Poutine tente de tuer Telegram
La Russie s'apprête-t-elle à couper définitivement l'accès à la fameuse messagerie Telegram? Depuis samedi, le service ne fonctionnerait pratiquement plus sur le territoire russe, toutes versions confondues (mobile, desktop, web), et cela même si l'on utilise un VPN, d'après les médias russophones — ceux de l'opposition, tout comme les agences d'Etat, ayant relayé l'information.
Près de 12 000 signalements auraient été enregistrés le seul dimanche 15 mars, selon le média d'opposition russe en exil Meduza.
Le journal économique russe proche du pouvoir, Kommersant, citant des experts interrogés, note lui aussi (sur... sa chaîne Telegram), que Telegram est de fait bloqué en Russie, comme cela avait par ailleurs été annoncé en amont.
La version russophone de la Deutsche Welle, média international allemand, rapporte quant à elle, dans ce même contexte, que le tribunal de Tagansky à Moscou a condamné Telegram le 16 mars à une amende de 35 millions de roubles (ou environ plus de 350 000 francs suisses) pour refus de supprimer des contenus jugés illicites — citant des choses telles que des appels à l'«extrémisme», de la pornographie impliquant des mineurs, ou encore des informations sur la fabrication et l'achat de stupéfiants.
Le Kremlin assume
Du côté du Kremlin, on assume. Le porte-parole Dmitri Peskov a conditionné tout déblocage ultérieur éventuel au respect «de la législation russe», tandis que le député Andreï Svintsov a prévenu que les VPN ne serviront à rien, une fois le blocage effectif, comme le relaie Meduza.
L'agence de presse d'Etat RIA Novosti donne la parole à German Klimenko, président du Fonds pour le développement de l'économie numérique russe, qui décrit un processus technique assumé:
Il précise qu'il n'existe pas de «bouton unique» pour bloquer Telegram simultanément sur tout le territoire, mais que l'objectif est clair: une fois que le service ne pourra plus remplir sa fonction de connectivité sociale, faute à des problèmes de réseau ou de connexion récurrents, les utilisateurs l'abandonneront d'eux-mêmes.
Des rumeurs de blocage total circulaient depuis fin février, avec même une date fixée au 1er avril, rappelle Meduza. Le fondateur de l'application Pavel Durov a, de son côté, confirmé l'existence d'une procédure pénale le visant en Russie:
Pavel Durov dans le viseur de Poutine?
La Russie avait annoncé, fin février déjà, avoir ouvert une enquête contre le fondateur de Telegram, Pavel Durov, dans le cadre d’une affaire pénale incluant des accusations de terrorisme, alors que Moscou cherche à bloquer
la plateforme de messagerie cryptée depuis un certain temps, comme le relate Le Monde.
En filigrane? La politique. Deux médias proches du Kremlin en particulier accusent Telegram d'être devenu un outil de l'Otan et de l'Ukraine, aux mains de «radicaux et de terroristes», et une «menace» pour la société russe, soulignent nos confrères français.
Depuis sa création en 2013, Telegram s'est imposé comme l'une des principales sources d'information en Russie — utilisé aussi bien par le Kremlin et ses propagandistes que par les opposants en exil et les soldats des deux camps sur le front ukrainien. Le président ukrainien Zelensky en est lui-même un utilisateur régulier.
Durov avait dénoncé, en février également, une «mesure autoritaire» de Moscou, et réitéré que la messagerie ne changerait pas de cap. «Telegram défend la liberté et la vie privée, quelle que soit la pression exercée», avait déclaré le milliardaire né à Leningrad (qui est aussi la ville natale de Poutine). Le quadragénaire réside désormais aux Emirats arabes unis (et apprécie par ailleurs poster des images de lui torse-nu sur Instagram, depuis toutes sortes de destinations). (dag)
