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Les bombes n'arrêtent pas la Fashion Week de Kiev

A model walks among spectators as she presents a creation by Bob Basset brand during the Ukrainian Fashion Week in The Mystetskyi Arsenal National Art and Culture Museum Complex in Kyiv on September 4 ...
La marque Bob Basset a présenté ses créations animales et «féroces» lors de la Fashion Week ukrainienne, début septembre.Image: AFP

Ces Ukrainiens se font «pousser des crocs»

Les drones n'arrêtent pas les designers, mannequins et photographes ukrainiens, qui ont porté la Fashion Week de Kiev au début du mois. Au contraire: un duo de créateurs s'est même inspiré de la guerre pour sa collection «féroce».
25.09.2026, 15:5425.09.2026, 15:54
Florent VERGNES, Kiev/Afp

Serhiï serre la sangle d'un masque au long bec de cuir noir, Arina ajuste un sabot clouté: à la Fashion Week de Kiev, les créateurs de la marque Bob Basset s’affairent, craignant une énième alerte aux drones russes.

Depuis l’été, les journées de la capitale ukrainienne sont rythmées par d’incessants raids aériens, et cette année, les défilés de la Fashion Week se déroulent entre deux alertes, poussant tout le monde aux abris. De quoi agacer la créatrice de 28 ans, qui présentera d’ici quelques heures sa première collection:

«On veut avoir le temps de dire ce qu’on veut dire»

Et si les drones viennent interrompre la performance, elle se poursuivra en sous-sol, à la lumière des téléphones s'il le faut, assure Arina. Avec son père Serhiï, artiste plasticien de 50 ans, elle dirige l'atelier Bob Basset, installé à Kharkiv, dans le nord-est de l’Ukraine, à une trentaine de kilomètres de la frontière russe.

Co-founder of Bob Basset brand and artist Serhii Petrov (C) and his daughter designer Arina Petrova (C-L) acknowledge the audience after their presentation during the Ukrainian Fashion Week in The Mys ...
Arina, à gauche, et Serhiï, au centreImage: AFP

«Placer l’Ukraine sur la carte»

Arrivés la veille en minibus, créations sous le bras, père et fille veulent profiter de la Fashion Week de Kiev pour montrer que, malgré les bombes, Kharkiv continue de vivre. Qu’on y trouve encore des artistes capables de «transformer le code visuel du monde, de placer l’Ukraine sur la carte», résume Serhiï.

Arina ajuste le lacet d’un corset. L’alarme se met à hurler: les drones à réaction russes s'approchent de la capitale. Les agents de sécurité évacuent le public. Dehors, une femme en robe rouge pose pour un photographe. Une lourde explosion. Elle sursaute, puis sans attendre, reprend sa pose en souriant. Au loin, un panache de fumée noire s'élève parmi les immeubles.

De retour dans la grande halle, un tourbillon de tissus bigarrés et de broderies ukrainiennes témoigne de la prochaine tendance printemps-été: il y aura de la couleur. Mais pas chez Bob Basset. Devant de grandes tentures noires, les créateurs ajustent un plastron de plumes en cuir noir, assorti à un masque de cheval noir.

A model presents a creation of Bob Basset brand's collection during the Ukrainian Fashion Week in The Mystetskyi Arsenal National Art and Culture Museum Complex in Kyiv on September 4, 2026, amid ...
A Kiev, les bombes rythment la Fashion WeekImage: AFP

Pour sa première collection, «Mutabor» («Je me transformerai», en latin), Arina a choisi de donner un corps aux créatures imaginées par son père, leur ajoutant pattes griffues, cuirasses de plumes et longues queues de cuir. La créatrice explique auprès de l'AFP:

«J'ai l'impression que pendant la guerre, chacun doit devenir un peu plus féroce, se faire pousser des crocs. Tu acquiers quelque chose de l'animal qui te rend plus fort»

Des créations gratuites pour les soldats blessés

Avant la guerre, Bob Basset s'est forgé une réputation internationale grâce à ses inquiétants masques de cuir, portés notamment par des musiciens des groupes de métal Korn ou Slipknot. Mais, en 2022, l'atelier ferme. Les troupes russes arrivent aux portes de Kharkiv, la famille prend la route de l'ouest. Loin de sa ville, Serhiï s'enfonce dans la dépression.

Laissant sa femme et ses enfants à l'abri en Europe, il rentre à Kharkiv, sous les bombes. «J'ai peur», reconnaît-il. «Mais j'ai encore plus peur de ne plus rien pouvoir faire demain.» Portant lui-même un masque pour cacher un fort strabisme, il a fait de l'objet le cœur de son travail, un moyen de réinventer une identité.

Serhiï se met alors à en créer gratuitement pour les soldats blessés, désireux de dissimuler leurs cicatrices. Arina le rejoint, et malgré les nuits sans sommeil, l'atelier de Kharkiv reprend vie. «Si je n'étais pas revenue, cette création n'aurait jamais existé», dit-elle.

A quelques minutes du lancement, Arina semble stressée. Avant son départ pour Kiev, l'angoisse la réveillait la nuit, les bombardements russes ciblant désormais les entrepôts et centres logistiques, compliquant le travail des créateurs:

«Si quelque chose tombe sur l'atelier, tout ce que nous avons fait pendant un an disparaît»

Elle ajoute: «Chaque jour, il y a cette sensation qu'on a très peu de temps. Quelque chose peut arriver et tu ne pourras jamais terminer». Mais pour l'instant, pas d'alerte en vue.

Quelques notes de violoncelle et, silencieusement, les mannequins s'avancent dans la foule, visages masqués, sous les flashs des téléphones et dans un chaos musical. La performance s'achève dans un mélange d'applaudissements et de sirènes antiaériennes. Une femme s'approche de Serhiï pour le féliciter, vêtue d'une robe faite de morceaux de drones.

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Dans la cour, Arina sourit, malgré les détonations de la défense antiaérienne dans le ciel de Kiev. Elle a l'habitude. A Kharkiv, dit-elle, «il ne reste plus que ceux qui sont capables de créer dans ces conditions». (afp/tam)

La Russie attaque Kiev avec des missiles balistiques
Video: watson
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