Un scénario lunaire pourrait se produire sur le Tour de Suisse
C'est une question qu'on n'aurait jamais imaginé poser à David Loosli, le directeur sportif du Tour de Suisse. Mais depuis que Tadej Pogacar fait du vélo à un très haut niveau, notre façon d'envisager les différents scénarios d'une course a changé. Compte tenu des qualités du Slovène, de sa volonté de ne jamais rien céder à ses adversaires et de sa démonstration sur le Tour de Romandie, on en vient à penser que «Pogi» pourrait remporter toutes les étapes du Tour de Suisse au mois de juin.
Ce scénario lunaire est-il plausible? Selon David Loosli, la réponse est oui. «C'est tout à fait envisageable, car il a démontré qu'il pouvait remporter toutes les courses à travers le monde, et ce, dans divers styles», souligne le directeur sportif. Au-delà de ce rappel, deux arguments viennent renforcer l'idée d'une domination totale de Pogacar sur le Tour de Suisse:
➡️ Une forme optimale
Tadej Pogacar sera plus fort en juin que sur le récent «TdR», où il était arrivé éreinté par sa campagne de classiques. Ce sera différent sur le Tour de Suisse, qu'il découvrira après un stage de trois semaines en Sierra Nevada et avec un ou deux kilos en moins (ceux dont il avait besoin pour briller sur les classiques).
➡️ Un parcours idéal
Mais ce qui permet surtout d'envisager une démonstration de Pogacar sur les routes suisses, c'est le profil de la course, ramenée à cinq jours de compétition au lieu des huit habituels. Le tracé du «TdS» ressemble beaucoup à celui du Tour de Romandie. Il est même encore plus avantageux pour «Pogi» puisque le prologue (la seule défaite du maître en Romandie) est remplacé par un contre-la-montre, exercice dans lequel Tadej Pogacar excelle.
Nous avons décortiqué les cinq étapes que Tadej Pogacar disputera sur le Tour de Suisse au mois de juin et en y regardant de plus près, on s'aperçoit qu'il n'y en a qu'une seule sur laquelle le Slovène n'apparaît pas comme favori. «C'est aussi mon sentiment», appuie David Loosli.
- La première étape (2455m de D+) propose un parcours vallonné, avec une succession de montées et de descentes, qui rappelle le Tour de Lombardie. Une course que «Pogi» a remporté cinq fois de suite.
- La deuxième étape (2110m de D+) emprunte le sélectif Monte Ceneri, puis deux montées qui devraient avantager les coureurs à l’aise sur les ascensions courtes et raides, exactement comme le Slovène.
- La troisième étape (2690 de D+) est la moins favorable aux qualités de Pogacar. Elle pourrait se décider au sprint. Mais le natif de Ljubljana a montré qu'il avait des qualités dans le domaine et de toute façon, il n'y aura pas plus de sprinters sur le «TdS» qu'il n'y en avait en Romandie en raison du profil montagneux de la course.
- La quatrième étape est un contre-la-montre de 23 km taillé pour les pros du chronos, dont «Pogi» fait partie. «Un effort individuel classique pour spécialistes: peu de dénivelé, des sections rapides et quelques virages où les coureurs techniquement solides peuvent gagner du temps», résume le directeur sportif.
- Enfin, l'étape reine autour de Villars-sur-Ollon est parfaite pour un coureur de Grand Tour, avec plus de 4000m de dénivelé positif. Un ultime test pour le double champion du monde en titre avant le Tour de France.
Voilà pour la vérité du papier. Bien sûr, personne ne peut savoir ce qu'il se passera sur la route. Tadej Pogacar n'est pas à l'abri d'une chute ou d'un incident mécanique. Il est aussi possible qu'il ne veuille pas trop s'exposer avant le Tour de France, et il ne serait pas étonnant non plus qu'un adversaire vienne chatouiller son orgueil, comme Florian Lipowitz (qui ne sera pas au départ du Tour de Suisse) l'a fait sur la boucle romande.
Mais le simple fait de se demander si un coureur peut remporter toutes les étapes d'une course World Tour dit déjà beaucoup des possibilités de Tadej Pogacar, qui risque de convoquer une nouvelle fois les historiens du cyclisme.
En gagnant quatre étapes sur le Tour de Romandie, «Pogi» a égalé le record de victoires sur une même édition, établi par Ferdi Kübler en 1951. Quel est le record sur le Tour de Suisse? David Loosli n'a pas la réponse, mais risque bien de devoir la chercher au mois de juin.
