La popularité de Poutine chute
Quiconque a déjà passé quelque temps dans la Russie de Poutine sait ce que cela fait: on n’y est, d’une étrange manière, jamais vraiment seul; on a toujours l’impression que quelqu’un regarde par-dessus votre épaule. Et ce quelqu’un est le plus souvent Vladimir Poutine, omniprésent dans cet immense pays. Mais cela reste plutôt subtile: son portrait ne pend pas aux façades des ministères, comme c’est actuellement le cas avec Donald Trump.
Non, le maître de la Russie s’immisce plutôt dans la vie de ses citoyens. Son moyen de prédilection, c’est la télévision. Et elle fonctionne pour ainsi dire partout, tout le temps. Quand on boit un cappuccino dans un café, le soir dans un bar et, bien sûr, à la maison, dans les salons. On y voit alors Poutine recevoir des gouverneurs de province et des chefs d’entreprise dans des bureaux lambrissés, se faire présenter des bilans avec un visage impassible et sanctionner ses interlocuteurs d’un regard glacial. Cela dure des heures.
La frustration monte dans la population russe
Cette émission de propagande permanente, diffusée à la télévision, a jusqu’ici été l’une des clés de son succès, ses taux d’approbation restant stables, à un niveau élevé. Mais les Russes pourraient désormais commencer à en avoir assez. C’est en tout cas ce que suggèrent des sondages du Centre russe d’étude de l’opinion publique. Selon ces données, l’approbation de Poutine a reculé six semaines d’affilée depuis début mars, rapporte la chaîne de télévision russe Current Time.
D’après les derniers chiffres de l’institut public de sondage, la popularité de Poutine est tombée à 66,7%, son niveau le plus bas depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. La dernière fois que ce chiffre avait été plus faible, c’était peu avant l’invasion de l’Ukraine, avec 64,3%. La confiance envers Poutine a elle aussi reculé, à 72%. Dans le même temps, le soutien au parti au pouvoir, Russie unie, a encore diminué. Même si ces chiffres restent à un niveau relativement élevé, une nette tendance négative s’est récemment dessinée.
Les sociologues n’ont pas indiqué les raisons de cette évolution. Selon la chaîne Current Time, ces chiffres traduisent toutefois la frustration de la population. Celle-ci aurait fortement augmenté ces dernières semaines, y compris parmi les partisans de la guerre. Les raisons pourraient surtout être liées aux restrictions d’accès à Internet et aux réseaux sociaux, notamment au blocage de l’application de messagerie Telegram. La hausse du coût de la vie et une certaine lassitude face à la guerre sont également considérées comme d’autres facteurs.
Le sentiment de vivre dans un Etat d’interdits
Un autre élément témoigne encore du mécontentement croissant des Russes: les nombreuses émissions de propagande diffusées sur les chaînes d’Etat perdent elles aussi des téléspectateurs. L’émission de Vladimir Soloviov, par exemple, connaît actuellement un véritable effondrement de ses audiences. Soloviov est l’un des fanatiques les plus ardents de Poutine; il menace régulièrement l’Occident de frappes nucléaires et souhaite ouvertement la disparition totale de l’Ukraine.
Comme le rapporte notamment le journal italien Corriere della Sera, de nombreux Russes tourneraient de plus en plus le dos aux chaînes de télévision fidèles au Kremlin pour regarder des chaînes étrangères non censurées.
La diatribe de l’influenceuse Viktoria Bonia a elle aussi dû donner matière à réflexion aux dirigeants du Kremlin. Cette blogueuse beauté, qui ne vit pas en Russie, s’est récemment adressée à Poutine avec une franchise inhabituelle. Dans une vidéo d’environ 18 minutes, elle a dénoncé la corruption et la mauvaise gestion dans son pays d’origine.
Elle a aussi affirmé que les gens avaient le sentiment de vivre dans un Etat d’interdits. Elle a notamment lancé au dictateur: «Vladimir Vladimirovitch, on a peur de vous. Les gens ont peur de vous.» La vidéo a jusqu’ici été vue environ 24 millions de fois. (trad. hun)

