Comment ce parti proche de Poutine menace l'Allemagne
Si l'extrême droite devait prendre le pouvoir en Saxe-Anhalt dans l'ex-Allemagne de l'est, à l'issue d'un scrutin régional dimanche, l'impact sur la politique de sécurité et de défense pourrait être réel, selon des experts, qui pointent la radicalité du parti et sa ligne prorusse.
Quel impact sur la lutte contre les extrémismes?
L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) de Saxe-Anhalt a prévu, en cas de victoire, de réformer en profondeur la branche régionale de l'Office fédéral de protection de la constitution (BfV), le renseignement intérieur, envisageant même sa suppression. Le BfV compte parmi ses attributions la surveillance des extrémismes (droite, gauche, islamisme etc.) et en 2023, il a classé la section locale de l'AfD organisation d’extrême droite, une qualification étendue ensuite à tout le parti au niveau national et que l'AfD conteste en justice.
Le parti accuse le renseignement intérieur d'ingérence politique avec pour objectif de l'affaiblir face aux grands partis traditionnels qui se partagent le pouvoir depuis 1945. Si elle prenait le pouvoir, l'AfD disposerait en Saxe-Anhalt, du fait du fédéralisme allemand, d'une marge de manœuvre considérable pour influer sur le travail de l'agence régionale du BfV, notamment en remplaçant les hauts responsables et en refondant sa structure.
Il pourrait également lui ordonner de se focaliser sur ses rivaux à l'extrême gauche. Le parti anti-immigration pourrait aussi modifier les priorités de la police pour accroître les contrôles visant les populations étrangères.
Quel impact pour la défense face à la Russie?
Le député Konstantin von Notz, vice-président de la commission de contrôle parlementaire des services de renseignement, met en garde depuis des mois contre des fuites présumées d'informations vers Moscou imputées à l'AfD, et cela dans un contexte de sabotages à répétition en Allemagne attribués au Kremlin. Un gouvernement régionale prorusse dans une région de l'ex-Allemagne communiste pourrait démultiplier le problème.
«Des extrémistes de droite entretenant des liens étroits avec les régimes dictatoriaux de ce monde, au premier rang desquels la Russie, pourraient se retrouver à des postes de responsabilité avec un accès à des informations et bases de données hautement sensibles en matière de sécurité», déplore l'élu écologiste.
Wolfgang Merkel, analyste au Centre des sciences sociales de Berlin (WZB), juge improbable que l'AfD partage des informations classifiées avec Moscou, un tel acte qui s'apparenterait à de la «trahison».
La Saxe-Anhalt abrite des bases et des zones d'entraînement de l'armée allemande, et le ministre de la Défense Boris Pistorius a exprimé ses craintes si l'AfD mettait la main sur des informations concernant ces sites au moment où le pays muscle ses défenses pour palier au retrait américain et répondre au danger russe. Il a donc appelé, dans un entretien au Bild, à juguler les accès d'éventuels ministres régionaux de l'AfD.
Pistorius a jugé «indéniable» la «proximité avec Poutine» de certains responsables de l'AfD.
Le gouvernement pourrait-il contrer des projets de l'AfD?
Si un Etat régional refuse de se conformer au droit fédéral, l'article 37 de la Constitution allemande définit les mesures que Berlin peut prendre. Le gouvernement fédéral peut, avec l'accord de la chambre haute, le Bundesrat, qui représente les Länder, intimer à une région de «remplir ses obligations».
Si un Land refusait à plusieurs reprises de se conformer au droit fédéral, Berlin pourrait, en théorie, nommer un commissaire chargé de faire respecter la loi, en reprenant certaines prérogatives et mettant de facto les ministres régionaux sur la touche.
Cependant, Luca Manns de l'université de Cologne prédit plutôt, qu'en cas de conflit sérieux, la Saxe-Anhalt et le gouvernement allemand finissent devant la Cour constitutionnelle, notamment si l'AfD voulait supprimer la branche locale des renseignements intérieurs (BfV).
