Un bébé met le principal parti allemand dans l’embarras
Le message est court, mais sans équivoque. «We Are Family», peut-on lire dans une publication Instagram de Daniel Funke, cadre dans les médias allemands. Un cœur accompagne une photo sur laquelle il apparaît avec son mari Jens Spahn (CDU), président du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag. Ce dernier pilote une poussette bleue.
Beaucoup, y compris dans les milieux politiques berlinois, ont été surpris par la nouvelle et ont naturellement voulu en savoir plus. Le quotidien Bild, qui disposait d’informations exclusives sur l’heureux événement chez les Spahn-Funke, a pu satisfaire leur curiosité.
Une annonce inattendue
Jens Spahn a ainsi indiqué au journal:
Il a également expliqué comment les deux hommes en étaient venus à avoir le petit Georg, prénommé ainsi en hommage au père de Jens Spahn, décédé en 2024.
Le père génétique est Daniel Funke. L'enfant a, quant à lui, été mis au monde par une mère porteuse aux Etats-Unis. Au sujet de cette femme, Jens Spahn et Daniel Funke précisent:
Le chancelier allemand Friedrich Merz (CDU) disposait, lui, d'une petite longueur d'avance en matière d'information. Il avait en effet déjà reçu ces informations quelques jours auparavant. Le couple avait visiblement anticipé que ce bébé ne susciterait pas que des félicitations et des vœux de bonheur. Dans un message adressé à leur entourage proche, dont Bild cite des extraits, on peut en effet lire:
De nombreuses critiques venant de tous bords
Daniel Funke ajoute par ailleurs:
Il fait ainsi référence au légendaire footballeur et entraîneur allemand, qui avait prononcé cette phrase lorsqu’on avait appris qu’il avait conçu un enfant hors mariage pendant une fête de Noël du Bayern Munich.
Et comme Jens Spahn et Daniel Funke l'avaient pressenti, les commentaires critiques n'ont pas tardé. Un internaute a notamment asséné sur Instagram:
L'incompréhension règne aussi au sein même du parti. La Junge CDA, l'organisation de jeunesse de l'aile des travailleurs de la CDU a publié le commentaire suivant:
Le président de l'Union des seniors, Hubert Hüppe, s'est dit «personnellement choqué» dans les colonnes du Spiegel. «La CDU était le parti dont on disait qu'il était le plus clair sur ce sujet», s'est-il désolé. Quant à la présidente de l'Union des femmes de Thuringe, Marion Rosin, elle va jusqu'à réclamer la démission de Jens Spahn.
Celui qui contourne l'interdiction en recourant à une solution à l'étranger s'affranchit de l'esprit de la loi allemande, a estimé la députée régionale CDU aux médias du groupe Funke. Si la crédibilité d'un responsable politique de premier plan venait à se perdre, «la démission serait une question de cohérence», résume-t-elle.
Un rejet réaffirmé encore récemment
D'une part, on sait, et pas seulement au sein de l'Union, ce que Jens Spahn avait affirmé en 2015 au magazine GQ:
D'autre part, la CDU a réaffirmé, dès février dernier lors de son congrès, son rejet de la gestation pour autrui:
En Allemagne, la gestation pour autrui est interdite. Cette interdiction est régie par la loi sur la protection de l'embryon et par la loi sur l'intermédiation en matière d'adoption. Les médecins qui s'y livrent s'exposent à des poursuites pénales, tout comme les intermédiaires. En revanche, il n'est pas interdit d'élever en Allemagne un enfant né à l'étranger d'une mère porteuse. Il faut toutefois débourser une somme considérable pour cela: plus de 90 000 francs aux Etats-Unis. (trad. ysc)
