.
La sénatrice a reconnu qu’elle n’aurait eu aucune chance face à Graham Platner lors des primaires. Elle a renoncé.
L’ascension de l'outsider étonne, donc, alors que sa carrière semblait terminée avant même d’avoir réellement commencé. En octobre dernier, des publications sur Reddit le présentaient comme un populiste lourdingue. Des remarques sur les Noirs qui laissent moins de pourboires – il a brièvement travaillé comme barman – et un tatouage de tête de mort évoquant l’imagerie nazie n’ont rien arrangé.
Conformément à l’aphorisme de Nietzsche «Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort», Platner n’a pas seulement survécu à la tempête médiatique, il en est sorti renforcé. Il ne fuit certes aucun affrontement, mais il ne s'impose pas non plus comme un démagogue écervelé. «C’est une grande gueule qui réfléchit», résume Mike Hurley, ancien maire de Belfast, dans le Maine.
Cet entretien entre Graham Platner et Jon Stewart le confirme.
Politiquement, le nouveau venu se situe dans le camp des progressistes. Il cite Bernie Sanders et Franklin D. Roosevelt. Dans les années 1930, ce dernier avait sorti les Etats-Unis de la Grande Dépression avec son New Deal. «Les choses vont empirer», a déclaré Platner à la chroniqueuse du New York Times, Michelle Goldberg.
Dans le contexte actuel, Platner n'a qu'à surfer sur la tendance. La politique progressiste a le vent en poupe aux États-Unis. «Une version démocrate du Tea Party est en train d’émerger, prête à renverser un système qui, selon elle, l’a trahie», observe Michelle Goldberg.
De fait, les progressistes ont récemment triomphé dans plusieurs états, avec l’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York en point d'orgue. Une épreuve difficile attend toutefois l'ostréiculteur du Maine: battre la sénatrice sortante, la républicaine Susan Collins. Même si elle affirme critiquer Trump, elle rentre généralement dans le rang au moment décisif.
Graham Platner a donc de réelles chances: les sondages le placent nettement devant sa concurrente.
Mais c’était déjà le cas il y a six ans. A l’époque, Collins semblait également largement distancée dans les sondages, avant de finalement remporter une victoire nette. «Sous-estimer la républicaine, c’est le faire à ses risques et périls», avertit Seitz-Wald.
Si Platner parvient à inverser la vapeur, il deviendra assurément un «working class hero». Une distinction ambivalente, comme l’a chanté John Lennon à partir de sa propre expérience:
(Traduit et adapté par Valentine Zenker)
