Cet «homme de main du pouvoir» n'aurait pas dû se retourner contre Poutine
Une seule phrase contre Vladimir Poutine peut coûter très cher en Russie. Le propagandiste Ilja Remeslo avait exigé que le chef du Kremlin soit traduit en justice en tant que criminel de guerre. Le lendemain de ses déclarations, il se retrouvait interné dans une clinique psychiatrique de Saint-Pétersbourg.
Des blogueurs proches du Kremlin rapportent l'affaire et qualifient cette issue de logique, au motif que Remeslo avait «pété les plombs sur Telegram» la veille.
Un soudain torrent de critiques acerbes
Le comportement d'Ilja Remeslo avait de quoi surprendre, car il s'était jusqu'alors uniquement fait connaître pour ses dénonciations contre des opposants au Kremlin. Ce juriste de formation est réputé pour ses attaques contre Alexeï Navalny et ses partisans.
En 2018, Remeslo avait accusé Navalny de détournement de fonds et de négociations avec des structures occidentales.
Une plainte déposée par Remeslo auprès du Comité d'enquête avait servi de prétexte à l'ouverture d'une procédure pénale contre Alexeï Navalny pour «diffamation» d'un vétéran de la Seconde Guerre mondiale. Dans les médias d'opposition russes, Ilja Remeslo est surnommé le «champion de la dénonciation».
Personne n'avait anticipé la virulence avec laquelle Remeslo allait s'en prendre à Vladimir Poutine. Il a notamment affirmé:
Selon lui, Moscou a épuisé «90 à 95%» de ses réserves. Toujours d'après Remeslo, la haine envers Poutine ne cesse de croître, même au sommet du pouvoir. Le chef du Kremlin serait ainsi perçu par ses pairs comme étant «l'homme qui les a privés de la possibilité de dépenser à l'étranger leur argent volé».
Selon ses propos, Poutine s'est mué en dirigeant «totalement inacceptable», qui s'entoure délibérément de personnes faibles et dépendantes, prêtes à le trahir pour de l'argent. Remeslo estime que ce modèle de gouvernance choisi par Poutine «va lui jouer un mauvais tour» et faire d'un renversement du régime une «inévitabilité logique».
De réels soupçons de crise de folie
«Une guerre absolument sans issue, des pertes énormes, qui pourraient durer encore 5 à 10 ans. Etes-vous prêts à cela?», a en outre écrit Remeslo. Il estime que la guerre en Ukraine est menée «exclusivement à cause des complexes de Poutine». Les simples citoyens n'en tireraient aucun bénéfice et n'auraient qu'à y perdre, a-t-il poursuivi avant de conclure:
Il ne s'agissait pas simplement de critiques, mais de la prétention de détenir des informations d'initié sur le système russe. C'est pourquoi, dans les milieux des blogueurs proches du Kremlin, on en a conclu qu'Ilja Remeslo avait soit perdu la raison, soit été recruté par les services de renseignement occidentaux.
Le propagandiste Vladimir Soloviev a commenté:
Une clinique à la réputation très sombre
La clinique psychiatrique dans laquelle Ilja Remeslo a été interné est connue pour avoir accueilli, à l'époque de l'URSS, des dissidents envoyés en «psychiatrie punitive».
C'est dans cet établissement qu'était notamment détenu le dissident soviétique Alexandre Skobow. Ce dernier y avait été interné en 1976, après que des militants eurent distribué une centaine de tracts appelant au «renversement de la tyrannie des fonctionnaires».
Dans la Russie d'aujourd'hui également, des prisonniers politiques y ont été détenus: en 2023, la Saint-Pétersbourgeoise Viktoria Petrova y a été placée, après avoir publié en 2022 des messages antimilitaristes sur les réseaux sociaux. L'avocate de la jeune femme a fait état des tortures auxquelles elle a été soumise dans cet établissement.
Une ligne rouge franchie
Il est peu probable qu'Ilja Remeslo ait perdu la raison du jour au lendemain au point de devoir être interné dans une clinique psychiatrique. Deux explications permettent en réalité de comprendre comment il a atterri dans une cellule capitonnée. La première, et la plus évidente: Remeslo a franchi une ligne rouge avec ses critiques, et ce genre de chose n'est pas pardonné au Kremlin.
Le sort de l'ancien ministre de la Défense de la «République populaire de Donetsk (RPD)», Igor Strelkov-Guirkine, condamné à quatre ans de prison pour avoir critiqué le gouvernement, en est un exemple parlant. Il continue à ce jour de critiquer le Kremlin dans ses lettres de prison et estime que les plus hauts dirigeants de la Russie connaîtront le même sort que Slobodan Milosevic, l'ancien président serbe.
Une deuxième version, tout aussi plausible, veut qu'Ilja Remeslo ait volontairement joué les fous et rejoint de son plein gré l'établissement psychiatrique afin de se présenter comme une victime et, ce faisant, de se protéger d'une véritable peine de prison.
