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Bruno Salomone et Isabelle Mergault: le vaccin Covid accusé

Bruno Salomone, Nicholas Brendon ou Isabelle Mergault, décédés récemment, auraient été victime du vaccin Covid, selon une théorie plutôt endurante sur les réseaux sociaux.
Bruno Salomone, Nicholas Brendon ou Isabelle Mergault, décédés récemment, auraient été victime du vaccin Covid, selon une théorie plutôt endurante sur les réseaux sociaux. images: getty, montage: watson

Ils sont persuadés que ces stars sont toutes mortes de la même chose

«Encore un qui avait reçu sa dose...» Six ans après le premier confinement, de nombreux internautes trustent encore les réseaux sociaux pour incriminer le vaccin Covid lorsqu’une personnalité décède. Les regrettés Bruno Salomone, Isabelle Mergault ou Nicholas Brendon en ont récemment fait les frais. Deux experts remettent l’église au milieu du village.
27.03.2026, 05:3027.03.2026, 07:00

On croyait sincèrement être passés à autre chose. Que la planète avait désormais plus important à penser, faire ou affronter. Qu’on a eu, pardonnez l’expression, notre dose. Six ans après le premier confinement instauré en Suisse, force est de constater que le Covid-19 continue malgré tout de se propager.

En sourdine. Par écrit. Sur les réseaux sociaux.

Et le décès des personnalités publiques demeure l’un des viviers les plus denses en flashbacks chargés de lourds sous-entendus.

Il suffit de jeter un œil sous les articles publiés par les médias du monde entier, sur Facebook, X ou Instagram, pour se rendre compte qu’un certain nombre de citoyens n’a toujours pas digéré le choc de la pandémie: dès qu’une actrice, un chanteur ou un sportif décède, le vaccin est systématiquement incriminé. Comme une évidence. Et c’est encore plus prégnant lorsque cette disparition survient dans la force de l’âge ou de manière jugée «foudroyante».

Décédée le 20 mars dernier à l’âge de 67 ans, l’humoriste et comédienne française Isabelle Mergault, dont la cause de la mort a pourtant été communiquée par les proches (un cancer du poumon qui s’est propagé au foie), en a fait les frais.

Voici quelques exemples:

«Schéma vaccinal complet avec rappel. Elle disait même être en “pleine forme” après sa 3e dose...»
«Heureusement qu'Isabelle avait refusé de faire sa 4e et 5e dose... D’après ses proches ça a duré à peine 2 mois son cancer du poumon...»
«Dites merci au gouvernement qui nous a (pas tous) obligés de nous faire vacciner»
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Son décès n’est pas le seul à avoir été criblé de messages antivax ces derniers jours, puisque ceux, tout aussi récents, du comédien Bruno Salomone et de l’acteur américain Nicholas Brendon n’ont pas été épargnés. Sans doute pour tromper l’algorithme des GAFAM et la vigilance des modérateurs, les mots «Covid-19», «vaccin» ou «pandémie» sont toujours soigneusement évités.

Dans le ton, un étrange mélange de résignation, de paranoïa et d’accusations. Sans grande surprise, ces accusations se retrouvent très vite contrées par d’autres commentateurs, donnant lieu à des passes d’armes interminables et, il faut l’avouer, d’un autre temps.

Pourquoi certains ne parviennent-ils pas à décrocher?

watson a décidé de lancer quelques coups de fil pour tenter de mieux comprendre cette tendance qui refuse de faiblir. Selon Alessandro Diana, vaccinologue et expert pour la plateforme Infovac, il n’est «pas toujours évident d’interpréter les informations scientifiques nécessaires à la compréhension totale d’une pandémie qui a été aussi inédite, rapide et violente» que le Covid-19.

«On ne peut pas toujours en vouloir à ceux qui ne sont pas des experts. De plus, le stress post-traumatique est réel dans ce type de catastrophe sanitaire, surtout si un proche est décédé. La peur a joué un rôle»
Alessandro Diana, vaccinologue

Le vaccinologue explique aussi que la population a tendance à oublier qu’il y a toujours «deux phases d’interprétation dans le domaine de la pharmacovigilance». On parle ici de reporting, puis d’analyses statistiques. Cette deuxième phase, «la plus importante, permet de déterminer s’il existe un lien de causalité, et non une simple association temporelle». Or, «beaucoup s’arrêtent à la première phase, considérant alors que tous les effets secondaires déclarés aux autorités, par le corps médical ou les patients eux-mêmes, sont confirmés par les analyses».

Pour certains, il est ensuite difficile de ne pas tirer des conclusions hâtives, «car il y a bien eu un signal émanant de la santé publique». À titre d’exemple, en 2021, un retraité genevois est mort peu après sa première vaccination, s’effondrant sur le parking juste avant de reprendre sa voiture.

Sa fille, persuadée que son père est décédé d’une réaction allergique, dépensera près de 140 000 francs en frais d’avocat pour tenter d’obtenir gain de cause, relatait la Tribune de Genève en septembre dernier. En vain: «D’un point de vue médico-légal, aucun lien de causalité entre l’injection et le décès n’a pu être objectivé, hormis la relation temporelle», dira le rapport final.

Mourir brutalement quelques minutes seulement après avoir reçu une dose de vaccin contre le Covid-19 rend le doute particulièrement tenace. «Or, cela ne signe pas le lien de causalité, rappelle Alessandro Diana. Ce qui doit arriver, par exemple une crise cardiaque, arrivera. Avec ou sans vaccination.

«Ce n’est pas parce que vous avez gagné au loto juste après avoir reçu une dose de vaccin que la vaccination permet de gagner au loto»
Alessandro Diana, vaccinologue à Genève

Pascal Wagner-Egger, chercheur en psychologie sociale à l’Université de Fribourg, interprète cette tendance par le fait que beaucoup de gens, sous-estimant les dangers de la pandémie et ignorant le principe de précaution qui s’appliquait au vu de l’inquiétant remplissage des urgences, «ont été traumatisés par les mesures sanitaires, particulièrement en France. C’est l’une des raisons pour lesquelles, six ans après, on trouve encore ce type de commentaires sur les réseaux sociaux».

«Il est important de rappeler qu’une théorie du complot est avant tout une accusation de complot. Accuser l’Etat d’avoir voulu tuer sa population par l’intermédiaire d’un vaccin est une grave accusation dénuée de la moindre preuve.»
Pascal Wagner-Egger

Ce grand spécialiste romand des théories du complot évoque lui aussi le «tristement banal» biais cognitif de la «corrélation illusoire», qui revient à postuler un lien entre deux événements concomitants autres que le hasard sans preuves suffisantes, alors que de nombreuses recherches scientifiques montrent que la pandémie n’a pas provoqué de hausse des cancers: «Si le vaccin causait réellement des cancers foudroyants, nous aurions affaire à une véritable explosion incontrôlable de décès dans le monde, compte tenu du nombre de personnes qui ont été vaccinées contre le Covid-19. Or, ce n’est pas le cas».

«Si vous êtes persuadé que le vaccin est dangereux, vous allez sauter sur les coïncidences qui vous arrangent, sur toutes les occasions, notamment lorsqu’une personnalité publique décède, pour tenter de le démontrer»
Pascal Wagner-Egger

Pourquoi cette théorie du «vaccin tueur» est-elle aussi endurante sur les réseaux sociaux? Pascal Wagner-Egger constate depuis plusieurs années que le «complotisme est une espèce de pente glissante, un engrenage dans lequel on finit par se radicaliser et adhérer à de nombreuses théories». Cette endurance n’est pas sans danger et risque toujours, six ans après, de «convaincre des personnes qui doutent».

De plus, le fait que de nombreux commentateurs profitent du décès de certains people pour remettre une pièce dans la machine n’est pas un hasard.

«Semer le doute autour de la mort d’une célébrité, ce n’est pas anodin. Affirmer que Brigitte Macron serait un homme a beaucoup plus d’impact, notamment à l’international, que si l’épouse de Guy Parmelin était visée par ce type d’accusation»
Pascal Wagner-Egger

Reste la question qui tue: le vaccin contre le Covid a-t-il déjà formellement causé, seul, le décès d’un être humain?

«Ce que l’on peut dire, c’est que la pharmacovigilance a émis des signaux qui étaient effectivement en lien de causalité avec le vaccin Covid. Ce fut notamment le cas de la péricardite chez les jeunes hommes, avec une incidence de 1 sur 100 000 en temps normal. Avec le vaccin, le risque statistique était passé à 6 sur 100 000. En revanche, les jeunes hommes non-vaccinés développaient, eux, un risque de péricardite de 40 sur 100 000 avec le variant Delta»
Alessandro Diana, vaccinologue.

Et c’est amplement suffisant pour «rassasier nos biais cognitifs, amplifiés par les réseaux sociaux», conclut Pascal Wagner-Egger.

Bruno Salomone, Isabelle Mergault et Nicholas Brendon, eux, reposent déjà en paix, sachant qu’ils n’ont pas été victimes d’une «énième piquouse mal dosée», comme le prétendait un certain «GuyFrançais», sur la plateforme X, le 16 mars dernier.

Une meute de chiens échappent de l’abattage en sautant d'un camion.
Video: watson
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