«Un danger pour la planète entière»: le «Starlink russe» se développe
C'était peut-être la mesure individuelle la plus réussie de Mykhaïlo Fedorov. L'ancien ministre ukrainien de la défense, aujourd'hui démis de ses fonctions, avait amené Elon Musk, en février dernier, à bloquer le système de communication Starlink pour les utilisateurs russes.
Selon des experts militaires, la panne soudaine des réseaux de commandement et de renseignement, ainsi que des transmissions de conduite de tir et de pilotage de drones causée par le blocage, a largement contribué à ralentir l'avancée russe.
Une alternative à Starlink qui se développe vite
Mais, une fois de plus dans cette guerre, l'armée russe se révèle extrêmement capable de s'adapter. Selon un haut gradé ukrainien, la Russie progresse plus vite que prévu avec son substitut à Starlink, baptisé «Rassvet» («Aube»). C'est ce qu'a indiqué le général-major Vadym Skibitsky, chef adjoint des services de renseignement militaire, à l'agence de presse RBC-Ukraine.
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Selon Vadym Skibitsky, la Russie avait déjà placé 16 satellites du réseau Rassvet en orbite terrestre un mois seulement après le black-out de Starlink. En juillet, 16 autres s'y sont ajoutés. D'ici 2027, le réseau devrait compter 292 satellites, et 924 d'ici dix ans.
Certes, le système ne fonctionne pour l'heure «que de manière sporadique, lorsqu'un satellite survole le territoire russe». Mais, avertit le général-major ukrainien:
Des doutes et beaucoup de craintes
Sur les 32 satellites Rassvet lancés jusqu'à présent, l'un d'entre eux serait déjà tombé en panne, a rapporté en juin le journal russe proche du pouvoir Kommersant. Une étude indépendante du portail ukrainien Militarnyi met par ailleurs en doute la couverture offerte par Rassvet, jugée faible par rapport aux quelque 11 000 satellites Starlink, ainsi que son altitude orbitale de 800 kilomètres, bien plus élevée que celle de Starlink (550 km) et donc plus sujette aux perturbations.
Malgré cela, la montée en puissance de Rassvet suscite une véritable inquiétude en Ukraine. Dans un entretien accordé à l'agence AP, le chef du commandement ukrainien des drones, le général-major Robert «Madyar» Brovdi, a qualifié cette évolution de «danger pour la planète entière», avant de poursuivre:
Ce qui est remarquable dans le développement de Rassvet, c'est qu'il repose sur une initiative privée, en principe orientée vers un usage commercial. Ainsi, le Bureau 1404, qui pilote le projet, devrait injecter environ 3,2 milliards de francs, tandis que l'Etat russe ne participe «que» à hauteur de 1,2 milliard.
Deux problèmes majeurs pour les Ukrainiens
Parallèlement au développement rapide de Rassvet, l'usage ukrainien de Starlink se heurte à deux problèmes majeurs: d'une part, Elon Musk continue de refuser à Kiev l'autorisation de mener des frappes de drones en profondeur dans l'arrière-pays russe. Le milliardaire de la tech justifie sa position par la crainte d'une extension du conflit et d'une confrontation directe entre les puissances nucléaires que sont les Etats-Unis et la Russie.
Selon plusieurs médias, une intervention personnelle du président Volodymyr Zelensky auprès du président américain Donald Trump n'aurait pas réussi à faire évoluer cette position. Ce point est d'autant plus important que le Pentagone participe aux décisions concernant l'usage militaire de Starlink.
Faute de pouvoir compter sur la communication éprouvée de Starlink, les Ukrainiens doivent donc recourir à des solutions de contournement pour leurs frappes à longue distance, lorsque leurs drones visent des centres de communication et de ravitaillement ennemis, des dépôts de carburant, des aérodromes ou des sites de tirs de missiles. Ces solutions seraient toutefois moins précises, selon des experts.
Le second problème est le système de brouillage mobile «Volna Kupol Garant», que Moscou déploie de plus en plus pour interrompre le réseau Starlink ukrainien. Depuis cette imposante station au sol, composée de plusieurs camions, d'antennes paraboliques et de remorques spécialisées, des signaux à haute fréquence sont émis de manière ciblée. Ceux-ci seraient capables de saturer les récepteurs Starlink sur une surface d'environ 20 kilomètres carrés, pendant plusieurs minutes.
Ce système de brouillage, célébré par le Kremlin et dont le coût dépasse le million de francs, semble si efficace que les Ukrainiens traquent activement les complexes identifiés, au nombre d'au moins dix à ce jour. Ainsi, en juin, le 422e régiment ukrainien serait parvenu à neutraliser deux systèmes «Volna Kupol Garant».
Le 7 août, une troisième station a été détruite dans la région russe de Krasnodar (sud). C'est ce qu'a rapporté le portail en ligne Kyiv Post en début de semaine, en citant des sources militaires. (trad. ysc)
