International
Politique

Cette lettre de Flavio Bolsonaro agace le Brésil

Flavio Bolsonaro s'autoproclame «leader» du Brésil, et ça ne passe pas.
Image: Imago, montage watson

«Je n'ai pas de cellulite»: le Brésil se moque de Flavio Bolsonaro

Après sa défaite électorale, Flavio Bolsonaro revendique un rôle de leader depuis les Etats-Unis. Une posture qui suscite l'indignation et divise profondément la droite brésilienne.
30.10.2026, 16:5630.10.2026, 16:58
Louis GENOT, Rio de Janeiro, Brésil / AFP

C'est la dernière plaisanterie virale au Brésil. «J'auto-déclare que je n'ai pas de cellulite», clame la popstar Anitta. L'influenceur Felipe Neto se décrit comme le «véritable président élu de Twitter», et une internaute comme la «gagnante du prochain loto».

La cible de ces railleries? Flavio Bolsonaro, qui, dans une lettre, s'est autoproclamé «leader» du pays et a dénoncé une supposée «fraude électorale» depuis les Etats-Unis, où il a fui après sa défaite à la présidentielle.

Une prise de parole qui a du mal à passer

Ces sarcasmes sur les réseaux sociaux illustrent comment la déclaration de l'ex-candidat conservateur a été accueillie au Brésil, dans un mélange d'incrédulité, d'ironie et de désapprobation, et ce, jusque dans son camp.

Fils de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro, le sénateur de 45 ans, visé par une série d'enquêtes judiciaires, est arrivé en Floride mercredi, malgré son interdiction de quitter son pays, après un périple rocambolesque.

Dimanche, il avait essuyé un revers inattendu au second tour face au président sortant de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, qui l'a distancé de plus de 4 millions de voix.

Le président réélu du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva.
Le président réélu du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva.Image: Imago

Dans une lettre «au peuple brésilien et à la communauté internationale», publiée sur le réseau social X quelques heures après son arrivée avec sa famille à Miami, il s'est d'abord présenté comme «le véritable président» du Brésil.

Mais il s'est ravisé quelques minutes plus tard, publiant une nouvelle version dans laquelle il se décrit comme le «leader» de son pays et prétend «diriger l'opposition» depuis son exil américain. De quoi donner une forte impression d'improvisation. Et susciter un torrent de réactions outrées, des médias dénonçant le ton «putschiste» de la lettre aux personnalités politiques de tous bords appelant à respecter le résultat des urnes.

Flavio Bolsonaro, ici en conférence de presse après sa défaite électorale.
Flavio Bolsonaro, ici en conférence de presse après sa défaite électorale.Image: Imago

Un torrent de critiques

Beaucoup ont estimé que le sénateur suivait les pas de son père, condamné à 27 ans de réclusion pour tentative de coup d'Etat contre Lula en 2022. A droite, la plupart des caciques se sont démarqués.

La sortie de Tarcisio de Freitas, tout juste réélu triomphalement gouverneur de l'Etat de Sao Paulo (sud-est), a été particulièrement notée. Il a en effet martelé dans un entretien publié jeudi par le quotidien Estadao:

«Nous sommes des démocrates, le résultat des urnes est souverain. Ce que nous avons vu, c'est une position majoritaire de la population qui doit être respectée.»

Ancien ministre de Bolsonaro père, il n'a pas exclu dans cette interview de se présenter à la prochaine présidentielle en 2030. Apprécié par les milieux d'affaires, il était déjà pressenti pour être candidat cette année, avant que l'ex-président ne finisse par adouber son fils.

Tarcisio de Freitas.
Tarcisio de Freitas.Image: Imago

Rogerio Marinho, coordinateur de la campagne de Flavio Bolsonaro, a lui aussi reconnu qu'il n'y avait «aucune preuve» de fraude. Le président du Tribunal supérieur électoral, Kassio Nunes Marques, s'est même fendu d'une mise au point. Après la publication de la lettre de l'ex-candidat, ce magistrat, nommé à la Cour suprême par Jair Bolsonaro, a réitéré que les Brésiliens avaient «légitimement choisi leurs représentants».

Dans les colonnes du quotidien O Globo, le chroniqueur Merval Pereira a comparé Flavio Bolsonaro à un «Napoléon d'asile psychiatrique». Et le journal Folha de S. Paulo a qualifié sa lettre de «pathétique».

epa12305152 Former Brazilian president Jair Bolsonaro (R) leaves a branch of the DF Star hospital services in Brasilia, Brazil, 16 August 2025. Bolsonaro, who is under house arrest while being tried f ...
L'ex-président Jair Bolsonaro a été condamné à une peine de prison pour tentative de coup d'Etat.Keystone

Une «ligne rouge»

L'autoproclamation du fils Bolsonaro comme leader en exil «n'est pas un faux pas, c'est un geste calculé» pour garder son influence sur le camp conservateur au Brésil, dit Geraldo Monteiro, politologue de l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro.

L'enjeu est de taille: si elle a échoué à la présidentielle, la droite a obtenu une forte majorité aux législatives début octobre. Le Parti libéral, formation de Flavio Bolsonaro, sera le mieux représenté au Parlement à partir de février. Geraldo Monteiro estime toutefois:

«Je ne crois pas qu'il ait les moyens de diriger l'opposition à distance, car les nouveaux élus sont déjà assurés de leurs sièges et ils n'ont plus besoin de lui.»

La lettre de Flavio Bolsonaro a «tracé une ligne rouge» entre ceux qui choisissent la «loyauté extrême» et ceux qui «préfèrent ne pas s'embarquer dans une nouvelle aventure putschiste», insiste l'expert.

Jeudi, Jair Bolsonaro a reçu la visite du président du PL, Valdemar Costa Neto. Abordé par des journalistes à la sortie, ce dernier a affirmé que «personne n'approuvait» la lettre du sénateur et que le parti devait «aller de l'avant».

Valdemar Costa Neto.
Valdemar Costa Neto.Image: Imago
La collision entre deux trains en Espagne
1 / 17
La collision entre deux trains en Espagne
source: sda / ismael herrero
partager sur Facebookpartager sur X
Les débats dégénèrent au parlement arménien
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Ça chauffe au Parlement albanais
Dans le cadre d'une manifestation contre le premier ministre albanais Edi Rama, des responsables politiques de l'opposition ont allumé des pétards et des fumigènes pendant une séance parlementaire. Voici la vidéo.
Le chef de l'opposition avait auparavant qualifié de «criminels» les députés qui soutiennent le premier ministre. Ceux-ci, ainsi que les forces de sécurité albanaises, sont accusés d'avoir réprimé violemment les manifestants lors des manifestations d'étudiants au printemps.
L’article