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Réprimé par Poutine et anti-guerre, ce journal russe va fermer

Un homme sort de l'immeuble abritant la rédaction du journal indépendant réprimé Novaya Gazeta à Moscou, le 30 octobre 2026.
Un homme sort de l'immeuble abritant la rédaction du journal indépendant réprimé Novaya Gazeta à Moscou, le 30 octobre 2026.Image: TATYANA MAKEYEVA / AFP

Poutine a réussi «l’assassinat de Novaïa Gazeta»

Opposé à la guerre en Ukraine et engagé contre les abus du pouvoir, le journal Novaïa Gazeta, bastion historique du journalisme indépendant en Russie, cesse ses activités après des années de pressions.
30.10.2026, 12:3730.10.2026, 12:37
Moscou, Russie / Team AFP

Le journal Novaïa Gazeta, bastion historique de la presse indépendante en Russie, qui était ouvertement opposé à l'offensive russe contre l'Ukraine, a annoncé vendredi sa fermeture après plus de 30 ans d'existence, sous la pression des autorités russes.

Le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta, Sergueï Sokolov, a affirmé dans une vidéo diffusée sur YouTube:

«Novaïa Gazeta cesse d'exister. (…) Les autorités russes, les services spéciaux russes ont obligé la rédaction de mettre fin à son travail.»

Des années de répression

Depuis l'attaque à grande échelle contre l'Ukraine, en février 2022, à laquelle Novaïa Gazeta s'était immédiatement opposée, le journal survivait en Russie dans un environnement de plus en plus hostile face à des répressions politiques exacerbées.

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Dès mars 2022, il avait cessé sa publication papier mais continuait à publier des contenus en ligne. En septembre, il avait été classé par Moscou comme «agent de l'étranger», une étiquette impliquant de nombreuses contraintes administratives et utilisée pour étouffer toute voix dissidente.

Sergueï Sokolov.
Sergueï Sokolov.Image: IGOR IVANKO / AFP

Un dernier numéro à paraître

Cette fois, sa rédaction en Russie a annoncé que le pouvoir était enfin parvenu à ses fins. «Ils nous ont tués», a-t-elle indiqué dans un communiqué. Elle précise avoir reçu un avis d'expulsion l'obligeant à quitter ses locaux historiques à Moscou à partir du 9 novembre, tandis que, parallèlement, le système qui lui permettait de recevoir des dons a été bloqué, ce qui le prive «entièrement» de financement. La rédaction déplore:

«Trente ans d'une vie partagée avec le pays et ses citoyens va se terminer, nous laissant à la rue, sans moyens d’existence, sous la menace constante des répressions.»

Son rédacteur-en-chef, Sergueï Sokolov, a, lui, accusé le Kremlin d'avoir «anéanti» les droits humains en Russie, dont la défense est «désormais assimilée à un crime». Il énumère:

«Les élections et les instances élues ont été, de facto, supprimées. Les institutions de la société civile ont été démantelées.»
Sergueï Sokolov, ici en 2012, distribuant des boîtes contenant la dernière édition de Novaïa Gazeta.
Sergueï Sokolov, ici en 2012, distribuant des boîtes contenant la dernière édition de Novaïa Gazeta.Image: Imago

Selon lui, «l’assassinat de Novaïa Gazeta» est «une preuve supplémentaire» que l'Etat russe commet une «trahison» en reniant sa propre Constitution, qui interdit notamment la censure.

«Merci à tous ceux qui nous ont écoutés», ajoute, le visage sombre, Sergueï Sokolov, annonçant qu'un «dernier numéro» du journal paraîtra avant son extinction. Sergueï Sokolov indique également:

«Nos années de vie furent heureuses, riches de création, d’espoirs, de lecteurs, d’amis, de textes et de films. Mais, par moments, ces années furent aussi d’une amertume désespérée.»

Six collaborateurs tués

Crée en 1993 avec le soutien du dernier dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, le journal Novaïa Gazeta s'est penché en Russie sur tous les thèmes délicats: les crimes de l'armée russe, la corruption des élites, le groupe Wagner, ou encore la répression des homosexuels en Tchétchénie (sud).

Le journal avait payé cet engagement au prix fort: six de ses journalistes ou contributeurs ont été tués depuis sa création, notamment Anna Politkovskaïa, qui documentait les crimes de guerre en Tchétchénie et dont le journal a récemment commémoré les 20 ans de son assassinat par balles à Moscou.

Mi-octobre, le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta avait par ailleurs été interrogé, et les autorités russes avaient perquisitionné son domicile dans le cadre d'une affaire pénale visant l'un de ses collègues, Oleg Roldouguine, arrêté en avril et assigné à résidence dans l'attente d'un procès.

Les enquêteurs reprochent à ce journaliste d'investigation, connu pour ses enquêtes sur la corruption dans les plus hautes sphères russes, d'avoir «illégalement collecté et diffusé des informations informatiques contenant des données personnelles». Pour cette accusation, il encourt jusqu'à six ans de prison.

Un exil de journalistes

Depuis l'envoi de troupes en Ukraine, la Russie a instauré un niveau de censure stricte qui rappelle l'époque soviétique, poussant la grande majorité des journalistes indépendants à l'exil.

Une partie des journalistes de Novaïa Gazeta avait fui le pays en 2022 et lancé un nouveau média depuis l'étranger, Novaïa Gazeta Europe, considéré comme «organisation indésirable» et interdit en Russie.

L'un des cofondateurs de Novaïa Gazeta et son ex-rédacteur en chef, Dmitri Mouratov, ont été colauréat du prix Nobel de la paix en 2021 pour ses «efforts visant à préserver la liberté d'expression» à la tête de la publication.

Dmitri Mouratov.
Dmitri Mouratov.Image: Imago
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Un bâtiment en flammes après un bombardement russe, Kiev.
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Il roule en vélo électrique dans un tunnel d'autoroute
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