Voici ce qu'il faut retenir de la rencontre entre Trump et Xi Jinping
Après une longue journée de faste et de mise en scène, Donald Trump s'avance au pupitre de l'East Room, comble à la Maison-Blanche. Il regarde en direction de Xi Jinping et de son épouse, marque une pause lourde de sens, puis lâche enfin: «Vous êtes vraiment des gens formidables.»
Pendant que le chef d'Etat chinois lève son verre de vin mousseux californien et trinque avec ses voisins de table Elon Musk et le patron de Nvidia Jensen Huang, Trump enchaine:
Il fait ensuite dévoiler une statue d'aigle de 90 centimètres, un cadeau spécial pour son hôte venu de loin.
On s'attendait à ce que Trump orchestre un spectacle grandiose pour ce qui est peut-être le sommet le plus important de l'année. L'ampleur de la mise en scène a cependant surpris jusqu'aux observateurs chinois. Wang Zhian, ancien journaliste de la télévision d'Etat CCTV, aujourd'hui exilé au Japon, a ainsi commenté:
Peu d'avancées concrètes
A cette grande mise en scène s'oppose toutefois un bilan politique plutôt maigre. «Jusqu'à présent, le sommet ne répond même pas aux attentes, qui sont pourtant déjà faibles», écrit Scott Kennedy, du Center for Strategic and International Studies de Washington.
Il y a tout de même un résultat concret: les Etats-Unis et la Chine prolongent de deux mois l'accord conclu il y a un an à Busan, en Corée du Sud. Donald Trump renonce ainsi, pour l'instant, à de nouveaux droits de douane, tandis que Xi Jinping continue de garantir aux entreprises américaines l'accès aux terres rares chinoises. Une prolongation nettement plus longue était toutefois attendue. L'accord ne court désormais que jusqu'en janvier.
Sur pratiquement tous les autres points de friction, comme le soutien de la Chine à l'Iran et à la Russie, aucune avancée n'est perceptible. Sur le dossier de l'intelligence artificielle, Washington et Pékin ont tout de même annoncé des échanges réguliers.
L'épineuse question taïwanaise
Sur la question taiwanaise, une préoccupation centrale pour Pékin, Xi Jinping a en revanche accentué la pression rhétorique. Les Etats-Unis devraient maintenir une «bonne position» et rejeter toute indépendance de Taiwan, a-t-il exigé. On ignore si Trump a fait des concessions de son côté, par exemple en retardant encore la livraison du paquet d'armement de 14 milliards de dollars destiné à Taiwan.
Au regard des nombreux différends entre les deux grandes puissances, le bilan apparait donc tiède. Julian Gewirtz, ancien conseiller pour la Chine sous Joe Biden, estime auprès de la chaîne CNBC:
Pékin se prêterait volontiers au jeu, car cela aiderait la direction chinoise à gagner du temps.
Attaque contre des opposants
Trump a d'ailleurs pris ostensiblement beaucoup de temps pour montrer à son hôte la nouvelle aire d'atterrissage pour hélicoptères devant la Maison-Blanche et lui présenter les portraits présidentiels le long de la colonnade. Il cherchait manifestement à établir un lien personnel avec le chef du parti chinois.
Xi Jinping, de son côté, a exposé dans ses discours sa vision de la compétition systémique décisive de notre époque:
Cette compétition devrait, selon ses dires, rester «saine»: une course où chacun cherche à rattraper l'autre, «et non un combat de lutte où l'un gagne et l'autre perd».
Si l'on ne peut pas nier à Donald Trump un certain sens du spectacle, Xi est apparu raide et maladroit tout au long de cette visite d'Etat. Lors de ses discours prononcés d'une voix monotone, ses yeux sont restés rivés sur le script. Même sa prononciation a donné lieu à un moment comique involontaire: en évoquant l'historique de la «diplomatie du ping-pong» sous les anciens présidents Richard Nixon et Mao Zedong, Xi a dit par erreur, en chinois, «diplomatie de la glace à l'eau».
Un autre événement survenu en marge du cérémonial officiel a également marqué. Lorsque l'épouse de Xi Jinping, Peng Liyuan, est sortie du Smithsonian American Art Museum après une visite, des activistes exilés d'origine chinoise l'ont accueillie par des cris de protestation retentissants: «A bas Xi Jinping!»
Des agents de sécurité coiffés de casquettes kaki et le visage masqué se sont aussitôt précipités pour attaquer au gaz poivre les détracteurs de Pékin, avant que la police présente sur place n'intervienne. Des organisations de défense des droits humains soupçonnent que les agresseurs étaient des agents chinois. (trad. ysc)
Le moment a été filmé 👇
A better video of the moment Peng Liyuan stepped out & Chinese protesters were tackled by suspected Chinese government agents (khaki hats), police quickly intervened. https://t.co/XlygfQp2xQ
— Maya Wang 王松蓮 (@wang_maya) September 24, 2026
