Les «décisions honteuses» de Zelensky fâchent encore en Ukraine
Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dimanche à l'Arc de la liberté du peuple ukrainien, à Kiev, pour continuer à protester contre le limogeage du populaire ministre ukrainien de la défense, Mykhaïlo Fedorov, exactement un mois après la première manifestation.
Une réintégration de Mykhaïlo Fedorov ne devrait toutefois pas être obtenue de cette manière, mais les manifestations ont déjà produit un effet. C'est sans doute aussi pour cette raison que la participation a nettement diminué ces derniers temps, tandis que les thèmes abordés lors des rassemblements se sont élargis, allant au-delà de la revendication initiale.
Cela tient aussi aux concessions faites par le président Volodymyr Zelensky. Des critiques continuent néanmoins de se faire entendre à son égard.
Un limogeage qui a suscité l'indignation
Tout a commencé avec un remaniement ministériel opéré par Volodymyr Zelensky, qui s'est révélé par la suite chaotique. Une décision, en particulier, a suscité l'incompréhension au sein de la population: le limogeage de Mykhaïlo Fedorov. Age de 35 ans, il était le seul ministre à siéger au gouvernement depuis la victoire électorale de Volodymyr Zelensky et s'était toujours montré loyal envers le président.
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Grâce à ses réformes engagées au sein de l'armée, à son développement du programme de drones et à son approche axée sur l'efficacité, il jouissait d'une grande estime auprès de la population.
Cette dernière l'a fait sentir au président. Rapidement, plus de 10 000 personnes se sont rassemblées pour manifester, s'adressant directement au président et réclamant le retour de Mykhaïlo Fedorov. Les manifestations menaçaient alors de se transformer en un véritable test de force pour Volodymyr Zelensky.
De nouvelles nominations qui calment les tensions
Mais Volodymyr Zelensky est parvenu à désamorcer la situation en se séparant, par la suite, également du critiqué chef d'Etat-major Oleksandr Syrsky. Les manifestations visaient aussi ce dernier, car, à leurs yeux, il incarnait le général soviétique de la vieille école, prêt à accepter de lourdes pertes, à l'opposé du jeune Mykhaïlo Fedorov, plus moderne.
Et avec le choix du successeur désigné de Mykhaïlo Fedorov, Volodymyr Zelensky a également fait preuve d'un certain doigté. Ievhenii Khmara a d'abord été nommé ministre de la défense par intérim. Cette semaine, il doit être officiellement intronisé par le Parlement.
Auparavant, Ievhenii Khmara était général de division au sein des services de renseignement intérieur, un agent des services secrets chevronné, qui avait commandé des opérations spéciales contre la Russie. Aucune critique notable n'a visé cette nomination. Le nouveau chef d'état-major, Mykhaïlo Drapatyï, qui avait joué un rôle essentiel dans la défense de Marioupol, est lui aussi populaire au sein de la population.
Des critiques envers Zelensky qui persistent
Tout cela a conduit les manifestations à nettement perdre de leur élan ces derniers temps. Les slogans scandés paraissent désormais moins vigoureux, rapporte sur place le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung.
Le manque d'organisation des rassemblements y contribue apparemment aussi: il n'y a pas de direction claire, les orateurs se coupent la parole et se disputent sur scène.
Les orateurs abordent ainsi toujours plus de sujets, parfois bien éloignés du motif initial: la corruption, l'opacité de la prise de décision, le non-respect des besoins de la population et même l'abattage de chênes centenaires dans un arrondissement de Kiev au profit de promoteurs immobiliers, ce qui avait indigné les riverains.
Des critiques directement adressées à Volodymyr Zelensky continuent néanmoins de se faire entendre. Dmytro Koziatynskyi, vétéran de guerre et l'un des organisateurs de la manifestation, a indiqué au Kyiv Independent:
Les participants ont également critiqué le fait qu'un mois après ces décisions, aucun ministre de la défense ni de l'intérieur confirmé n'était encore en fonction. «La responsabilité des conséquences de toutes ces décisions honteuses vous incombe à vous seul, Volodymyr Zelensky, en tant que président de l'Ukraine», peut-on lire dans une pétition remise, après la manifestation, à un représentant du bureau présidentiel.
Mykhaïlo Fedorov se fait discret
L'une des revendications est la réintégration de Mykhaïlo Fedorov. On pouvait ainsi lire sur des pancartes: «Fedorov au ministère de la défense», «Fedorov=ministre de la défense», «Merci pour Drapatyï, mais nous n'avons pas encore fini».
Il est toutefois peu probable que le gouvernement accède à cette demande. Le successeur est en effet quasiment déjà désigné en la personne de Ievhenii Khmara, et Volodymyr Zelensky est déjà allé à la rencontre des manifestants. De plus, Mykhaïlo Fedorov lui-même ne s'est jusqu'à présent pas solidarisé avec les manifestations. Il avait récemment souligné:
Il ne souhaitait pas s'exprimer de manière critique à l'égard de Volodymyr Zelensky tant que la guerre était en cours.
Mykhaïlo Fedorov ne semble donc pas, pour l'instant, représenter un danger politique pour Volodymyr Zelensky. Volodymyr Fesenko, directeur du centre Penta d'études politiques appliquées à Kiev, a expliqué à t-online:
Cela devrait également contribuer à ce que l'intensité des manifestations continue de diminuer dans les temps à venir, même s'il n'est pas encore possible de dire si les manifestations vont continuer à évoluer ou cesser complètement. (trad. ysc)

