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«Les taxes douanières de Trump ont servi d’électrochoc pour la Suisse»

Donald Trump a augmenté les droits de douane américains sur les importations suisses : Stefan Legge, expert en commerce international, analyse la situation dans une interview.
Donald Trump a augmenté les droits de douane américains sur les importations suisses : Stefan Legge, expert en commerce international, analyse la situation dans une interview.images: keystone, dr, montage: watson

Les taxes douanières de Trump? «Un électrochoc pour la Suisse»

Donald Trump a une nouvelle fois brandi la menace des droits de douane. Un chercheur en commerce de l’université de Saint-Gall explique dans une interview ce que ce nouveau taux signifie pour la Suisse.
24.07.2026, 18:4724.07.2026, 18:47
Yann Lengacher
Yann Lengacher

Monsieur Legge, les droits de douane américains sur les importations en provenance de Suisse passent de 10 à 12,5%, avec toutefois des exceptions pour certains produits. Est-ce une mauvaise nouvelle, car le taux des droits de douane augmente, ou une bonne nouvelle, car cette hausse est modérée?
Stefan Legge: Un peu des deux. Au moins, le taux des droits de douane reste à peu près le même pour les entreprises suisses. La meilleure nouvelle est sans doute que cette hausse n’était pas une surprise. Elle correspond aux annonces faites par le représentant américain au commerce, Jamieson Greer. Les entreprises ont besoin de règles stables pour pouvoir planifier leurs activités à long terme. Mais bien sûr, les droits de douane sont tout de même plus élevés qu’auparavant, ce qui ne peut pas plaire à beaucoup d’entreprises.

Contrairement à la Suisse, l'UE est autorisée à conserver son taux de droits de douane de 10%. Les associations professionnelles suisses s'en plaignent, car cela permet aux entreprises voisines d'exporter vers les États-Unis à des conditions plus avantageuses. Quel est l'impact de ce désavantage pour les entreprises suisses?
Cela dépend du secteur d’activité et des concurrents directs de chaque entreprise.

«Pour les horlogers suisses, le fait d’être soumis à des conditions douanières légèrement moins favorables que leurs homologues allemands n’aura que peu d’importance, car leur clientèle est de toute façon disposée à payer plus cher»

Les fabricants de machines et d’instruments de précision devraient être particulièrement touchés. Ils sont confrontés à une forte concurrence de l’UE et dégagent des marges relativement faibles sur leurs produits, ce qui se traduit par des bénéfices par produit plus modestes. S’ils doivent appliquer une majoration de prix en raison de droits de douane supplémentaires, cela peut très rapidement peser sur leurs bénéfices.

Qui est Stefan Legge?
Stefan Legge est maître de conférences en sciences économiques à l'Université de Saint-Gall. Il dirige le département de politique fiscale et commerciale et occupe également le poste de vice-directeur de l'Institute for Law & Economics. Sa thèse a reçu en 2016 le prix de la meilleure thèse en sciences économiques. Stefan Legge mène des recherches sur le commerce international et l'économie politique.
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Comment expliquez-vous que la Suisse soit pénalisée?
Il est difficile d'identifier des raisons précises. La politique douanière de Trump ne suit aucune logique identifiable. Ce sont des sensibilités personnelles et l'humeur du moment qui, en fin de compte, sont déterminantes. Il existe un exemple qui illustre très bien à quel point la politique douanière de Trump est chaotique en comparaison.

Lequel?
Sous Donald Trump, les États-Unis ont réformé leur politique fiscale. Dès son premier mandat, il a pris des mesures pour que les entreprises paient nettement moins d’impôts. Ce sont surtout des experts qui ont mis en œuvre ses directives. Et ils l’ont fait avec habileté: ils ont réduit les impôts de manière agressive mais systématique, au profit des intérêts des grands groupes américains, et Trump les a laissés faire. En matière de droits de douane, en revanche, il s'implique dans les détails et a toujours le dernier mot. Cela se voit d'ailleurs clairement. Ses droits de douane ne reposent sur aucune base juridique solide et ne s'inscrivent pas non plus dans une stratégie cohérente.

Outre la Suisse, l'administration Trump a également sanctionné d'autres pays par des droits de douane. Motif invoqué: ils n'auraient pas pris suffisamment de mesures contre le travail forcé. Que pensez-vous de cet argument?
Ce motif est bien sûr scandaleux et fallacieux. Comme si Trump se souciait réellement du sort des personnes victimes de travail forcé. Il s’agit en réalité de faire passer sa politique douanière, quelles qu’en soient les raisons. Comme c’était déjà le cas il y a un an, il n’a, d’un point de vue juridique, aucune compétence réelle en la matière.

«Les droits de douane et les impôts relèvent en effet de la compétence du Parlement. C’est pourquoi les juristes de Trump cherchent à s’appuyer sur de vieilles lois qui autorisent le président à prendre certaines mesures dans des situations exceptionnelles»

Pensez-vous que des recours vont désormais être déposés et que la Cour suprême annulera ces nouveaux droits de douane, comme elle l’a fait en début d’année avec les droits de douane punitifs de Trump?
Il y aura très certainement des recours. Pour certaines entreprises, ces droits de douane sont très lourds à supporter. Je n’ose pas me prononcer pour l’instant sur leurs chances de succès sur le plan juridique.

Le président de la Confédération Guy Parmelin et la directrice du SECO, Helene Budliger, ont-ils jusqu’à présent adopté la bonne approche dans ce différend douanier?
Je tiens ici à prendre la défense des responsables à Berne, qui travaillent d’arrache-pied pour obtenir de bons résultats pour la Suisse. Leur tâche est extrêmement difficile. D’un côté, ils doivent veiller à ce que la Suisse et ses préoccupations restent dans le champ de vision de Trump, mais de l’autre, ils ne doivent pas le contrarier. On peut certes dialoguer avec de nombreux membres de l’administration Trump, mais en fin de compte, tout dépend de la décision du président. J’ai l’impression qu’ils ont obtenu le maximum possible. Notamment parce qu’il existe une longue liste d’exceptions pour certains secteurs, par exemple pour l’industrie pharmaceutique.

KEYPIX - Switzerland's Federal President Guy Parmelin, left, shakes hands with US Trade Representative Jamieson Greer, right, next to State Secretariat for Economic Affairs (SECO) Helene Budl ...
La directrice du SECO, Helene Budliger Artieda, et le président de la Confédération Guy Parmelin ont sollicité le représentant américain au commerce, Jamieson Greer (à droite), afin d'obtenir une réduction des droits de douane.Image: KEYSTONE

De nouveaux droits de douane supplémentaires se profilent déjà à l'horizon: dans le cadre d'une enquête, les États-Unis reprochent à plusieurs pays de créer délibérément des surcapacités artificielles. Vous attendez-vous à une nouvelle hausse?
Il est envisageable qu'une nouvelle majoration soit appliquée. Bien que ces droits de douane lui valent des défaites devant les tribunaux et alimentent l'inflation, Trump ne lâche tout simplement pas ce sujet. Étonnamment, il rencontre ainsi un large soutien au sein de son électorat. Les droits de douane américains continueront de préoccuper la Suisse, indépendamment de cette enquête. Trump a en effet annoncé qu’il souhaitait imposer un droit de douane de 100% sur les médicaments génériques à partir de 2028. Et les fondements juridiques présumés pour de nouveaux droits de douane ne manquent pas. La fin prochaine de son mandat présidentiel pourrait également jouer un rôle.

Comment?
Les élections de mi-mandat risquent d'être perdues pour lui. Cela signifie que le pouvoir de Trump est appelé à s'amenuiser. S'il y a bien une chose qu'il n'apprécie pas, c'est que son pouvoir et sa réputation s'amenuisent. Dans une telle situation, Trump se déchaîne et recourt à son arme de prédilection: les droits de douane. L’année dernière encore, on a pu constater qu’il utilisait ces droits de douane pour se présenter comme un homme puissant. Lorsqu’il a imposé des taux élevés à de nombreux pays, des présidents du monde entier ont dû se rendre auprès de lui pour lui demander une réduction de ces droits. Je suis convaincu que Donald Trump a trouvé cela formidable.

Swissmem, l'association de l'industrie technique suisse, espère conclure un accord commercial avec les États-Unis. Pour l'instant, les États-Unis se sont contentés de s'engager de manière non contraignante à ne pas fixer les droits de douane à plus de 15%. Mais un accord commercial offre-t-il réellement une protection contre l'arbitraire de Trump?
Non, c'est une illusion. Les États-Unis ont en effet un accord commercial avec le Mexique et le Canada. Trump l'avait d'ailleurs négocié lui-même lors de son premier mandat. Regardez ce qui s’est passé cette semaine: Trump a annoncé de nouveaux droits de douane de 50% pour le Canada. L’accord de libre-échange avec les États-Unis n’a pas non plus apporté grand-chose aux Sud-Coréens. Au cours du premier mandat de Trump, j’en ai discuté avec Edward McMullen, alors ambassadeur des États-Unis en Suisse. Il était favorable à un tel accord, mais celui-ci n’aurait eu aucune chance à Washington.

« À Washington, un accord de libre-échange entre la Suisse et les États-Unis n'aurait aucune chance d'aboutir»

La Suisse s'est présentée comme une élève modèle face à Trump: des entreprises suisses ont annoncé d'importants investissements aux États-Unis. Dans ce contexte, la Suisse s'est engagée, dans une déclaration d'intention, à adopter certaines normes américaines dans les domaines de la médecine et des véhicules particuliers. Cette stratégie a-t-elle porté ses fruits?
Dans l'ensemble, cette démarche n'a exigé que relativement peu de concessions de la part des Suisses et de leurs entreprises. De nombreuses sociétés avaient déjà prévu de s'implanter aux États-Unis et mettent désormais simplement davantage en avant ces investissements. De plus, la déclaration d'intention n'a pour l'instant encore aucune conséquence concrète. Berne tente ainsi d'entretenir ses relations avec les États-Unis dans des conditions difficiles. Et cela fonctionne globalement plutôt bien.

Ignazio Cassis, chef du DFAE, a déclaré il n’y a pas si longtemps que «se débrouiller tant bien que mal» était une compétence clé de la Suisse. Face à la politique douanière imprévisible de Trump, la Suisse doit-elle simplement se débrouiller tant bien que mal pendant son second mandat?
Il ne faut pas se contenter de se débrouiller tant bien que mal. Il faut une stratégie. Le Conseil fédéral doit réfléchir aux priorités politiques à adopter vis-à-vis des États-Unis. Pour être honnête, il faut reconnaître qu’il est difficile d’élaborer une stratégie claire face aux agissements imprévisibles de Trump. Si la politique douanière de Trump a eu un aspect positif, c’est peut-être d’avoir servi de signal d’alarme pour la Suisse. Nous devons apprendre à gérer les imprévus, d’autant plus que la situation géopolitique pourrait encore s’aggraver dans les années à venir.

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