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Un tag hostile à M6, apparu à Roubaix après la diffusion du reportage.
Un tag hostile à M6, apparu à Roubaix après la diffusion du reportage.image: capture twitter @brenoul

En France, le front uni des médias contre l'islam radical

Après le reportage de la chaîne M6 consacré à l'islam radical, la grande majorité des médias français affirme son attachement à la liberté d'expression face aux pressions islamistes.
02.02.2022, 18:4203.02.2022, 21:15

Avec l’islam radical, il y a désormais des lignes rouges à ne plus franchir en France. Et pas dans le sens auquel on croit. C’est l’un des enseignements qu’on peut tirer du reportage consacré par la chaîne M6 à des pratiques et conceptions rigoristes de l’islam, diffusé le 23 janvier. Que s’est-il passé suite à cela? Ophélie Meunier, la présentatrice de Zone interdite, l’émission à l’origine du reportage, ainsi qu’un des témoins qui y apparaît à visage découvert, Amine Elbahy, ont été placés sous protection policière après avoir été menacés de mort.

Plus encore que la jurisprudence Charlie Hebdo, dont la rédaction avait été décimée le 7 janvier 2015 par deux terroristes islamistes, c’est la jurisprudence Samuel Paty, ce professeur assassiné le 16 octobre 2020 par un jeune Tchétchène versé dans le djihadisme, qui parle ici.

Le risque? Que plus aucun média ne veuille traiter de la radicalité dans l’islam par crainte de représailles. La déclaration de l’avocat de Charlie Hebdo, Richard Malka, le 31 janvier au micro de RTL, aura peut-être agi comme un déclic.

Si personne ne réagit...

Si personne ne réagit, «demain, quelle chaîne, quel journaliste, quelle présentatrice» voudront s’emparer de sujets liés à l’islam radical?, a alerté l’avocat qui vit lui-même sous protection policière. «C’est la liberté d’expression de tous qui est en jeu», a-t-il martelé.

Le 1er février, le quotidien Le Monde – «avec une semaine de retard» par rapport à la date de diffusion du reportage, ont maugrée certains non sans saluer la démarche – a publié un éditorial des plus clairs, ne reculant pas devant l’emploi de certains mots, dont une partie de l’échiquier politique, essentielle au sein de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, affirme qu’ils stigmatisent les musulmans. Extrait:

«Depuis la tragédie de Charlie Hebdo, les Français connaissent le déchaînement de haine aveugle que peut susciter, chez des terroristes islamistes, l’exercice de la liberté d’expression. Depuis l’assassinat de Samuel Paty, ils savent que l’on peut mourir en France pour un cours sur la liberté d’expression. Qu’après ces drames des personnes s’exprimant publiquement sur la pratique de la religion musulmane continuent à être inquiétées est alarmant»
Le Monde, 1er février 2022

Dès le 30 janvier, Edwy Plenel, le directeur de la publication de Mediapart, généralement accusé par Richard Malka et Charlie Hebdo de frilosité sur les questions en rapport avec l’islam, a réagi d’un tweet repris à l’organisation Reporter sans frontières:

Puis, le 1er février, sur Twitter encore, il a relayé un article du Figaro portant sur le même sujet. Une manière de montrer un front uni face à l’inacceptable pour le travail des journalistes:

Deux poids, deux mesures?

A la suite de ces prises de parole, certains, disant avoir été menacés de mort ou l’être toujours, ont fait part d’un sentiment de deux poids, deux mesures pour ne pas bénéficier, eux, de protection policière. C’est notamment le cas de la journaliste Nadiya Lazzouni qui officie coiffée d’un turban sur la chaîne en ligne Le Média:

Comme le disait encore Richard Malka sur l’antenne de RTL: quand on n’est pas d’accord avec les propos d’un média, «on peut saisir les tribunaux», mais on n’exerce pas sur eux un «terrorisme intellectuel».

Prise de position de personnalités musulmanes

Le 1er février, un collectif de musulmans, parmi eux le directeur du site musulman Oumma.com, publiait dans Le Monde une tribune prenant le parti de la liberté d'expression et rejetant les manifestations radicales de l'islam. Extrait:

«En tant que Français musulmans, nous ne reconnaissons pas les principes fondamentaux de l’islam dans les pratiques extrémistes filmées dans le documentaire. Nous condamnons et rejetons ces pratiques sans hésiter. Nous fondons notre condamnation et notre rejet sur notre citoyenneté française et sur notre participation au contrat social et aux lois de la République. Nous les fondons aussi sur notre lecture du Coran, le texte saint de l’islam, et sur notre foi musulmane.»
Le Monde, 1er février 2022

A Roubaix, dans le département du Nord, où des «pratiques extrémistes», de type salafiste, ont été mises au jour par les équipes de M6, une partie des habitants s'estime stigmatisée par la mauvaise image donnée de leur ville à cette occasion», rapporte Bruno Renoul, journaliste à La Voix du Nord, présent dans le documentaire en tant que témoin et qui n'a pas pour habitude de taire les problème liés à l'islamisme.

«Les musulmans s'y sentent à l'aise»

Roubaix, 90 000 habitants, dont «46% vivent au-dessous du seuil de pauvreté», compte entre 30 et 40% de musulmans, selon des estimations officieuses. «Les musulmans s'y sentent à l'aise, et la typologie musulmane y est très diverse. Si la ville dénombre une importante communauté salafiste, la plupart n'ont pas forcément une attache religieuse forte, voire n'en ont pas du tout», poursuit Bruno Renoul.

«Et contrairement à ce qu'on a constaté dans des villes plus petites comme Trappes, en région parisienne, ou Lunel, dans le Sud de la France, le nombre de départs pour le djihad en Syrie, rapporté au nombre de musulmans roubaisiens, a été relativement limité, entre 10 et 20 individus», précise le journaliste.

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