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On s'est rendu au dernier meeting de campagne d'Eric Zemmour, le 27 mars 2022, sur la place du Trocadéro, à Paris (cherchez l'erreur).
On s'est rendu au dernier meeting de campagne d'Eric Zemmour, le 27 mars 2022, sur la place du Trocadéro, à Paris (cherchez l'erreur).image: watson
Présidentielle 2022

Eric Zemmour a fait son show au Trocadéro (et j'y étais)

Dimanche 27 mars, le candidat à la présidentielle a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de fidèles sur la mythique place parisienne du Trocadéro. Quelque part dans cette foule bleu-blanc-rouge: moi. Récit de cette étrange expérience en images.
28.03.2022, 17:5002.04.2022, 13:21
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«Hey, tu sais que Zemmour organise un meeting à Paris, demain après-midi? Tu veux pas y aller?»

Prononcée sur un ton taquin, cette invitation a tout d'une plaisanterie au goût douteux. Pourquoi irais-je me noyer dans un parterre de fachos transis devant leur héros? Accorder mon dimanche après-midi à un polémiste d'extrême-droite, dont les pensées et la seule mimique me refilent des sueurs froides?

Aucune idée. Mais oui, il faut que je voie ça. Cinq minutes de réflexion et deux-trois clics plus tard, c’est acté: mon ticket est réservé pour assister au dernier grand meeting de campagne d’Eric Zemmour, avant l’élection présidentielle.

Dimanche après-midi, c'est parti!

Soleil à son zénith, température quasi-estivale, les arbres se parent de bourgeons verts et dodus, Parisiens et touristes se jettent avec gourmandise sur les terrasses.

Première victoire pour Zemmour. Il a la météo avec lui. Un meeting sous la pluie, ça aurait eu l'air d'un mauvais présage.

Dans le RER pour le Trocadéro, je remarque peu de partisans affichés. Tout au plus une tête connue, Elisabeth Lévy, la directrice du magazine conservateur Causeur et grande habituée des plateaux de CNews, qui rejoint discrètement le rassemblement. En tout cas, on est loin de l’ambiance «pré-meeting» enflammée.

Il y a comme un truc toutefois électrique qui flotte dans l’air - mais c’est peut-être parce que je stresse.

Punaise meuf, mais tu fous quoi? Dans quoi tu mets les pieds?

14h20. Le meeting est censé avoir débuté. Lunettes noires vissées sur le nez, mal à l’aise, je m’imagine en mission commando et me glisse parmi les autres retardataires.

Direction la célèbre place du Trocadéro, avec un emblème national en toile de fond.
Direction la célèbre place du Trocadéro, avec un emblème national en toile de fond.image: watson

Nous passons docilement les files de sécurité, guidés par les membres de la jeunesse zémourienne. Distribution de tracts et de drapeaux tricolores en prime.

«Trop bien ce drapeau, on pourra le garder pour le prochain match de rugby!»
Une maman à son fils

Moi, je garde un sourire de circonstance. Il faut avoir l’air d’être à ma place. Sinon, ils vont me repérer. C’est sûr.

Du coup, j'ai tenté d'avoir l'air à l'aise. Coucou!
Du coup, j'ai tenté d'avoir l'air à l'aise. Coucou!image: watson

50 000 participants sont attendus. Pour le profil type, j’ai eu le temps d’envisager beaucoup de choses:

  • Des gilets jaunes en colère.
  • Des antivax en colère.
  • Des convoyeurs de la liberté en colère.
  • Des paysans en colère, et autres travailleurs oubliés venus des quatre coins de province et de la France profonde.
  • Voire carrément des néonazis en colère, affublés d’uniformes militaires et prêts à en découdre (si ce n’est lyncher les intrus).
  • Des déçus de Marine Le Pen en colère.
  • Des déçus de tout, tout le temps. Et en colère.

Rien de tout ça. Défilé de sacs Vuitton, polos Ralph Lauren, chemises droites, Ray-Ban. Même quelques vieilles mailles de prof de philo qui boulottent, avec une pure tête d'intellectuels de gauche.

image: watson

Mes yeux scrutent le sol. Au lieu des bottes militaires, les pieds sont chaussés de Stan smith, mocassins vernis, voire de bottines à talons, ou - plus inattendu encore - de caoutchouc pastel.

image: watson
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Les gens sont propres. Polis. Respectueux des consignes de sécurité. Personne ne se marche dessus. On sent bien une excitation, mais toujours mesurée. A côté, les concerts de Justin Bieber, c'est «Hunger Games».

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Ce qui me heurte surtout, c’est l'âge. Des jeunes partout. Des couples. Des familles venues au grand complet: papa, maman, les trois enfants et la mamie sur les talons. Des gens normaux. Les partisans d’un candidat qui annonce vouloir fabriquer un «ministère de la Remigration», je les espérais en marge, avec une dégaine physiquement intimidante ou même terrifiante.

image: watson

Avant l’arrivée de Zemmour, plusieurs de ses soutiens issus du monde politique se succèdent à la tribune, dressée sur l'une des plus célèbres places du monde, pour enchaîner des discours d’ouverture. Leur mission: chauffer le Trocadéro. Tâche facile, si l’on considère que cette place est une fournaise. Au bout de quinze minutes, j'étouffe.

image: watson

En fond sonore, les slogans de la foule:

«On est chez nous!»
«Manu, on l’emmerde!»

Qui a dit que c’était plan-plan, les dimanches en famille?

image: watson

16h15. Musique théâtrale et bouillantes acclamations annoncent l’arrivée du Z. Enfin. Le temps commençait à se faire long.

Son apparition donne un coup de fouet à la foule assoupie par l'attente et la température.

Sur la terrasse du Café du Trocadéro, des fans d'autres politiciens se sont joints à la lutte des pro-Zemmour.
Sur la terrasse du Café du Trocadéro, des fans d'autres politiciens se sont joints à la lutte des pro-Zemmour.image: watson

Depuis le «Café du Trocadéro», où j’ai pris mes quartiers pour apaiser ma soif et mon sentiment de claustrophobie, j’observe quelques clients se ruer à l’extérieur pour assister aux premières minutes du meeting, en poussant des cris à la limite de l'hystérie:

«Ça y'est, il est là! Il arrive!»

Oui, le voici, le fameux Eric Zemmour, celui-dont-tout-le-monde-parle.

Bon. Avec mon 1m60 et plusieurs dizaines de milliers de participants entre la scène et moi, pour la vue, on repassera.

Grosso modo, j'étais par là.
Grosso modo, j'étais par là.

Malgré ça, avec ce ciel bleu triomphant, la Tour Eiffel en fond, la foule en liesse: l’effet «wow» est saisissant. Et l’entrée en scène lyrique réussie. Il entame son discours gonflé à bloc:

«Mes chers amis, quelle joie, quel bonheur, quelle foule, quel ciel, quelle espérance!»
Eric Zemmour

Je m’imagine à sa place, devant ce tapis bleu-blanc-rouge, qui l’ovationne à coups de puissants «Zemmour président». Comment ne pas être galvanisé? Ne pas se persuader que l'Elysée est à sa portée?

image: watson

Soulevé par les cris, Zemmour prend son pied et se délecte, jusqu'à affirmer en grande pompe:

«Vous êtes 100 000 réunis sous le soleil bleu de Paris!»
Eric Zemmour

Je me permets de hausser un sourcil (discret) sous mes lunettes de soleil. Ah bon? Serions-nous vraiment deux fois plus qu'annoncé?

«Je sais que certains sont venus d’Outre-mer et de l’étranger»
Eric Zemmour

Ouais bon, là, il a pas tout tort.🙋🏼‍♀️

Le candidat entame ensuite une sorte de dialogue avec ses supporters. Il leur donne du «vous», emballé dans cette conviction de les comprendre. Peu de «je», finalement.

«Vous êtes en train de faire du Trocadéro une démonstration de force. C’est un sondage grandeur nature. Un avant goût de la surprise à venir»

«On est là!» répond le tapis bleu-blanc-rouge.

image: watson

Le ton est assuré, calme, lent. Il ne bute qu'à de rares occasions:

«L'émotion me subverge»
(Un lapsus?)

Ou encore:

«Je suis déchendu au Trocadéro»

Devant les visages béats, ces enfants émoustillés par les cris et les couleurs, qui agitent joyeusement leur petit drapeau, ces Français, dont je ne parviens pas à comprendre ni les motivations, ni les craintes, mon sentiment de malaise enfle. Je n'arrive pas à trouver d'explication rationnelle à tout ce qui se passe autour de moi. Je reste figée, avec ce sentiment d’assister à une scène aux relents dangereusement historiques.

image: watson

Lorsque, soudain, les milliers de participants se mettent à scander en coeur:

«Macron assassin! Macron assassin!»
Après avoir dans un premier temps affirmé ne pas avoir entendu la foule scander ces propos, Zemmour les aurait condamnés, selon son équipe de campagne.

Je décrète en avoir suffisamment eu/vu. Je n’assisterai pas à la dernière heure de meeting.

Une famille grimpe dans le métro en même temps que moi, un père et ses garçons, âgés d'une dizaine d'années, tous armés de leurs drapeaux. Ils achèvent de planter mon désarroi.

image: watson

Dans le train du retour, ce tweet de la journaliste Nassira El Moaddem résume à la perfection mon état d'esprit: «Je regarde les images du meeting d'Eric Zemmour au Trocadéro retransmis sur les chaînes d'info. Voir tant de jeunes crier "on est chez nous", c'est profondément terrifiant.»

Ce clip de propagande nord-coréen vaut tous les nanars du monde.

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