JD Vance dénonce un «complot» contre Viktor Orban
Il ne reste plus que quelques jours de pouvoir à Viktor Orban en Hongrie – du moins si l’on se fie aux sondages. Tous annoncent une nette victoire de Tisza, mouvement d’opposition mené par Peter Magyar aux élections législatives de ce dimanche.
Mais les sondages ne font pas les élections. Viktor Orban, président du parti d'extrême-droite Fidesz, met tout en œuvre pour renverser la situation à la dernière minute. Il espère un coup de pouce décisif de son allié le plus puissant: les Etats-Unis.
JD Vance dénonce un «complot européen»
JD Vance, vice-président des Etats-Unis, s’est rendu mardi à Budapest pour soutenir Viktor Orban. Sa visite dans l’ancien monastère des Carmélites, aujourd’hui siège du gouvernement, a été soigneusement mise en scène. Le message est limpide: Washington se tient aux côtés du premier ministre hongrois.
Pour JD Vance, catholique pratiquant, Viktor Orban est un «sage dirigeant» et l’un des rares en Europe à défendre encore les valeurs chrétiennes et la civilisation occidentale:
Le vice-président de Donald Trump a toutefois assuré qu’il n’était pas venu donner des consignes aux Hongrois. Il entend plutôt adresser un message aux «bureaucrates de l’UE à Bruxelles». Ceux-ci se seraient «honteusement» immiscés dans la campagne électorale et auraient tenté de saboter l’économie hongroise. JD Vance affirme:
JD Vance n’a fourni aucune preuve. Ses accusations d’ingérence de l’Union européenne (UE) reprennent, toutefois, mot pour mot le récit de campagne de Viktor Orban. Celui-ci tourne largement autour d’un prétendu «complot» entre l’opposition, l’UE et l’Ukraine contre la Hongrie. Les nombreuses affiches suggérant une telle conspiration n’ont en tout cas pas dû échapper au vice-président américain lors de son trajet dans la capitale.
Les thèmes du Fidesz ne convainquent plus
Cette mission de sauvetage peut-elle réussir? Andrea Vigar en doute. Responsable politique au sein de l’institut de recherche indépendant Republikon à Budapest, elle estime notamment que peu d’électeurs du Fidesz savent qui est JD Vance. A la rigueur, ils connaissent son patron, le président des Etats-Unis Donald Trump – mais celui-ci est actuellement accaparé par la guerre contre l’Iran.
Par ailleurs, Peter Magyar mène, selon elle, une campagne habile. Là où Viktor Orban mise sur la «menace extérieure» et des thèmes anxiogènes comme la peur de la guerre, son opposant propose une vision d’avenir. Il promet de récupérer les milliards européens bloqués, de lutter contre la corruption endémique et de rétablir les relations avec les partenaires internationaux.
Magyar n'est pas un «europhile de gauche»
Ces analyses rejoignent les observations faites sur place il y a quelques jours. A Törtel, un petit village situé à environ une heure et demie de Budapest, près de 500 habitantes et habitants se sont rassemblés sur la place centrale. Tous veulent voir de leurs propres yeux ce Peter Magyar dont tout le monde parle. Sodas et gâteaux maison sont répartis sur des tables. Une petite camionnette sert de scène improvisée. Ambiance de fête de village, loin d’une démonstration de force.
A midi pile, Peter Magyar fait son entrée, serrant des mains, au son de musique hongroise et sous les drapeaux nationaux flottants. Très vite, on se rend à l'évidence: il est loin de correspondre au portrait d’«europhile de gauche» que tente de dresser Viktor Orban.
Le président de Tisza promet de bâtir «une Hongrie fonctionnelle et humaine». Lui aussi annonce des baisses d’impôts et une hausse des allocations familiales. Sur les sujets sensibles comme sa position vis-à-vis de l’Ukraine, il reste évasif. Il sait que le président ukrainien Volodymyr Zelensky est à peu près aussi impopulaire en Hongrie que le dirigeant russe Vladimir Poutine.
La rencontre se termine par des selfies avec des habitants manifestement satisfaits. L'un d'entre eux glisse, à propos du président de district du Fidesz:
Drapeaux et torches pour le Fidesz
A 130 kilomètres de là, à Esztergom – ancienne ville royale située sur le Danube, à la frontière slovaque –, Viktor Orban tient quelques heures plus tard son propre meeting. Au pied de l’imposante basilique, il déploie toute sa machine de campagne.
Par milliers, accompagnés de caméras de télévision, des partisans du Fidesz affluent des localités voisines en cortège. Drapeaux hongrois et torches distribuées gratuitement plongent la scène dans une atmosphère de festival patriotique. Un chanteur du groupe de rock hongrois Edda, vêtu d’une veste en cuir jaune, chauffe la foule.
Viktor Orban promet de tenir la Hongrie à l’écart de la «guerre fratricide slave» en Ukraine. Il accuse l’opposition de consommer de la drogue et affirme que seul son gouvernement peut garantir stabilité et paix dans le contexte actuel. En cas d'élection de Peter Magyar, il met en garde:
Un système électoral à double tranchant
C'est ce dimanche que l'on découvrira à qui les Hongrois accordent leur confiance. Malgré des sondages clairs, l’issue reste difficile à prévoir. Le système électoral hongrois est complexe, mais on peut le résumer ainsi: le vainqueur est fortement avantagé. Remporter les circonscriptions clés permet d'obtenir des voix supplémentaires sur les listes.
Ce mécanisme a permis à Viktor Orban, ces dernières années, de gouverner avec une majorité de deux tiers malgré une part de voix inférieure.
Mais si Peter Magyar parvient à décrocher suffisamment de mandats directs, ce système pourrait cette fois jouer en faveur de Tisza – et se retourner contre Viktor Orban. (adapt. tam)
