Des centaines de manifestants passent la nuit sur une place de Madrid
Des centaines de personnes ont passé la nuit de samedi à dimanche sur une place ultra touristique de Madrid pour réclamer de meilleures protections pour les locataires. Cela après l'expulsion dans la semaine d'une octogénaire, devenue un symbole visage de la crise du logement en Espagne.
Dimanche matin, une centaine de tentes se concentraient sur une grosse moitié de la surface de la très vaste Puerta del Sol, juste devant le siège de la région de Madrid, a constaté un photographe de l'AFP.
La plupart des «campeurs» qui ont passé la nuit sur place, après une manifestation qui a rassemblé des milliers de personnes dans les rues de Madrid samedi, dorment encore, même si certains organisateurs commencent à préparer des cafés, dans une tente au milieu du groupement.
Sur la place, des fêtards rentrent de leur soirée de samedi, des touristes tirent leur valise en direction du métro. La présence policière est minime.
Déjà occupée en 2011
En 2011 déjà, la Puerta del Sol avait été occupée pendant trois semaines, à l'initiative du mouvement des Indignés, de jeunes manifestants frustrés par des perspectives économiques moroses et la corruption, dans les années de récession qui avaient suivi la crise financière de 2008.
Mercredi, les images de Maricarmen Abascal, 87 ans, évacuée sur une civière de son appartement madrilène mercredi, après que la police a forcé sa porte, ont fait l'effet d'un électrochoc dans le pays et remis la crise du logement en Espagne sur le devant de la scène, à l'approche des élections législatives prévues en 2027.
«Nous n'en pouvons plus. Soit le système de location s'effondre, soit le gouvernement tombe», a résumé sur X le syndicat des locataires espagnols., qui avait appelé la population à se joindre au campement «spontanément» installé Puerta del Sol après la manifestation de samedi.
«J'ai l'impression que les gens ne vont pas bouger tant que quelque chose n'aura pas changé une bonne fois pour toutes et pour toujours», a témoigné dans la nuit auprès de l'AFPTV Maria Juarez, psychologue de 47 ans.
«J'espère que ce qui est arrivé à Maricarmen marquera un tournant dans cette affaire, dans ce grave problème qu'est le logement. Si cela peut marquer un tournant, je suis pour ma part prêt à rester ici toute la nuit, s'il le faut», a abondé Ricardo Lopez, employé d'une droguerie âgé de 40 ans.
Abascal, devenue un symbole de la crise du logement en Espagne, a exhorté les Espagnols à se joindre au combat dans un message vidéo publié en ligne quelques heures avant la manifestation.
«Changer les lois»
«Ce qui m'est arrivé ne doit plus arriver à d'autres», a déclaré Maricarmen Abascal depuis l'hôpital où elle est soignée pour épuisement depuis son expulsion.
Abascal a été contrainte de quitter l'appartement où elle vivait depuis 70 ans après qu'une société immobilière a racheté le bien et augmenté le loyer de 275%, le portant à 2650 euros, selon le syndicat.
Pour Enrique Ortega de Miguel, graphiste de 38 ans vivant chez sa mère, le marché du logement en Espagne est «impossible». «C'est un combat pour trouver un logement abordable, et ensuite on vit dans la peur d'être expulsé», a-t-il dit à l'AFP lors de la manifestation.
Le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, qui s'était engagé à faire du logement une priorité gouvernementale, subit une pression croissante pour agir. Plusieurs manifestations dans différentes villes ont été organisées depuis son expulsion.
Lors du prochain conseil des ministres, son gouvernement devrait approuver un train de mesures surnommé le «décret Maricarmen», qui prévoit le renouvellement automatique des contrats de location et un renforcement des restrictions sur les expulsions.
Toutefois, il n'est pas certain que ces mesures soient adoptées par le Parlement, où le gouvernement de Sánchez ne dispose pas de la majorité. Un projet de loi similaire avait été rejeté plus tôt cette année. (tib/ats)
