Israël a pu libérer quatre otages dans la bande de Gaza. D'autres opérations de ce type vont-elles bientôt suivre?
Erich Gysling: C'est difficile à dire, car d'une part, Israël n'a réussi cette opération que grâce à l'aide des services secrets étrangers et à une planification de plusieurs mois. D'autre part, l'armée israélienne a provoqué un vrai bain de sang.
Selon Israël, l'opération a fait une centaine de morts palestiniens, mais selon le Hamas, il y en a eu plus de 270. Cela a suscité de nombreuses critiques à l'international. A juste titre?
Oui, à juste titre. La question de la proportionnalité doit être posée, même si cette guerre a perdu le sens de la mesure depuis longtemps. Sur les 37 000 Palestiniens tués depuis le 7 octobre, la plupart des victimes sont des civils.
Outre la destruction du Hamas, la libération des otages est un objectif de guerre défini par Israël et une condition pour entamer des négociations. Est-ce réaliste?
C'est précisément ce qui ne fonctionne pas. Les courants d'extrême droite au sein du gouvernement ne veulent même pas négocier avec le Hamas, ils préfèrent libérer les otages via ce genre d'opérations. Or, de nombreux experts militaires estiment qu'on n'arrivera pas à libérer tous les otages par les armes.
Les Etats-Unis font pression sur Israël et le Hamas pour l'application d'un plan de paix. Est-il réaliste d'imaginer que le Hamas jette l'éponge dans la bande de Gaza, comme le souhaite Israël?
Non. Aucun plan prévu pour l'après-guerre n'est d'ailleurs durable. Même le ministre Benny Gantz, qui vient de démissionner, n'a pas de vision constructive et à long terme de ce à quoi cela pourrait ressembler.
Quelles sont les idées de Benny Gantz?
Il demande le désarmement du Hamas et souhaite confier l'administration de la bande de Gaza à une organisation civile. Mais une telle organisation civile n'existe pas. Il souhaite en outre mettre les gouvernements arabes environnants face à leurs responsabilités – mais ceux-ci n'ont aucun intérêt à le faire.
Benny Gantz a critiqué l'absence de plan de Benyamin Netanyahou pour l'après-guerre et a demandé de nouvelles élections en démissionnant du gouvernement. Va-t-il devenir un danger pour le Premier ministre?
Il pourrait devenir dangereux pour Benyamin Netanyahou si de nouvelles élections étaient organisées, ce que ce dernier tente bien entendu d'éviter. Les prochaines élections sont prévues pour 2026. Mais tant que Netanyahou a le soutien politique des formations d'extrême droite et des ultra-orthodoxes, il pourra maintenir sa majorité au Parlement.
En mars dernier, un tribunal a décidé que ces ultra-orthodoxes devaient aussi servir dans l'armée. Cela va-t-il affaiblir leur soutien à Netanyahou?
Nous ne le savons pas encore. La menace plane, mais Benyamin Netanyahou trouvera certainement un moyen de se soustraire à la décision du tribunal.
Supposons qu'il y ait de nouvelles élections et que Benny Gantz et son parti gagnent. Que se passerait-il?
Il n'y aurait pas de grand changement, car Benny Gantz non plus n'a pas de plan clair pour l'avenir. Si l'on regarde les choses de manière très objective, on peut dire qu'il va être difficile de trouver une solution sans avoir à parler au Hamas.