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Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.
Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.image: shutterstock
Présidentielle 2022

Cinq scénarios qui font redouter l'après-élection en France

Le premier tour de la présidentielle, dimanche, est empreint d'une radicalité inédite. Face à ses principaux adversaires, Emmanuel Macron est le parfait bouc émissaire, le souffre-douleur idéal. Quoiqu'il arrive, il n'y aura pas de «bon gagnant».
07.04.2022, 18:3409.04.2022, 23:05

Jamais rendez-vous présidentiel n’avait été si triste. Non que les précédentes éditions aient été des moments de pur bonheur, mais au moins l’élection suprême des Français était-elle ce moment où la légitimité démocratique rechargeait ses batteries. Aujourd'hui, les batteries sont à plat. La légitimité attachée à la fonction de chef de l’Etat risque d’en souffrir. C’est une France déchirée, hargneuse, pleine de ressentiment ou ayant peur pour la suite, qui se rend aux urnes dimanche pour le premier tour du scrutin majeur de la vie politique française.

Chacun va voter pour son candidat ou sa candidate, mais animé d'une détestation pour un autre ou pour une autre. A ce point-là, encore une fois, c’est du jamais vu. Un taux d’abstention approchant ou dépassant les 30% serait de mauvais augure pour un scrutin censé revivifier tout l’appareil institutionnel.

Aucun scénario de victoire n’est exempt de conséquences fâcheuses pour la démocratie.

Macron, le souffre-douleur

Emmanuel Macron devait l’emporter facilement. Or le voilà talonné par Marine Le Pen. Les courbes pourraient se croiser dans les prochaines heures, alertent les sondages. Et si Marine Le Pen, la fille de Jean-Marie, cofondateur du Front national, devenu Rassemblement national, gagnait la présidentielle? L’inimaginable se produirait alors.

Revenons à Macron. Son grand ennemi, s’il passe le cap du premier tour, ce qui paraît probable, c’est le niveau abstention au second. Son adversaire, surtout s’il s’agit de Marine Le Pen, pourrait le mettre en danger, lui dont la surface électorale s’est réduite ces dernières semaines, entre autres à cause du «scandale» McKinsey, du nom de ce consultant payé royalement par l’Elysée pour des tâches que l’administration d’Etat, souvent jugée pléthorique, serait en principe toute désignée à remplir.

La bourgeoisie, les privilèges, la belle vie...

La victoire d'Emmanuel Macron rassurerait ses soutiens plus qu’elle ne les ravirait. Quant aux autres, rien que des ennemis. La plupart le vomissent (le champ lexical autour du vomissement, en vogue en France, est l’indice d’un pays plein d’aigreur). Il incarne tout ce que, justement, ils détestent: la bourgeoisie, les privilèges, la belle vie. Ils le trouvent coupé des réalités, déconnecté du peuple. Avec son habitude de toujours la ramener tel le premier de la classe, il est devenu le bouc émissaire de leurs problèmes, leur souffre-douleur. Sa réélection, loin de les calmer, les énerverait sûrement davantage. Ses propositions programmatiques sur le relèvement de l’âge de la retraite et le conditionnement du RSA à l’occupation d’un emploi d’utilité publique mal-payé, achèvent de le peindre en suceur du sang prolétarien.

Le Pen, la candidate du peuple

Il n’y a pas si longtemps encore, la perspective de la victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle était associée au déclenchement d’une guerre civile, tant il était inconcevable que l’extrême droite, porteuse de la tâche indélébile de la collaboration avec l’occupant nazi, arrive au pouvoir. Aujourd’hui, on n’entend plus cela. Peut-être parce que la notion d’extrême droite a perdu de sa force.

Pouvoir d'achat et souveraineté

Plus que Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen incarne la défense du peuple, et ses propositions discriminatoires envers les étrangers sont perçues sinon comme bonnes par ses supporters, du moins ne lui portent pas préjudices, elle qui passe pour la candidate du pouvoir d’achat.

Même les rangs macroniens la reprennent moins sur ses «idées racistes» que sur sa vision souverainiste, nationaliste, populiste, dont ils craignent qu’elle ne détruise les liens avec l’Europe, avec les Etats-Unis, avec l’Otan. Son partenariat pas si ancien avec la Russie de Poutine – le Rassemblement national avait contracté un emprunt auprès d’une banque russe pour financer sa campagne de 2017 – la rend dangereuse à leurs yeux. En principe, pas une voix des partisans de Macron ne se portera sur elle. Ce n’est pas vrai des électeurs du candidat de gauche, Jean-Luc Mélenchon: 31% d’entre eux pourraient voter Le Pen au second tour.

Mélenchon, l'ami du peuple

Annoncé troisième au premier tour, le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, peut-être plus encore que Marine Le Pen, est honni des électeurs macroniens – la réciproque est vraie. La France social-libérale, celle dite des «centres-villes», cœur de l’électorat macronien, ne peut pas le voir en peinture Mélenchon. Pour elle, il est un dictateur en puissance, un fossoyeur de la Ve République (il prône l’instauration d’une Ve République), un démagogue pactisant avec les «islamistes», un «antisémite», un homme qui, il y a quelques semaines encore, vantait l’action de Poutine en Russie comme en Syrie, trouvait légitimes les vues de ce dernier sur l’Ukraine.

Mélenchon, l'homme en costume noir et cravate pivoine, veut une France écologique et sociale. Il prône la sortie du nucléaire. Il pense que les mentalités doivent être préparées aux changements qu'il préconise.

Zemmour, le born again

L’affaire semble entendue pour Eric Zemmour: il ne sera pas au second tour. Tous les ralliements venus du Rassemblement national auront finalement et paradoxalement servi Marine Le Pen, sa concurrente à la droite extrême. Comme quoi, la logique des partis, ne parlons même plus de la droite et de la gauche, a moins que jamais d’importance dans un scrutin où ce qui compte d’abord, c’est l’incarnation, un visage, une personnalité. Zemmour incarne certes quelque chose, une France qui n’en peut plus des «racailles», l’un de ses mots fétiches, mais il n’aura pas réussi à être beaucoup plus que le candidat d’une certaine droite catholique, avec, comme on en trouve en islam, un contingent non-négligeable de born again.

Pécresse: démocrates vs populistes

Sauf rebondissement surprise de Valérie Pécresse, la candidate des Républicains et à travers elle ce qu’il reste de la droite classique, on se dirige vers la confirmation de 2017, soit une France partagée entre un pôle «démocrate», représenté par Emmanuel Macron, et un pôle «populiste» emmené par Marine Le Pen, accessoirement par Jean-Luc Mélenchon, qui, davantage que la première, semble décider à renverser la table.

Stagnation et reculades

Un profond sentiment de stagnation en presque tout, de régression, même, sur un plan social, aura provoqué cette recomposition du paysage politique français. Un ensemble de paradoxes, de non-dits, de reculades face aux défis, un conservatisme institutionnel (il aurait fallu tenter le référendum au moins à l’échelon local), une grandeur passée entêtante mais à la longue handicapante, un outil administratif souvent au point de rompre malgré des dépenses sociales parmi les plus élevées d'Europe, auront mené la France à cet état de fait, celui d’un pays à cran, dont les gilets jaunes, en 2018 et 2019, auront été la manifestation la plus aiguë.

BONUS: La France des doudounes, des leggins et des survêts

Pourquoi Marine Le Pen pourrait-elle faire un bon résultat ? Parce qu’elle promet une vie meilleure sur un plan matériel et sécuritaire. Des yeux suffisent pour voir la France des petites villes: elle porte des doudounes, des leggins et des survêts, elle n’a pas de papiers de toilette dans ses hôpitaux, elle rame avec ses bas salaires et garde pour autant la tête haute, même si, en elle, ça bouillonne.

Un risque de déferlante

Ensuite, en abandonnant à la droite et à l’extrême droite la sécurité, qui compte tant dans la vie en société, la gauche, se repliant sur des domaines sans risques sociaux comme l’écologie, a favorisé l’émergence du populisme, c’est-à-dire du simplisme en politique.

Enfin, en laissant les classes populaires se débrouiller avec les questions migratoires, les difficultés de cohabitation qui peuvent affleurer entre référents culturels différents, la France «à l’aise» s’est défaussée d’une partie des problèmes, de ceux qui font monter l’aigreur.

Citons ce tweet d'un partisan d'Eric Zemmour, qui réunit toutes les facilités du procès expéditif fait à Emmanuel Macron et qui, par-là, rend compte du risque de déferlante qui pourrait s'abattre sur le président sortant:

Vous n'avez rien suivi à la sordide «affaire Maëlys»? On vous explique tout

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