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Mort de Navalny: ce que l'on sait de sa prison, la colonie IK-3

Que sait-on de la colonie pénitentiaire IK-3, où Alexeï Navalny va purger sa peine?
Alexeï Navalny est mort dans la colonie pénitentiaire IK-3.Image: watson

Voici le «Loup polaire», la prison où Navalny est mort

Alexeï Navalny est mort ce vendredi, ont annoncé les services pénitentiaires russes. Il purgeait une peine dans l'une des prisons les plus dures et isolées du pays, située au-delà du cercle polaire arctique et bâtie sur les ruines d'un ancien goulag. Visite guidée.
16.02.2024, 13:4719.02.2024, 18:37
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Alexeï Navalny n'est plus. Son dernier lieu de détention lui aura été fatal. L'ennemi numéro un du Kremlin était réapparu fin décembre, après avoir disparu des radars pendant quelques semaines, dans un nouvel établissement: la colonie pénitentiaire IK-3, également connue sous l'intimidant surnom de «Loup polaire». Il était censé y purger une peine de 19 ans de prison.

Pour les partisans de Navalny, cela ne faisait aucun doute: «Cette prison sera bien pire que la précédente», avait affirmé à Reuters sa porte-parole, Kira Iarmych. Et pour cause. La colonie pénitentiaire IK-3 est considérée comme l'une des plus dures et reculées de Russie. Située dans le village de Kharp, à environ 1900 km au nord-est de Moscou, elle se trouve au-delà du cercle polaire arctique.

Voici ce que l'on sait à son sujet.

Le village de Kharp, où se trouve la colonie pénitentiaire IK-3.
Image: Datawrapper

Les colonies pénitentiaires sont les descendantes directes des goulags, les camps de travail où des millions de personnes ont perdu la vie à l'époque stalinienne, expliquait en 2022 le New York Times. Le traitement des prisonniers s'est certes amélioré depuis, mais, comme les goulags, ces structures se trouvent dans des régions reculées de Sibérie et sont aménagées en baraquements. Surtout, la brutalité, la surpopulation et des conditions difficiles y sont toujours monnaie courante.

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C'est dans l'une de ces colonies pénitentiaires que la basketteuse américaine Brittney Griner était censée purger sa peine de neuf ans, avant sa libération suite à un échange de prisonniers.

Le chemin de fer de la mort

La colonie «Loup polaire» garde un rapport très étroit avec le passé stalinien: elle a été fondée en 1961 sur l'emplacement d'un ancien goulag, le tristement célèbre camp de travail 501. Ce dernier abritait les détenus mobilisés dans la construction de la ligne ferroviaire Salekhard-Igarka, surnommée «chemin de fer de la mort». Des milliers de prisonniers ont perdu la vie dans les travaux, jamais achevés.

La prison se développe petit à petit, détaille le site du Service pénitentiaire fédéral de Russie. Les premiers bâtiments sont construits dès 1962, mais de nouveaux immeubles s'ajoutent au fur et à mesure. On compte notamment une blanchisserie, une cantine, une caserne des pompiers, et même une église, bâtie par les détenus et où se déroulent «des liturgies solennelles, des mariages et des baptêmes de prisonniers».

La colonie pénitentiaire IK-3 vue depuis Google Earth.
La colonie pénitentiaire IK-3 vue depuis Google Earth.Image: Google Earth

Jusqu'en 1970, les détenus travaillaient dans des carrières, chargeant du sable et du gravier pour le remblayage de la voie ferrée. Actuellement, la colonie IK-3 peut accueillir jusqu'à 1020 prisonniers.

«Echapper est impossible»

Contrairement à l'histoire de l'établissement, décrite dans les moindres détails, le site du Service pénitentiaire reste évasif au sujet du profil des prisonniers et des tâches qu'ils sont censés accomplir. Selon la presse indépendante russe, la colonie IK-3 est réservée aux récidivistes particulièrement dangereux.

Leurs témoignages dressent une image très sombre de la vie dans le camp. Les anciens détenus décrivent un environnement particulièrement difficile, des conditions de vie très sommaires, ainsi que des brutalités physiques et psychologiques, liste le Moscow Times.

La cellule d'une colonie pénitentiaire russe. Cette photo a été prise dans la colonie IK-18, également située à Kharp.
La cellule d'une colonie pénitentiaire russe. Cette photo a été prise dans la colonie IK-18, également située à Kharp.Image: f-atlas.ru

Certains prisonniers évoquent le manque de produits de première nécessité. Les vêtements semblent faire cruellement défaut. Un certain Maxim Bakhvalov, qui a purgé une peine de trois ans dans la colonie, a affirmé qu'on ne lui a fourni qu'une paire de bottes d'hiver et un costume usé. Un autre détenu a déclaré qu'il était fréquemment malade après que ses vêtements soient devenus inutilisables. Un détail qui n'est pas anodin: en hiver, les températures peuvent atteindre moins 30 degrés dans la région.

La gare de Kharp.
La gare de Kharp.Image: Wikimedia Commons

D'autres prisonniers ont accusé les gardiens de violences et torture. Un détenu raconte:

«Quand les prisonniers entrent dans la colonie, ils sont conduits aux bains. Lorsqu'une personne se déshabille pour se laver, l'eau est coupée et des personnes masquées entrent et commencent à la battre. Dans mon cas, cela a duré environ une demi-heure. Il y avait environ 15 personnes - des prisonniers et des employés.»
Mikho Khulilidze, ancien détenu

«Les conditions dans ces colonies sont terribles», résume l'activiste Igor Kalyapin dans les colonnes du Moscow Times.« Il est presque impossible de s'en échapper», ajoute-t-il. «Il y a des centaines de kilomètres de toundra d'un côté, et les montagnes de l'Oural polaire de l'autre».

Père Noël

Peu après son arrivée dans la prison, Alexeï Navalny avait dit aller bien. «Je suis votre nouveau Père Noël», avait-il écrit dans une déclaration très ironique postée sur X, faisant référence à sa barbe ainsi qu'à ses nouveaux habits d'hiver adaptés aux températures polaires. «Malheureusement, il n'y a pas de rennes, mais d'énormes et très beaux chiens de berger», avait-il ajouté.

La colonie pénitentiaire IK-3.
Des détenus de la colonie pénitentiaire IK-3.Image: f-atlas.ru

L'opposant avait indiqué être arrivé dans sa nouvelle colonie pénitentiaire au terme d'un voyage «fatiguant» et à «l'itinéraire étrange», ayant duré une vingtaine de jours. «Ne vous inquiétez pas pour moi. Je vais bien», avait-il encore ajouté. Il est décédé moins de deux mois plus tard.

Cet article a été publié une première fois le 26 décembre 2023. Il a été mis à jour après l'annonce de la mort de Navalny, le 16 février 2024.

Alexeï Navalny (1976-2024)

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Alexeï Navalny (1976-2024)
Navalny assiste à une audience au tribunal de la ville de Moscou, à Moscou, Russie, le 30 mars 2017.
source: sda / sergei ilnitsky
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Manifestations anti-guerre en Russie
Video: watson
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