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Des soldats ukrainiens à Boutcha: selon la propagande russe, ce sont des «nazis».
Des soldats ukrainiens à Boutcha: selon la propagande russe, ce sont des «nazis».bild: Keystone

Comment va se finir la guerre? La propagande russe préfigure le pire

Un article de l'agence de presse russe Ria Novosti a spéculé sur le destin de l'Ukraine en cas de victoire de la Russie et il s'avère proprement terrifiant. Parmi ses nombreux projets: la suppression de l'Ukraine, sa dénazification et la liquidation de ses élites.
06.04.2022, 11:4007.04.2022, 11:18
Corsin Manser
Corsin Manser
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83% des Russes soutiennent leur président. C'est ce qui ressort des chiffres de l'institut de sondage russe Lewada, lequel fournit généralement des données fiables. Il en ressort que le soutien à Vladimir Poutine a nettement augmenté au cours des dernières semaines. En janvier de cette année encore, «seuls» 69% soutenaient leur président.

Le fort soutien à Poutine doit, toutefois, être considéré avec prudence. Une partie des personnes interrogées pourrait avoir renoncé à exprimer un avis négatif à l'égard du président par crainte du gouvernement et d'éventuelles sanctions. Le sondage a néanmoins montré que de nombreux Russes se rassemblent autour de leur dirigeant, déclare le directeur de Lewada, Denis Volkov, interrogé par le New York Times.

Le taux d'approbation élevé est notamment lié à l'exode des Russes de l'opposition, écrit le média américain. Des centaines de milliers de personnes auraient déjà quitté le pays depuis le début de la guerre. Dans le même temps, le département de la propagande travaille à plein régime.

Vladimir Poutine jouit actuellement d'une grande popularité en Russie.
Vladimir Poutine jouit actuellement d'une grande popularité en Russie.Bild: keystone

Ceux qui sont restés en Russie n'ont pratiquement plus accès aux informations indépendantes. Les médias qui, avant la guerre, publiaient encore des informations critiques sur le Kremlin, ont entre-temps cessé leurs activités. Le régime de Poutine a réduit ses opposants au silence. Il ne subsiste plus que les médias contrôlés par l'Etat et le ton y est de plus en plus dur en ce qui concerne l'Ukraine.

Un article (ici en version originale et ici en traduction anglaise), publié dimanche, par l'agence de presse Ria Novosti, contrôlée par le Kremlin, a notamment fait sensation. Son titre: Que doit-il arriver à l'Ukraine?

Les extraits suivants révèlent ce que l'auteur, Timofey Sergeytsev, envisage pour l'avenir du pays.

Un sinistre projet

Selon l'article de propagande, si les forces armées ukrainiennes méritent la mort, elles ne sont pas les seules à mériter d'être punies. «Il est fort probable» qu'une «majorité» de la population soit devenue un soutien «passif» des nazis:

«Les nazis qui ont pris les armes doivent être tués en aussi grand nombre que possible... Ce ne sont pas seulement les élites. La plupart des gens sont coupables, ce sont des nazis passifs, des facilitateurs de nazisme. Ils ont soutenu ces élites et doivent être punis.»

La culture ukrainienne doit ainsi être largement effacée. La population doit être rééduquée, peut-on lire dans l'article:

«La poursuite de la dénazification de la masse de la population doit être obtenue par la répression idéologique des idées nationales-socialistes et par une censure sévère: non seulement dans le domaine politique, mais aussi dans les domaines de la culture et de l'éducation.»

Il ne doit pas y avoir de compromis. Selon l'article, l'Ukraine doit être placée sous le contrôle de la Russie, l'Occident étant à l'origine-même du «nazisme»:

«C'est pourquoi une dénazification ne peut pas être réalisée dans le cadre d'un compromis, sur la base d'une formule telle que "Otan – non, UE – oui". L'Occident lui-même est le créateur, la source et le promoteur du nazisme ukrainien.»

L'Ukraine se voit ainsi refuser tout droit d'exister:

«L'histoire l'a prouvé: l'Ukraine ne doit pas exister en tant qu'Etat-nation. Toute tentative de création d'un Etat conduit au nazisme. L'ukrainisme est une construction artificielle antirusse... La dénazification de l'Ukraine doit être la déseuropéanisation de l'Ukraine.»

L'élite et ses soutiens doivent être détruits :

«Les élites de Bandera ne peuvent pas être rééduquées, elles doivent être liquidées. Le "marécage" social qui les a soutenus doit vivre la terreur de la guerre, apprendre la leçon et payer pour sa faute.»

Le processus de dénazification doit se faire sous le contrôle de la Russie et durer au moins une génération, poursuit le texte. En effet, il a également fallu 30 ans pour que la génération actuelle soit «nazifiée».

Le président Zelensky n'a pas manqué de réagir

Volodymyr Zelensky a également pris connaissance de l'article de Ria Novosti. Lundi, lors d'une vidéoconférence avec le Parlement roumain, il a déclaré que ce texte constitue l'une des preuves du futur tribunal contre les criminels de guerre russes.

Volodymyr Zelensky: «Ils ne le cachent même pas. Ils parlent ouvertement du but de l'invasion du territoire de l'Ukraine».
Volodymyr Zelensky: «Ils ne le cachent même pas. Ils parlent ouvertement du but de l'invasion du territoire de l'Ukraine».Bild: keystone

Selon Zelensky:

«L'article décrit une procédure claire et réfléchie pour détruire tout ce qui fait des Ukrainiens des Ukrainiens. Il est dit que même le nom de notre Etat doit être effacé. En fait, il est dit que la mort de la majorité de notre peuple dans la guerre est la bienvenue».

Le président ukrainien a poursuivi: «Je veux que vous me compreniez: ils ne le cachent même pas. Ils parlent ouvertement du but de l'invasion du territoire de l'Ukraine. Si notre armée n'avait pas survécu, si notre peuple ne s'était pas soulevé pour défendre l'Etat, ils auraient fait ce qu'ils ont fait à Boutcha, mais sur tout le territoire de l'Ukraine».

Medvedev en rajoute une couche

A l'instar de l'article de Ria Novosti, Vladimir Poutine a justifié l'invasion de l'Ukraine par sa nécessaire «dénazification». Le président russe a qualifié le gouvernement de Kiev de «régime nazi» – et ce, bien que Zelensky soit juif et que trois frères de son grand-père aient été assassinés pendant l'Holocauste.

Ce texte s'inscrit dans la droite ligne de la propagande du Kremlin. Poutine lui-même n'a, toutefois, jamais été aussi concret quant aux mesures à prendre pour la «dénazification». L'article de Ria Novosti ne doit, cependant, pas être considéré isolément. Il se positionne tout à fait dans la ligne du gouvernement. C'est ce que montrent les déclarations de Dimitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité de Russie.

L'effondrement de l'Ukraine pourrait ouvrir la voie à «une Eurasie ouverte de Lisbonne à Vladivostok», déclare Dimitri Medvedev.
L'effondrement de l'Ukraine pourrait ouvrir la voie à «une Eurasie ouverte de Lisbonne à Vladivostok», déclare Dimitri Medvedev.Bild: keystone

Poutine a fixé comme objectif la «démilitarisation et la dénazification» de l'Ukraine, a écrit l'ancien chef d'Etat mardi sur son canal Telegram. Plus sévèrement encore que Poutine, Medvedev a assimilé l'Ukraine au Troisième Reich.

Il ne serait pas étonnant que l'Ukraine subisse le même sort que le Troisième Reich, a déclaré Medvedev. La voie à suivre pour l'Ukraine serait «l'effondrement». Mais l'effondrement pourrait ouvrir la voie à «une Eurasie ouverte de Lisbonne à Vladivostok».

Selon Medvedev, la «démilitarisation et la dénazification» devraient durer un certain temps. Il a préparé les Russes à des combats plus longs: «Ces tâches difficiles ne peuvent pas être accomplies à la va-vite».

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«Pour Poutine, le temps presse»: la Russie a deux problèmes
L'offensive de Poutine dans le Donbass ne se déroule pas comme prévu. Moscou se bat sur trois fronts et a été surprise par une contre-attaque ukrainienne près de Kharkiv.

L'invasion russe de l'Ukraine, même dans sa deuxième phase, ne se déroule pas comme l'homme du Kremlin l'avait prévu: après l'échec de la prise de Kiev, en mars, les troupes russes se concentrent depuis avril sur la conquête du Donbass.

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