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La France se mobilise après l’affaire Lyhanna

«Justice réveille-toi»: la France se mobilise après l’affaire Lyhanna

epa13024911 A protester carries a placard reading 'A life shattered, justice stolen' during a protest in front of the court house of Montpellier in Southern France, 08 June 2026. Several fem ...
Après l'affaire Lyhanna, des milliers de personnes se sont réunies pour dénoncer les failles de la justice.Keystone
Des milliers de personnes se sont rassemblées lundi soir devant des tribunaux et bâtiments officiels à travers la France. En cause: l’affaire Lyhanna, devenue le symbole des critiques visant le traitement des violences sexuelles et la prise en compte de la parole des victimes par la justice.
08.06.2026, 21:5208.06.2026, 22:09

«Justice réveille-toi», «Plus jamais cela». Quelques milliers de manifestants se sont rassemblés lundi soir dans des dizaines de villes de France et devant la Chancellerie à Paris. Ils mettent en cause la justice dans l'affaire Lyhanna et le traitement des violences sexuelles.

De nombreuses associations féministes et de défense de droits des enfants, parmi lesquelles NousToutes, la Fondation des femmes, Face à l'inceste, le Collectif Féministe contre le viol, avaient appelé à des rassemblements en début de soirée devant les tribunaux de plus de 160 villes de France.

epa13024912 People attend a protest in front of the court house of Montpellier, Southern France, 08 June 2026. Several feminist and child advocacy organisations have called for demonstrations to prote ...
Des pancartes à Montpellier, ce lundi.Keystone

«Rendez-nous la justice», «pour les victimes, la peine est imprescriptible», «quand un enfant appelle à l'aide, chaque silence est une violence supplémentaire», pouvait-on lire sur les pancartes à Paris. A Agen (Lot-et-Garonne), dont le parquet est chargé de l'enquête sur la mort de Lyhanna, au moins un millier de personnes de tous âges, dont des enfants, se sont rassemblées devant le palais de justice.

«La parole des enfants n'est pas du tout prise au sérieux, la justice met beaucoup plus en avant la présomption d'innocence que la parole des victimes»
Lori Bess, l'une des organisatrices de ce rassemblement citoyen d'une ampleur inédite dans cette ville

Devant le tribunal judiciaire d'Auch (Gers), plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées pour crier «Lyhanna, plus jamais ça». Devant cette juridiction située à une trentaine de kilomètres de Fleurance, de nombreuses pancartes demandaient «justice pour nos filles» ou proclamaient «Darmanin démission», un slogan repris par la foule qui l'a peu à peu transformé, brièvement, en «procureure démission».

A Paris, le rassemblement qui devait avoir lieu devant le ministère de la Justice place Vendôme a été interdit par la préfecture de police et déplacé dans l'île de la Cité pour «risque de trouble à l'ordre public». «De quoi ils ont peur? de la colère des femmes et des enfants?», a réagi Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes.

«Gros travail à faire»

Pourtant c'est bien place Vendôme qu'a eu lieu le plus gros rassemblement, malgré l'interdiction, rejoint par les actrices Anna Mouglalis et Judith Godrèche, la fille de Richard Berry, Coline Berry, ou encore le militant Arnaud Gallais.

Plusieurs centaines de manifestants – des femmes pour la plupart -, dont beaucoup «en colère», étaient rassemblés aux cris de «Darmanin démission» et «Justice pour les enfants» sous les fenêtres de la Chancellerie, protégée par plusieurs dizaines de membres des forces de l'ordre. Quelques militantes Femen se sont dénudées en criant «justice pour Lyhanna».

«Qu'est-ce qu'il y a de plus dangereux, un gouvernement et une justice qui laissent des violeurs dans la nature ou une manifestation de pacifistes qui vont faire en sorte que le monde se remette à l'endroit?»
Flavie Flament à Paris, qui a porté plainte contre le chanteur Patrick Bruel

Les représentants des associations de défense des femmes et des enfants ont déclaré mener un «même combat» contre les «violences masculines», «contre un système qui protège davantage les agresseurs que les victimes».

A Lyon, environ 800 personnes se sont rassemblées devant la cour d'appel du Rhône. «Je suis ici en tant que mamie, car cette situation est intolérable. J'ai peur pour mes petits-enfants. Il y a des grosses failles dans la justice en France», a dit à l'AFP Virginie Maurin, 68 ans, infirmière à la retraite.

Les associations réclament l'adoption d'une «proposition de loi intégrale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants», déposée fin 2025 mais qui n'a jamais été examinée.

Darmanin exige une «mobilisation générale»

Sous pression, Gérald Darmanin a appelé lundi à la «mobilisation générale» afin de «faire la vérité» après les défaillances dans l'affaire. «Il ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois, il nous a manqué de prioriser des viols sur les mineurs», a insisté le ministre de la Justice lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion avec les procureurs généraux pour leur demander de «reprendre l'intégralité des plaintes qui touchent les enfants», soit environ 70000.

Depuis la découverte jeudi du corps de la collégienne de 11 ans dans le Gers et les révélations sur des plaintes pour viols sur mineures - certaines procédures ayant ensuite été classées - dont le suspect a fait l'objet, l'institution judiciaire est mise en cause de toutes parts. Le garde des Sceaux a expliqué avoir commandé un état des lieux «tribunal par tribunal, commune par commune».

«Il nous a dit de regarder les choses en face, c'est ce qu'on doit aux Français. Pour nous aussi, c'est un échec collectif»
La procureure générale de Paris, Marie-Suzanne Le Quéau, à l'AFP

Le plus haut procureur de France, Rémy Heitz, a estimé sur France 2 qu'il fallait «absolument tout mettre à plat pour que plus jamais» une telle «catastrophe» judiciaire ne se reproduise. Le procureur général près la Cour de cassation a aussi appelé à ce que les magistrats puissent «travailler dans la sérénité» et la «confiance».

Pilier du gouvernement, Gérald Darmanin a écarté l'idée d'une démission, car «cette défaillance ne tenait pas aux instructions que le ministère a données», a-t-il martelé. Lui et son collègue de l'Intérieur, Laurent Nuñez, seront auditionnés mardi matin par la commission des Lois du Sénat.

Sébastien Lecornu a promis d'«accélérer» l'examen au Parlement d'une proposition de loi globale et transpartisane sur les violences sexistes et sexuelles, en réponse à l'affaire Lyhanna, et d'«enrichir» le projet de loi sur la protection des enfants, a-t-il annoncé dans un courrier à ses ministres rendu public lundi soir.

Le Premier ministre va en outre réunir plusieurs ministres (Intérieur, Justice, Santé, Education nationale et Egalité) mardi matin à Matignon «afin d'examiner et arbitrer de nouvelles mesures concrètes permettant de mieux recueillir, entendre et protéger la parole des enfants et des victimes dans les affaires de viol et de harcèlement sexuel». (mbr/ats)

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