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La guerre de Vladimir Poutine tourne au désastre pour la Russie.
La guerre de Vladimir Poutine tourne au désastre pour la Russie.image: imago-images

Poutine perd le contrôle, voici ses 2 grandes erreurs

En Ukraine, beaucoup de choses ne vont pas comme le maître de la Russie l'avait espéré. La première vague d'attaques a été une catastrophe avec de lourdes pertes. Le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov, est désormais lui aussi en colère. Y a-t-il des premières fissures dans le système de Poutine ?
09.04.2022, 08:0611.04.2022, 14:43
Patrick Diekmann / t-online
Un article de
t-online

Poutine l’avait imaginé autrement, mais il a bel et bien entraîné l’armée russe dans une guerre sanglante et traumatisante. Les soldats réduisent en ruines des villes ukrainiennes entières, des milliers de civils meurent, des millions d'autres sont en fuite. Sur le plan militaire, les pertes sont lourdes des deux côtés. En parallèle, l'invasion érode l'économie russe et isole le pays du reste du monde.

On ne sait pas exactement ce que le président russe veut faire en Ukraine. L'occupation de tout le pays semble difficilement réalisable pour la Russie. Et même si Poutine se contentait de gains territoriaux plus modestes, aucun scénario ne semble actuellement envisageable pour que les troupes russes «pacifient» le territoire ukrainien sans éliminer ou déplacer la population civile. La Russie se retrouve dans une guerre qu'elle n'avait pas vraiment imaginée, mais dont il n'y a pas vraiment d'issue.

Poutine sent, petit à petit, qu’il perd le contrôle militaire sur le territoire ukrainien. En Russie, le Kremlin agit avec une extrême dureté contre toute critique. Les médias de propagande russe diffusent une désinformation haineuse. Mais ces méthodes montrent, avant tout, une chose: Poutine a peur de sa propre population face à la catastrophe dans laquelle il a conduit son pays.

Un discours surprenant au sommet de l'Etat russe

Y a-t-il de premières fissures au sommet du pouvoir? Le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov, a fait sensation jeudi. Ce proche de Poutine a accordé une interview à la chaîne de télévision britannique Sky News, un fait qui mérite d'être souligné en ces temps de guerre. Il a lancé:

«Nous avons subi des pertes importantes, c'est une énorme tragédie pour nous»

Ces propos étaient totalement inattendus, car le Kremlin a toujours présenté la guerre en Ukraine comme une «opération spéciale» et a chiffré ses propres pertes comme relativement faibles. La dernière fois, la Russie avait parlé de 1351 soldats tués. L'Ukraine estime que les pertes sont plus de dix fois supérieures.

Dans tous les cas, le nombre de pertes russes ne peut pas être chiffré avec précision pour le moment, mais grâce à Peskov, il est désormais clair qu'elles sont élevées. Pendant l’interview, le porte-parole de Poutine est allé encore plus loin. Il a déclaré que la Russie ne qualifiait pas l’éventuel élargissement de l'Otan à la Finlande et à la Suède comme une «menace existentielle» pour la Russie.

Si cela devait se produire, la Russie pourrait renforcer son flanc ouest pour assurer un équilibre. Mais ces propos ont fortement affaibli la crédibilité du discours russe qui avait utilisé la menace de l'Otan comme prétexte pour la guerre en Ukraine.

Le porte-parole du Kremlin a certes également à nouveau annoncé que la «dénazification de l’Ukraine était nécessaire». Mais de manière générale, cette interview a fait de gros dégâts pour la propagande russe.

«Un complot!» Comment la TV russe parle du massacre de Boutcha

Vidéo: watson

Les nationalistes russes sont en colère

Après cette interview, les nationalistes russes ont commencé à se déchaîner contre Peskov. Le porte-parole de Poutine est accusé de «saper le moral de sa propre armée avec de telles déclarations». Il serait un «traître», proche de l'opposant au Kremlin Alexej Navalny et peut-être «victime d'un chantage de l'Occident» parce que sa fille vit à l'étranger, peut-on lire dans les groupes Telegram prorusses. Les personnes qui sont pour la guerre de Poutine en Ukraine exigent désormais son licenciement.

Plus tôt dans la semaine, Peskov avait déjà provoqué la colère des nationalistes et des médias russes en qualifiant de «grand patriote» le présentateur de télévision Ivan Urgant, qui a fui la Russie après avoir soutenu des propos anti-guerre avant de revenir quelque temps après. «Les personnes qui fuient la Russie par peur ne devraient pas être qualifiées de traîtres», a déclaré le porte-parole du Kremlin.

Même le premier ministre et maître de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, a réagi cyniquement:

«Je ne le savais pas, mais on dirait que pour devenir un patriote de son pays, il faut critiquer ses actions politiques, fuir à l'étranger et être bruyant et pathétique pour faire remarquer ses opinions. Et ensuite, quand la confrontation s'est refroidie, on revient comme si rien ne s'était passé».
Le premier ministre de Tchétchéni,: Ramzan Kadyrov
Le premier ministre de Tchétchéni,: Ramzan Kadyrovimage: keystone

Désaccord au sommet du pouvoir?

La question qui se pose maintenant est de savoir pourquoi le porte-parole du Kemlin a fait de telles déclarations. A-t-il dit la vérité par inadvertance ou le confident de Poutine se dresse-t-il contre son président? Il pourrait également s'agir d'une tactique: la Russie tente peut-être de détourner l'attention des médias occidentaux des massacres que l'armée russe aurait perpétrés à Boutcha. En outre, il serait certainement dans l'intérêt des dirigeants russes que leur propre élite éduquée ne fuie pas le pays et que des incitations soient mises en place pour un éventuel retour.

Mais même si Peskov suit une certaine tactique, l'effet est plutôt négatif sur la propagande de guerre russe. Le porte-parole du Kremlin a donné une image de désunion au sein de la direction politique russe et Poutine semble ne plus contrôler ses affaires. Certes, il n'y a pas encore de signe de révolte contre Poutine à Moscou, mais si certains membres de l’élite russe se disputent publiquement dans la situation actuelle, cela peut être lu comme l'expression la plus probable de la faiblesse du Kremlin.

A présent, tout dépend de la réaction de Poutine à l'interview de Peskov. Ces dernières semaines, le président a souvent paru en colère et frustré. Il a notamment limogé et assigné à résidence des généraux des services secrets et de la garde nationale.

Mais pourquoi Poutine semble-t-il perdre le contrôle? En réalité, nous ne pouvons pas savoir exactement comment la Russie a planifié cette invasion. Seules deux erreurs d'appréciation lourdes de conséquences peuvent être clairement identifiées à travers les développements militaires.

Poutine a sous-estimé la résistance ukrainienne

Tout porte à croire que l'invasion de l'Ukraine n'était pas du tout prévue comme une guerre par les généraux russes. Après tout, la Russie partait d'une expérience positive. En effet, elle avait été accueillie avec des fleurs en Crimée et dans le Donbass, en 2014, et avait même été fêtée par une partie de la population. En plus, les forces russes ont fait face à une armée ukrainienne dans un état de désolation il y a sept ans.

Les soldats soviétiques en 1968: il existe de très nombreux parallèles entre «l'opération Z» en Ukraine et «l'opération Danube» des soviétiques de 1968 en Tchécoslovaquie.
Les soldats soviétiques en 1968: il existe de très nombreux parallèles entre «l'opération Z» en Ukraine et «l'opération Danube» des soviétiques de 1968 en Tchécoslovaquie.image: imago-images

Cela a probablement incité les dirigeants russes à concevoir une opération qui, en Union soviétique, avait été conçue pour pacifier des Etats satellites. En effet, il existe de nombreux parallèles entre «l'opération Z» en Ukraine et «l'opération Danube» des Soviétiques de 1968 en Tchécoslovaquie. Cette planification n’est pas prévue à partir d'une «guerre éclair», mais plutôt à partir de l'avancée d'une force massive venant de toutes les directions vers la capitale. Le but est de renverser le pouvoir pour changer son orientation politique.

Les Soviétiques ont mis fin au Printemps de Prague, en 1968, avec près de 500 000 hommes. L'opération était effectivement mieux planifiée que la guerre de Poutine en Ukraine. Mais les deux opérations présentent des caractéristiques similaires:

  • Moscou n'était pas satisfaite de la direction politique d'un autre pays dans sa sphère d'influence.
  • L'attaque a été camouflée par certaines manœuvres. Elle devait se produire par surprise et avec un recours minimal à la force.
  • Les deux opérations ont commencé par des attaques d'aéroports et des opérations dans les airs.
  • En 1968 également, les Soviétiques ont peint leurs véhicules avec de grandes lettres ou des traits, car ils avaient le même matériel que leur adversaire.
  • Lors des deux opérations, les soldats soviétiques/russes ne savaient pas dans quel pays ils devaient se rendre.

Il est très probable que Poutine s'attendait à ce que l'Ukraine se rende rapidement. Il a sous-estimé la volonté de résistance et n'a pas non plus pris au sérieux l'équipement militaire que les pays occidentaux ont fourni à l'Ukraine. Finalement, une armée russe bien trop petite a dû mener une guerre dans différents endroits en Ukraine.

Les conséquences de ces erreurs de jugement ont de lourdes conséquences pour la Russie:

  • Aucune grande ville ukrainienne n'a abdiqué.
  • La garde nationale russe a perdu des groupes de combat entiers parce qu'ils sont entrés en Ukraine dès le début de la guerre avec des véhicules faiblement blindés.
  • Les systèmes modernes de défense antichars ukrainiens ont éliminé les chars et les véhicules blindés russes.
  • L'armée russe a d'abord envahi l'Ukraine avec du matériel plus ancien et sans artillerie.
  • Il n'y avait pratiquement pas de reconnaissance russe par drone.
  • Les formations russes n'étaient pas préparées à la guerre. Elles n'avaient pas assez de carburant, de munitions et de ravitaillement.

Cette vision très éloignée de la réalité de l'Ukraine est l'erreur fondamentale qui explique la situation militaire dans laquelle se trouve actuellement la Russie.

Poutine a surestimé les capacités de son armée

Le président russe s’est apparemment vu promettre une victoire rapide et sans effusion de sang. Certes, les sanctions économiques de l'Occident étaient probablement intégrées dans le prix. Toutefois, la sévérité et les conséquences à long terme des sanctions contre la Russie n'auraient pas été aussi importantes si les soldats de Poutine avaient été accueillis en Ukraine sans grande résistance.

Destructions à Boutcha.
Destructions à Boutcha.image: keystone

Aujourd'hui, l'armée russe se retrouve dans une guerre qu'elle doit d'abord gagner. La Russie est certes la troisième puissance militaire du monde, mais de nombreux soldats sont engagés dans d'autres pays ou pour assurer la propre sécurité du pays.

Les soldats russes sont en Syrie, des mercenaires de Poutine combattent en Libye et dans d'autres parties de l'Afrique et l'armée russe conseille l'Arménie dans le conflit du Haut-Karabakh et doit encore accomplir diverses tâches dans le Caucase.

Moscou commence à manquer de ressources et les experts militaires se demandent pourquoi l'armée russe utilise davantage de bombes obsolètes que d'armes plus précises et modernes en Ukraine.

L'armée russe a certes été modernisée par Poutine, mais les dépenses dans le département russe de la défense, qui s’élevait à 61,7 milliards de dollars en 2020, sont loin d’être suffisantes pour une telle invasion. L'armée russe dispose d'un grand nombre de chars modernisés, hérités de l'Union soviétique, mais qui ne font pas le poids face à la défense antichar moderne de l'Ukraine. Les drones de combat russes sont également en retard par rapport au «Bayraktar TB2» turc utilisé par l'Ukraine.

Et maintenant, qu'est-ce qui attend Poutine?

Il semble que la Russie se soit fourvoyée militairement dans la guerre d'Ukraine. Mais cela ne veut pas dire pour autant que Poutine va perdre la guerre. L'armée russe dispose de plus de ressources, plus de réserves de soldats, d'armes et de matériel militaire que son voisin. Enfin, Poutine pourrait encore décréter la mobilisation générale en Russie, mais il faudrait alors aussi parler de guerre du côté du Kremlin. Rappelons que le pouvoir par d'«opération spéciale» et que le mot guerre est interdit.

Le président russe ne se retirera pas d'Ukraine sans quelque chose qu'il puisse vendre à son opinion comme un succès partiel. Après tout, il a perdu de nombreux soldats, la guerre coûte cher, les sanctions contre la Russie sont sévères et jusqu'à présent, Moscou n'a rien gagné. Au contraire, les soldats russes ont même dû se retirer du nord du pays parce qu'ils ont subi des pertes trop élevées. Le retrait russe de Kiev a davantage ressemblé à une fuite qu'à un redéploiement stratégique.

En fin de compte, la question qui se pose maintenant est de savoir si Poutine veut contraindre l'Ukraine à une longue guerre d'usure ou s'il se contentera finalement du Donbass et des ponts terrestres, au sud du pays, vers la Crimée. A savoir que ces objectifs seront quand même difficiles à atteindre sans un apport massif de forces en provenance de Russie.

Le Kremlin ne semble pas avoir de plan B. Depuis que Poutine a sous-estimé les forces ukrainiennes, tout semble plutôt improvisé. Malgré tout, Poutine a laissé sa propagande répandre tant de haine et de mensonges qu'il n'y a plus aucun moyen pour lui de sauver la face en se retirant militairement.

S'il veut rester au pouvoir, il doit désormais au moins pouvoir occuper l'est de l'Ukraine et espérer que la domination russe y sera partiellement acceptée par la population. Le président se trouve au milieu d’un dilemme, car quoi qu’il fasse, il ne peut plus sauver la face de sa guerre ni la crédibilité de sa propagande sans dommage pour lui. Poutine est pris entre deux feux.

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