Poutine a réussi «l’assassinat de Novaïa Gazeta»
Le journal Novaïa Gazeta, bastion historique de la presse indépendante en Russie, qui était ouvertement opposé à l'offensive russe contre l'Ukraine, a annoncé vendredi sa fermeture après plus de 30 ans d'existence, sous la pression des autorités russes.
Le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta, Sergueï Sokolov, a affirmé dans une vidéo diffusée sur YouTube:
Des années de répression
Depuis l'attaque à grande échelle contre l'Ukraine, en février 2022, à laquelle Novaïa Gazeta s'était immédiatement opposée, le journal survivait en Russie dans un environnement de plus en plus hostile face à des répressions politiques exacerbées.
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Dès mars 2022, il avait cessé sa publication papier mais continuait à publier des contenus en ligne. En septembre, il avait été classé par Moscou comme «agent de l'étranger», une étiquette impliquant de nombreuses contraintes administratives et utilisée pour étouffer toute voix dissidente.
Un dernier numéro à paraître
Cette fois, sa rédaction en Russie a annoncé que le pouvoir était enfin parvenu à ses fins. «Ils nous ont tués», a-t-elle indiqué dans un communiqué. Elle précise avoir reçu un avis d'expulsion l'obligeant à quitter ses locaux historiques à Moscou à partir du 9 novembre, tandis que, parallèlement, le système qui lui permettait de recevoir des dons a été bloqué, ce qui le prive «entièrement» de financement. La rédaction déplore:
Son rédacteur-en-chef, Sergueï Sokolov, a, lui, accusé le Kremlin d'avoir «anéanti» les droits humains en Russie, dont la défense est «désormais assimilée à un crime». Il énumère:
Selon lui, «l’assassinat de Novaïa Gazeta» est «une preuve supplémentaire» que l'Etat russe commet une «trahison» en reniant sa propre Constitution, qui interdit notamment la censure.
«Merci à tous ceux qui nous ont écoutés», ajoute, le visage sombre, Sergueï Sokolov, annonçant qu'un «dernier numéro» du journal paraîtra avant son extinction. Sergueï Sokolov indique également:
Six collaborateurs tués
Crée en 1993 avec le soutien du dernier dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, le journal Novaïa Gazeta s'est penché en Russie sur tous les thèmes délicats: les crimes de l'armée russe, la corruption des élites, le groupe Wagner, ou encore la répression des homosexuels en Tchétchénie (sud).
Le journal avait payé cet engagement au prix fort: six de ses journalistes ou contributeurs ont été tués depuis sa création, notamment Anna Politkovskaïa, qui documentait les crimes de guerre en Tchétchénie et dont le journal a récemment commémoré les 20 ans de son assassinat par balles à Moscou.
Mi-octobre, le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta avait par ailleurs été interrogé, et les autorités russes avaient perquisitionné son domicile dans le cadre d'une affaire pénale visant l'un de ses collègues, Oleg Roldouguine, arrêté en avril et assigné à résidence dans l'attente d'un procès.
Les enquêteurs reprochent à ce journaliste d'investigation, connu pour ses enquêtes sur la corruption dans les plus hautes sphères russes, d'avoir «illégalement collecté et diffusé des informations informatiques contenant des données personnelles». Pour cette accusation, il encourt jusqu'à six ans de prison.
Un exil de journalistes
Depuis l'envoi de troupes en Ukraine, la Russie a instauré un niveau de censure stricte qui rappelle l'époque soviétique, poussant la grande majorité des journalistes indépendants à l'exil.
Une partie des journalistes de Novaïa Gazeta avait fui le pays en 2022 et lancé un nouveau média depuis l'étranger, Novaïa Gazeta Europe, considéré comme «organisation indésirable» et interdit en Russie.
L'un des cofondateurs de Novaïa Gazeta et son ex-rédacteur en chef, Dmitri Mouratov, ont été colauréat du prix Nobel de la paix en 2021 pour ses «efforts visant à préserver la liberté d'expression» à la tête de la publication.
