International
Politique

Stopper la guerre en Ukraine? Ce parti d'opposition russe y croit

Nikolaï Rybakov est le leader du parti d'opposition russe Iabloko, qui milite pour la paix en Ukraine.
Nikolaï Rybakov est le leader du parti d'opposition russe Iabloko, qui milite pour la paix en Ukraine.Image: Imago

«Nous sommes proches d'une guerre nucléaire»: ces Russes veulent la paix

En Russie, le parti libéral Iabloko espère profiter des législatives de septembre pour faire entendre une voix pacifiste, malgré la répression et les risques qui pèsent sur ses militants.
10.08.2026, 16:5410.08.2026, 18:45
team afp, Moscou, Russie

«Arrêter de tuer les gens». En Russie, où les voix discordantes sont réprimées, le vieux parti libéral d'opposition Iabloko veut sortir de l'oubli à l'occasion des législatives de septembre en proposant une solution alternative pacifique au conflit déclenché par Moscou en Ukraine en 2022.

Après la fin de l'URSS, Iabloko («La pomme», en russe) a porté les espoirs des libéraux tournés vers l'Occident. Mais, accusé d'être rigide, voire donneur de leçons, ce parti a plongé dans les urnes. Depuis les élections de 2003, il n'a plus de groupe parlementaire à la Douma, la сhambre basse du Parlement.

A quelques semaines des législatives, Iabloko dit pourtant sentir un frémissement alimenté par le ras-le-bol de jeunes Russes excédés par les restrictions dans l'usage d'internet et la propagande omniprésente du gouvernement de Vladimir Poutine et de son parti «Russie unie», largement majoritaire dans la Douma sortante.

Nikolaï Rybakov, le chef de Iabloko, âgé de 47 ans, explique:

«Notre bulletin de vote est la seule possibilité légale de se prononcer pour la paix (…) Arrêter de tuer des gens, voilà tout»

Cette formation politique a reçu le soutien de Ioulia Navalnaïa, la veuve du défunt opposant Alexeï Navalny, considérée comme «extrémiste» en Russie.

Alexeï Navalny.
Alexeï Navalny est décédé en détention le 16 février 2024, dans une colonie pénitentiaire russe.Image: Imago

Un moyen de donner la parole au peuple

Iabloko est le seul parti en lice qui appelle à la fin du conflit le plus sanglant en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, avec des dizaines de milliers de morts et de blessés en Russie et en Ukraine.

👉 L'actu en direct sur la guerre en Ukraine, c'est ici

Ses dirigeants présentent même les législatives comme «un référendum qui montrera au pouvoir que des millions de Russes s’opposent» à la guerre.

Dans les sondages réalisés en juin par l'institut russe Levada, désigné «agent de l’étranger» par les autorités, 64% des Russes se prononçaient pour des négociations de paix avec Kiev (78% chez les jeunes), contre 29% qui préconisaient la poursuite des combats.

Pour l'heure, toutes les initiatives destinées à mettre fin au conflit ont échoué, le chef de l'Etat russe répétant qu'il entend s'emparer par la force du reste de l'est de l'Ukraine qui échappe au contrôle de Moscou. Or, explique Nikolaï Rybakov:

«Selon nos meilleurs experts, nous sommes plus proches d'une guerre nucléaire que nous ne l'avons jamais été»

Le patron de Iabloko résume ensuite dans son bureau moscovite:

«Pourquoi quelqu’un devrait-il décider si je dois vivre ou non? On veut vivre, tout simplement. Donnez aux gens cette possibilité!»
Une banderole faisant la promotion des prochaines élections législatives à la Douma, à Donetsk, en Ukraine occupée.
Une banderole faisant la promotion des prochaines élections législatives à la Douma, à Donetsk, en Ukraine occupée.Image: Imago

Une position risquée et critiquée

Ses appels à la paix peuvent passer pour un acte de «discrédit» de l'armée russe et lui valoir une peine de prison. Néanmoins, Iabloko a réussi à obtenir le feu vert de la Commission électorale centrale, d'ordinaire prompte à museler les oppositions, pour concourir aux législatives de septembre.

Une décision qui a poussé les détracteurs de ce parti (principalement des opposants en exil) à dénoncer une «collusion» avec le Kremlin.

Selon eux, la participation de l'opposition ne fait que légitimer ce scrutin et permettre au pouvoir de feindre le pluralisme. La Cour suprême russe va cependant examiner lundi un recours d'un parti nationaliste en vue d'exclure Iabloko des élections.

Par ailleurs, en vertu de la législation en vigueur, si un parti recueille au moins 3% des suffrages, il bénéficie d'un financement public, sans même siéger à la Douma, où il faut avoir obtenu au moins 5% des voix pour être représenté.

Forte répression

Dans un sondage du centre russe d'étude de l'opinion publique VTsIOM datant de mars, le score de Iabloko était tout juste de 3%.

Cette formation n'est donc pas un danger pour Vladimir Poutine, confirme l'analyste indépendant Konstantin Kalatchev, qui estime que le parti «a des canaux de communication trop faibles pour faire connaître son programme pacifiste dans tout le pays».

Nikolaï Rybakov, qui s'est lui-même vu infliger une amende pour avoir publié une photo de l'opposant Alexeï Navalny, déclaré «extrémiste» par le pouvoir avant sa mort en 2024 en prison, souligne:

«Une quarantaine de nos militants font l'objet de poursuites»

Cette condamnation l'a empêché de se porter candidat aux législatives. Huit membres de Iabloko sont en détention, dont Maxime Krouglov, l'adjoint de Nikolaï Rybakov condamné fin juin à sept ans de prison pour diffusion de «fausses informations» sur l'armée russe.

Vers une possible percée de popularité

Autrefois parti de quadragénaires, Iabloko «a désormais le vent en poupe, justement auprès des moins de 20 ans», affirme Marijat Ramazanova, 28 ans, chargée de sa promotion sur les réseaux sociaux.

Près d’un tiers des 400 candidats de Iabloko au scrutin de septembre, dont Marijat Ramazanova fait partie, ont à cet égard moins de 30 ans. Elle affirme:

«On veut vivre dans un pays libre et normal et y bâtir notre avenir»

Les restrictions sur internet sont le principal moteur poussant les jeunes vers la politique, estime son collègue Ivan Dorofeïev, 26 ans. Ce militant, présent pour réinstaller une plaque commémorative vandalisée honorant la mémoire de la journaliste Anna Politkovskaïa, qui dénonçait des crimes de guerre en Tchétchénie et a été assassinée à Moscou en 2006, résume:

«Vivre nos meilleures années dans la peur n’est pas normal. Une bonne moitié des Russes partagent notre position pacifiste»
La guerre en Ukraine en images
1 / 18
La guerre en Ukraine en images
Un bâtiment en flammes après un bombardement russe, Kiev.
partager sur Facebookpartager sur X
La Russie attaque Kiev avec des missiles balistiques
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Volkswagen rappelle des millions de véhicules dans le monde
Le constructeur allemand rappelle plus de 2,1 millions de voitures présentant un risque de corrosion de la direction. Différents modèles sont concernés.
Le constructeur Volkswagen rappelle quelque 2,16 millions de véhicules dans le monde, dont près de 900 000 en Allemagne, pour un risque de corrosion de la direction, selon un communiqué de l'agence allemande de l'automobile (KBA). Ce problème peut conduire à une «rupture des vis», qui peut à son tour «entraîner une défaillance de la direction», précise le KBA.
L’article