Les «choix de société» de Marine Le Pen font peur aux entreprises
Cramponnée à sa réforme des retraites à 60 ans, tout en voulant donner des gages sur le désendettement de l'Etat, Marine Le Pen évolue sur un fil pour asseoir sa crédibilité auprès des décideurs économiques sans renier ses «choix de société».
Devant les entrepreneurs du Mouvement des entreprises de France (Medef) jeudi soir à Roland-Garros pour le premier débat des candidats à la présidentielle, la cheffe de file du Rassemblement national a tenté de maintenir cet équilibre instable entre marqueurs politiques historiques et annonces pro-business.
Les retraites, un sujet épineux pour le RN
Stop à la «folie normative», plan de «rétablissement des finances publiques» avec 125 milliards d'euros (117 milliards de francs) d'économies, «inscription dans la Constitution d'une règle d'or» budgétaire… Autant de mesures annoncées jeudi dans l'antre parisien du tennis, censées séduire un monde de l'entreprise qui a «beaucoup souffert dans les dix dernières années».
La candidate à l'Elysée, favorite dans tous les sondages au premier comme au second tour de l'élection, a même eu droit aux applaudissements de l'auditoire lorsqu'elle a affirmé que «le premier qui doit faire un effort, c'est l'Etat».
Suffisant pour effacer dans l'esprit des patrons le profil de Jordan Bardella, dont le positionnement et les propositions semblent plus appréciés du monde de l'entreprise?
Le président du RN, qui avait marqué les esprits en avril en organisant une rencontre officielle «sans tabou» avec le Medef et ses conseillers, entend en effet peser sur le programme économique de Marine Le Pen à défaut d'avoir été lui-même intronisé candidat officiel. Il promettait mi-juillet dans Le Figaro:
L'approche économique de l'eurodéputé sera d'ailleurs probablement l'un des enjeux de sa rentrée, samedi à la foire agricole de Châlons-en-Champagne (nord-est) puis lors d'un entretien sur BFMTV le soir, alors que le parti s'emploie depuis plusieurs mois à masquer les différences entre ses deux figures, notamment sur l'épineux dossier des retraites.
Sur ce point, Marine Le Pen assume en effet une réforme beaucoup moins enthousiasmante pour les chefs d'entreprise, avec un âge de départ à 62 ans, voire 60 ans pour ceux qui ont travaillé «avant 20 ans» et auront cotisé 40 ans.
Conseiller économique écarté
Elle a néanmoins avancé, en promettant pour ce faire de «supprimer les cotisations retraite et les cotisations chômage» des travailleurs seniors:
Le tout pour un coût chiffré par la candidate à «9 milliards d'euros en année pleine». Elle a ensuite défendu:
Cette promesse coûteuse d'une retraite à 60 ans, qu'elle partage notamment avec Jean-Luc Mélenchon, laisse la porte ouverte aux critiques de ses opposants. Et ceux-ci s'y sont engouffrés. L'ancien premier ministre et candidat du parti présidentiel Renaissance, Gabriel Attal, a ainsi lancé:
Sarah Knafo, du parti Reconquête d'Eric Zemmour, a pour sa part ironisé sur X:
Autre signe d'un certain inconfort au RN sur les questions économiques, l'annonce de la mise à l'écart du conseiller économique de Jordan Bardella, François Durvye, qui ne participera pas à la campagne de Marine Le Pen.
L'ancien bras droit du milliardaire conservateur Pierre-Edouard Stérin avait précisément rejoint le parti à la flamme début avril pour «être un pont» avec les milieux économiques, mais ses relations avec la cheffe des députés RN n'ont jamais semblé très fluides.
Interrogée jeudi par BFMTV, elle a affirmé ne pas regretter ce départ, «parce que je l'ai souhaité». Laconique, François Durvye s'est borné en retour, auprès de l'AFP, à «saluer l'élégance de Marine Le Pen».
