Gadi Eisenkot sera chargé de former le gouvernement israélien
Alors qu'aucune majorité n'était sortie des urnes après les élections législatives israéliennes du 27 octobre, les négociations ardues pour former une majorité ont abouti. Fort du soutien de 67 députés, contre 46 pour Benjamin Netanyahu, le leader de l'opposition Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major et novice en politique, a été invité par le président à former le prochain gouvernement dès dimanche:
Un «gouvernement d'urgence nationale» sera mis en place
Agé de 66 ans, Gadi Eisenkot disposera alors de 28 jours pour tenter de former un gouvernement. «Le moment est venu de former un gouvernement d'urgence nationale. Je ferai tout mon possible pour que nous soyons à la hauteur», a-t-il déclaré. Son parti Yashar a appelé plus tôt les membres du Likoud de Benjamin Netanyahu à rejoindre le gouvernement.
Le chef de l'opposition avait en outre ouvert la porte vendredi à une alliance – qui aurait paru autrefois improbable – avec les partis ultra-orthodoxes et dont les treize voix pourraient être nécessaires pour former une coalition. Il peut aussi se prévaloir de l'appui des deux principaux partis arabes, la Liste unifiée et Raam, qui ont réalisé une percée spectaculaire lors du scrutin et récolté 19 sièges.
Les Arabes d'Israël cristallisent les enjeux
Mais Avigdor Liberman, dont le parti Israël Beitenou est le plus petit membre du bloc d'opposition avec sept sièges, a redit vendredi qu'il refusait «fermement» tout pacte avec les partis arabes, même dans le cadre d'un gouvernement minoritaire que ces derniers soutiendraient indirectement à la Knesset.
Dans une société traumatisée par l'attaque du 7 octobre 2023, accepter la main tendue des Palestiniens d'Israël, comme sont aussi désignés les Arabes israéliens représentant environ 20% de la population, risque en effet de braquer une partie de l'électorat juif.
Benjamin Netanyahu le sait bien et a dénigré à longueur de posts sur les réseaux sociaux les formations arabes, qu'il présente comme des «soutiens aux terroristes» menaçant d'«islamiser Israël». Il a lancé une nouvelle mise en garde samedi soir, affirmant qu'un gouvernement de coalition avec les partis arabes «démantèlera l'Etat d'Israël de l'intérieur».
Netanyahu a perdu ses soutiens
Benjamin Netanyahu, qui a passé plus de 19 ans à la tête du gouvernement, a bâti sa carrière sur une image de «Monsieur Sécurité», profondément écornée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023. Pour tenter de faire oublier cet échec, il avait joué pendant la campagne électorale la carte du «moi ou le chaos», se présentant comme le seul capable de garantir la survie d'Israël.
Il a cependant perdu cette semaine un soutien de taille, celui d'un parti ultra-orthodoxe, le parti Judaïsme unifié de la Torah, qui était son allié depuis trois décennies. Un désaveu qui s'explique par des tensions autour de la délicate question de la conscription des étudiants religieux à laquelle s'opposent farouchement les partis ultra-orthodoxes.
Si Gadi Eisenkot, fils de juifs marocains, arrivait à former un gouvernement, il serait le premier chef de gouvernement séfarade (juifs originaires d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient) de l'histoire d'Israël. (btr/ats)
