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L'antiquaire et organisateur de dîners mondains Pierre-Jean Chalençon (au centre) a mis en cause le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal (à droite), faisant réagir la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa (à gauche). montage photo amèle debey

En France, «dîners de ministres», odeur puante

Il s'est rétracté, mais le mal est fait. En affirmant, en pleine crise Covid, avoir pris des repas clandestins avec des ministres du gouvernement, le fantasque antiquaire Pierre-Jean Chalençon, organisateur d'événements, électrise un peu plus encore le climat politique à un an de la présidentielle, alors que Marine Le Pen se rapproche d'Emmanuel Macron dans les sondages.



Quel rapport entre les vrais-faux-on-ne-sait-pas-trop dîners clandestins «avec ministres», Marine Le Pen, Emmanuel Macron et quelques grosses mouches à scandales? La présidentielle 2022, Mesdames, Messieurs! Sta puzzando, disent les Italiens en se bouchant le nez. Pour sûr, ça pue pas mal en France à un an de l’élection majeure.

Tout semble bon pour faire grossir la menace lepéniste face à une macronie accusée de se gaver telle une royauté déconnectée du peuple. La période covidaire, faite de restrictions et de sacrifices, sans compter les morts (bientôt 100 000) et les personnes en réanimation (plus de 5000), ajoute à cette ambiance crépusculaire. Retour sur un barouf en cours.

La bombe

Dernier épisode de ce Netflix français ressemblant à une succession des tableaux saignants du Caravage: l'affaire, donc, de ces prétendus dîners entre 160 et 490 euros le couvert, auxquels auraient pris part des ministres, selon un reportage diffusé le vendredi 2 avril par la chaîne M6. Selon, surtout, un individu cité anonymement, présenté comme un organisateur de ce type d’événements, qui lâche cette «bombe» comme on sautille sur un champ de mines: «J’ai dîné cette semaine dans deux ou trois restaurants soi-disant clandestins avec un certain nombre de ministres.»

Le nom du porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, tombe – l’intéressé dément. D’autres suivent à mesure qu'enfle la rumeur: celui du ministre de la Justice Eric Dupont-Moretti, ceux des journalistes télé Bruce Toussaint et Ulysse Gosset. Intervenant sur ce sujet brûlant, la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa, a estimé dimanche que «si des ministres ou des députés» ont participé à ces dîners, «il faut qu’ils soient pénalisés comme n’importe quel citoyen».

L'auteur

Depuis, l’organisateur de ces repas mondains, trahi par sa longue chevelure blonde mal floutée, s’est lui-même fait connaître: il s’agit de Pierre-Jean Chalençon, propriétaire à Paris du Palais Vivienne, un vaste ensemble de salons de réception ornés de dorures et de moulures dans le plus pur style aristocratique. Un genre d’Yvan Cassar, le chef d’orchestre longtemps complice musical de Mylène Farmer, Pierre-Jean Chalençon, en plus d’organiser des dîners dans ses salons avec le cuisinier Christophe Leroy (mais il aurait cessé de le faire en grand depuis décembre), est antiquaire, collectionneur émérite d’objets ayant appartenu à Napoléon.

Le public a fait sa connaissance dans l’émission «Affaire conclue», reproduisant des enchères, diffusée l’après-midi sur France 2. Comme dépourvu de surmoi social, ou se fichant de ce qu’on peut penser de lui, ce boute-en-train et homme d’affaires en a été renvoyé l’an dernier après divulgation de photos le montrant tout sourire à un anniversaire de Jean-Marie Le Pen en compagnie, entre autres, de Dieudonné. Il s’était alors défendu d’avoir des pensées antisémites.

Tout est (presque) faux, qu’il dit

Machine arrière, toute! Le même Pierre-Jean Chalençon, intervenant lundi soir sur le plateau de Touche pas à mon poste (TPMP), le talk de Cyril Hanouna, puis ce mardi sur BFMTV, a démenti ce qui a pris la dimension d’un scandale sur les réseaux sociaux. Croix de bois, croix de fer, il n’est pas l’organisateur de dîners clandestins, «surtout pas avec des ministres», ni «avec quelques politiques qu'ils soient». Il accuse : «C'est une sorte de guet-apens, de coup monté.» Il embraie sur «un poisson d'avril».

Qu'a-t-il parlé de ministres dans le journal de M6! «Mon client faisait de l’humour», a invoqué l’avocat du collectionneur facétieux.

De son côté, M6 maintient sa version des faits, notamment au sujet d’un ministre ayant participé à l’un de ces repas. «D'autres sources ont confirmé en off la présence d'au moins un membre du gouvernement. Nous poursuivons nos investigations à ce sujet», écrit la Société des journalistes des JT (SDJ) de M6 dans un communiqué.

Et qu'en est-il des images tournées jeudi dernier par la chaîne française dans le Palais Vivienne, avec personnel de maison et convives, sans masques et ne respectant pas les gestes barrières? Une soirée, certes. «Il y avait neuf personnes», a assuré Chalençon – trois de plus que «recommandé» et non pas «autorisé» par les règles en vigueur. Dans les clous de la légalité, le citoyen Pierre-Jean. Jusqu’ici. La ministère public a ouvert une enquête pour mise en danger de la vie d’autrui et travail clandestin.

Et à qui ça profite?

«On veut les noms». Ce hashtag justicier est apparu sur Twitter après la diffusion du reportage de M6. Les chaînes d’info y sont accusées d’un «silence assourdissant» autour de l’affaire, du moins dans les premiers jours.

Les puissants se voient reprochés des agapes honteuses.

L’extrême gauche et l’extrême droite tentent de tirer parti de la situation. «Ces scandales n’arrêteront pas tant qu’on n’en finira pas avec ce système qui permet cela», twitte Julie Garnier, «oratrice nationale» de la France insoumise (FI), le parti de Jean-Luc Mélenchon.

L’avocat Gilbert Collard, du Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen, parle de l’existence de deux mondes, «comme sous l’Ancien Régime».

«On essaie d'utiliser mon nom et mon image pour faire tomber le gouvernement», a dit lundi chez Hanouna Pierre-Jean Chalençon, s'attribuant peut-être un trop grand rôle. Là encore, pourquoi avoir donné l’impression de participer à cette entreprise? Et si la première version, celle du reportage de M6, était la bonne, comme beaucoup le soupçonnent sur les réseaux sociaux? Tout le gouvernement jure que non. Mais comme pour l’ancien président de l’Assemblée nationale François de Rugy, pris par Médiapart les mains dans la mayonnaise et la chair des homards, caviar et champagne du Palais Vivienne ou d’ailleurs pourraient valoir de lourds déboires à l’actuel gouvernement. Si tout s’avérait exact. Ce qui n'est pas encore démontré.

Dans quel état on sera?

Un an sépare ce qui se dégonflera comme une baudruche ou grossira comme un cancer, de l'élection présidentielle d'avril 2022. Mais si, à douze mois seulement de l'échéance suprême, la France en est à s'affronter sur des sujets aussi bas que celui de ces dîners clandestins présumés, cela augure mal de la suite. Dans un récent sondage du magazine Marianne, Marine Le Pen est toujours battue au second tour par Emmanuel Macron, mais de 6 points, pas plus. En 2017, l'avance du vainqueur était de 32 points. Aujourd'hui, le grand jeu et la grande crainte, en France, consistent à envisager la victoire de l'extrême droite comme possible.

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