Les adversaires de Netanyahou veulent exploiter ce «point faible»
Les attaques contre une journaliste américaine et des diplomates européens en Cisjordanie occupée risquent de transformer le soutien de Benjamin Netanyahou aux colons israéliens les plus radicaux en handicap politique à quelques jours des élections, ses adversaires l'accusant de laxisme face au «terrorisme juif».
Vendredi, des colons ont grièvement blessé Heidi Levine, photographe américaine du Washington Post qui couvrait la récolte des olives dans le territoire occupé par Israël depuis 1967, avant de s'en prendre, le lendemain, à un convoi de diplomates européens en visite dans la région, rouant notamment de coups Bernard Baudoux, 78 ans, maire d'une commune du nord de la France.
Entre dénonciations et réfutations
Plusieurs Palestiniens ont été tués pendant la récolte des olives, lors d'attaques devenues quasi quotidiennes menées par des colons, marquées notamment par des passages à tabac ou encore des incendies criminels.
Gadi Eisenkot, candidat centriste aux législatives du 27 octobre, ancien chef d'Etat-major de l'armée et principal rival de Netanyahou, a dénoncé:
A gauche, Yaïr Golan a estimé que «le terrorisme juif» devait «être combattu d'une main de fer, tout comme le terrorisme palestinien», promettant de rétablir l'ordre en Cisjordanie en cas de victoire.
Le premier ministre israélien a contesté les récits de ces agressions, soulignant notamment que le maire français était un sympathisant, de gauche, de la cause palestinienne.
Ses services avaient assuré que les auteurs de l'attaque contre Heidi Levine devraient «rendre des comptes», sans toutefois mettre en cause les colons. Benjamin Netanyahou a également dénoncé «une campagne coordonnée visant à diffamer Israël et les habitants juifs» de Cisjordanie.
Boaz Bismuth, député du Likoud, le parti de Benjamin Netanyahou, a soutenu, lors d'un entretien télévisé, qu'il n'existait «pas de terrorisme juif en Judée-Samarie» (réd: le nom biblique de la Cisjordanie).
Dans un discours prononcé le mois dernier devant l'ONU, sur fond de critiques internationales croissantes, Netanyahou avait attribué ces violences à une poignée de délinquants mineurs.
Une faille à exploiter pour l'opposition
«Même si la société israélienne penche vers la droite et que la population n'est pas favorable à une solution» à deux Etats (israélien et palestinien), «il existe un large consensus contre la violence des colons», explique Alon Yakter, politologue à l'Université de Tel-Aviv. Il poursuit:
Selon lui, ces violences ne devraient pas, à elles seules, peser sur le scrutin. L'opposition aurait toutefois intérêt à les présenter comme le symptôme d'une perte de contrôle des autorités, menaçant la sécurité d'Israël, préoccupation majeure des électeurs.
Le candidat centriste Gadi Eisenkot a promis de rétablir, à l'encontre des suspects israéliens, la détention administrative, qui permet d'incarcérer une personne sans inculpation. Sous Netanyahou, dont la coalition comprend des partis d'extrême droite favorables à l'annexion de la Cisjordanie, cette mesure n'est appliquée qu'aux Palestiniens.
Gadi Eisenkot promet également de faire preuve d'une «main de fer» envers quiconque enfreindrait la loi, et de mettre fin aux violences commises par des colons contre les Palestiniens.
La faible probabilité d'un changement
Plus de 500 000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, considérées comme illégales au regard du droit international, aux côtés d'environ trois millions de Palestiniens. Depuis son retour au pouvoir en 2022, le gouvernement Netanyahou, l'un des plus à droite de l'histoire d'Israël, a approuvé ou légalisé 104 colonies.
Pour Mairav Zonszein, analyste à l'International Crisis Group, ces attaques ne devraient pas modifier l'issue du scrutin, mais elles s'inscrivent «dans un débat sur la manière dont Netanyahou nuit en réalité à la sécurité nationale israélienne».
Ses déclarations «donnent l'impression qu'il est à la merci du mouvement des colons», estime-t-elle:
Elle doute néanmoins qu'un changement de gouvernement conduise à remettre en question les colonies elles-mêmes. Les dirigeants de l'opposition «s'attaquent aux manifestations les plus flagrantes de la violence des colons, mais ils ne vont pas remettre en cause le projet de colonisation», selon elle.
